Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
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Aucune charge retenue contre Mustaq Ali Patel
11 mars 2005

Après 48 heures de garde-à-vue, Mustaq Ali Patel a été remis en liberté mercredi soir sans qu’aucune charge ne soit retenue contre lui. Marié à une Réunionnaise, Mustaq Ali Patel avait vécu sept ans dans notre île. Résidant en Afghanistan fin 2001, Mustaq Ali Patel y avait été arrêté par l’armée américaine d’occupation. Il a été ensuite enfermé pendant plus de deux ans sans jugement, sans avocat dans les cages de Guantanamo.
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Ils sont plusieurs centaines à être "retenus sur la base de Guantanamo et interrogés à maintes reprises sans bénéficier du statut de prisonnier de guerre, sans se voir notifier les faits qui leur étaient reprochés, ni avoir droit à un avocat" (“Le Monde” du 9 mars 2005). L’un d’entre eux, Mustaq Ali Patel, est sorti lundi de cet enfer en compagnie de deux autres citoyens français. Originaire de l’Inde, il a vécu sept ans à La Réunion. Il a été relâché mercredi soir par les autorités françaises. Aucune charge n’a été retenue contre lui, ce qui veut dire que Mustaq Ali Patel a vu plus de trois ans de sa vie prise par l’arbitraire. Trois ans passés sans droit, dont plus de deux ans dans des cages étroites, à la merci des exactions des tortionnaires de la base de Guantanamo.
Jeté dans une cage
Selon son avocat, Me William Bourdon, Mustaq Ali Patel était un "commerçant itinérant". Il est arrivé en Afghanistan "bien avant l’arrivée au pouvoir des Talibans". Toujours selon son avocat, "Ali Patel n’a pas grand-chose à voir avec les réseaux islamistes, il a déjà fait un séjour en hôpital psychiatrique à La Réunion, et apparaît très démoli. La responsabilité des juges va être grande". Et d’après Me Bourdon, l’état physique et psychologique de son client est dégradé, mais comment pourrait-il en être autrement ?
Pendant plus de deux ans, Mustaq Ali Patel était détenu sans jugement à Guantanamo, une base de l’armée américaine située sur l’île de Cuba. Depuis l’invasion de l’Afghanistan sur ordre du gouvernement des États-Unis en 2001, cette enclave est également un camp où sont retenues des personnes capturées dans les territoires occupés. En janvier 2004, 660 personnes étaient retenues dans des conditions indignes, sous la menace des exactions des gardiens, sans jugement, sans inculpation, sans avoir le droit de consulter un avocat, sans connaître ce qui leur est reproché. "Seuls des décrets du président des États-Unis, au nom de l’“état de guerre contre le terrorisme”, sont censés justifier cette détention", indiquait “Le Monde diplomatique” de janvier 2004 qui détaillait les conditions de survie des prisonniers sans statut (voir encadré) .
Bastille du 21ème siècle
Il est tout de même inquiétant de constater que les victimes de Guantanamo ne font pas la “une” de la presse la plus diffusée. Cela montre que dans l’indifférence, un gouvernement élu, garant d’une Constitution censée garantir la démocratie, peut garder prisonniers sans jugement pendant un temps indéfini des êtres humains. Au même titre que la Bastille au 18ème siècle, Guantanamo est aussi un symbole du pouvoir absolu trois siècles plus tard.
La libération de Mustaq Ali Patel est l’illustration que l’arbitraire n’a pas de limite pour un gouvernement qui se fait le bras armé de la mondialisation libérale, au risque de provoquer les plus tragiques amalgames et de souffler sur les braises du choc des civilisations.
Au-delà des proclamations, le camp de Guantanamo est un acte qui montre la véritable nature du régime en place à Washington.
Manuel Marchal
Moins de 5 mètres carrés entourés par du grillage
Recouvertes de nylon vert et surmontées de barbelés sous haute tension, plusieurs enceintes métalliques grillagées l’entourent. Les prisonniers, dont les cellules restent éclairées toute la nuit, sont soumis à la surveillance permanente de gardiens qui effectuent des rondes ou sont postés sur les miradors.
Les conditions sont telles que le camp a enregistré 32 tentatives de suicide (effectuées par 21 détenus). Selon le capitaine John Edmondson, le chirurgien qui dirige l’hôpital du camp, 110 détenus - un sur six - sont suivis pour des troubles psychologiques, la plupart du temps suite à des dépressions. Vingt-cinq d’entre eux reçoivent des traitements psychiatriques. Un autre détenu, en grève de la faim de façon intermittente depuis un an, était également interné lors de notre visite et nourri par voie intraveineuse.
Pour au moins trois des quatre camps, les conditions de détention sont affligeantes. Des blocs de quarante-huit cellules, sur deux rangées de vingt-quatre, d’une superficie d’à peine deux mètres sur deux et demi chacune. Les parois et les portes, en grillage métallique, interdisent toute intimité. La routine est seulement rompue par une promenade solitaire de vingt minutes dans une grande cage posée sur du ciment, assortie, trois fois par semaine, d’une douche de cinq minutes - avec, à chaque transfert, le harnachement réglementaire : menottes et entraves aux pieds reliés par des chaînes. (...)
M. William Rogers, un des deux anciens secrétaires d’État adjoints ayant adressé un recours “amical” à la Cour suprême, a regretté "le manque de conscience dans la société américaine de la gravité de ces faits. Le droit constitutionnel ne doit pas être bafoué sous prétexte que nous sommes en guerre contre le terrorisme. Au contraire, nous devons défendre des principes, incarner le droit international face à ces dérives".
M. Rogers, qui avait servi la dernière fois sous le président Gerald Ford, n’a pas de paroles assez dures pour condamner les méthodes de l’actuelle administration : "C’est une des périodes les plus noires de notre Histoire après le maccarthysme. Aujourd’hui, on a recours aux mêmes méthodes arbitraires et répressives".
(Source “Le Monde diplomatique”)
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