Droits humains

Grande manifestation chagossienne le 13 décembre devant le Haut-Commissariat britannique à Port-Louis

Après le “NO” de Londres au retour des Chagossiens

Témoignages.re / 7 décembre 2016

Ce mois de novembre a été riche en événements au sujet de la lutte menée par les Chagossiens pour avoir le droit de retourner dans leur pays dont ils ont été expulsés voici plus de 40 ans par les Britanniques. Une nouvelle décision de la Grande-Bretagne s’oppose à cette cause, ce qui ne fait que renforcer la mobilisation des Chagossiens. Voici le dernier point fait par le Comité de Solidarité Chagos La Réunion.

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Assemblée générale des Chagossiens le 27 novembre.

Dans notre dernière note d’information, en date du 8 octobre, nous nous interrogions sur les limites de la bonne foi du gouvernement britannique qui, dans le cadre de la 71e session de l’assemblée générale des Nations–Unies, avait apparemment accepté d’ouvrir des négociations avec l’Etat mauricien, afin de régler à la fois les problèmes de la réinstallation des Chagossiens aux Chagos et de la souveraineté de Maurice sur l’archipel.

Malheureusement aujourd’hui, nous avons la réponse ! Le mercredi 16 novembre dernier, la Grande-Bretagne a refusé officiellement de reconnaître le droit au retour des Chagossiens sur leur terre natale – d’où ils ont été déportés pour laisser la place à la base militaire américaine de Diego Garcia –. D’une façon encore une fois unilatérale, Londres voudrait ainsi imposer l’épilogue d’une histoire longue d’un demi-siècle, une histoire qui imprime une honte indélébile sur les deux grandes puissances que sont la Grande-Bretagne et les Etats-Unis. Ce refus de Londres invoque des arguments mensongers qui volent en éclats au premier examen (voir encadré).

Un argumentaire mensonger

« Le gouvernement s’est prononcé contre la réinstallation des Chagossiens sur le territoire britannique de l’Océan indien pour des raisons de faisabilité, d’intérêt en matière de défense et de sécurité, et de coût pour les contribuables britanniques », a déclaré la secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères Joyce Anelay devant le Parlement

Les « raisons de faisabilité » qui se seraient opposées à une réinstallation des Chagossiens ? C’est faux. L’étude du cabinet d’études KPMG, étude commanditée par le gouvernement britannique lui-même et rendue en 2015, a conclu au contraire à la faisabilité de la réinstallation.

Les raisons « de défense et de sécurité’ ? Il y a à Diego Garcia des Samoans, des Philippins, et bien d’autres nationalités, mais seuls les Chagossiens menaceraient la sécurité de la base ?

Le « coût pour les contribuables britanniques’ ? N’est-ce pas honteux d’avancer un tel argument quand on sait que le coût serait très facilement absorbé par le seul budget de l’outre-mer… et surtout quand on pose en face la souffrance infligée aux Chagossiens ?

Mais il y a plus. La Grande-Bretagne croit pouvoir masquer sa violation intolérable des droits humains en “offrant” une “compensation” financière de 40 millions de livres sterling sur 10 ans (soit 4 millions et demi d’euros par an), pour de vagues projets d’aides sociales pour les Chagossiens ! « La conscience des Chagossiens n’est pas à vendre. La compensation c’est un droit acquis » a déclaré dès le lendemain Olivier Bancoult, lors de sa conférence tenue à Saint-Denis. En aucun cas, ce que les Britanniques appellent “compensation” ne doit servir de contre-partie à un renoncement des Chagossiens à leur droit fondamental, sacré, inaliénable au RETOUR.

La réaction des Chagossiens n’a pas tardé. Dès le dimanche 27 novembre, s’est tenue une grande assemblée générale regroupant plusieurs centaines de Chagossiennes et Chagossiens sous l’égide du Groupe Réfugiés Chagos, au siège Marie Lisette Talate de la Pointe-aux-Sables à Port-Louis. Olivier Bancoult a clairement expliqué la manœuvre ourdie par les Britanniques. Il a bien fait comprendre que « cette indemnisation de 40 millions de livres sterling est une atteinte aux droits fondamentaux des Chagossiens », car elle vise à les jeter définitivement hors des Chagos. Il a exhorté l’assistance à « ne pas se laisser piéger par ces 40 millions de livres sterling ». Face à ce chantage cynique, LE COMBAT DES CHAGOSSIENS CONTINUE ! C’est la décision qui a été prise lors de cette assemblée générale historique.

Ce combat des Chagossiens va devoir prendre une autre tournure et s’adapter à la situation nouvelle qui vient d’être créée, suite au refus couperet du 16 novembre. Premier temps fort annoncé à l’assemblée générale : une grande manifestation le mardi 13 décembre devant le Haut Commissariat de Grande-Bretagne à Port-Louis. Les Chagossiens ne seront pas seuls, Olivier Bancoult lance un appel à la solidarité active des politiques, des ONG, des syndicats, de la société civile et de la presse.

Notre Comité Solidarité Chagos La Réunion sera présent à la manifestation du 13 décembre. Deux de nos membres le représenteront, porteurs d’une motion de solidarité réunionnaise.

Jugnauth ulcéré par l’“hypocrisie” britannique

Situation nouvelle également du côté du Premier Ministre mauricien Anerood Jugnauth, ulcéré et humilié par le refus couperet tombé le 18 novembre, sans que Port-Louis soit consulté ni même informé, alors que la phase de négociation était ouverte depuis le 9 novembre. « Des officiels américains et britanniques sont venus dans mon bureau et m’ont parlé comme ils parleraient à un esclave. Ils ont menacé de mettre fin aux échanges et protocoles commerciaux si nous allons de l’avant », a-t-il déclaré. Il se dit décidé à abréger la négociation devenue une vaste tromperie, et à se tourner vers les Nations-Unies en vue d’une saisine de la Cour Internationale de Justice sur le dossier Chagos, à la fois sur la souveraineté et le retour des Chagossiens.

Le 2 décembre 2016 Pour le C.S.C.R.
Georges Gauvin, président
Alain Dreneau, secrétaire