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Halte au racisme dans le traitement des réfugiés

Les dirigeants européens doivent cesser un traitement différencié selon la couleur de la peau

mercredi 20 septembre 2023, par Manuel Marchal


Alors que plus de 4 millions de migrants ukrainiens n’ont pas besoin de visa pour occuper un emploi et scolariser leurs enfants dans l’Union européenne, des dirigeants d’Etats membres de l’OTAN traînent des pieds pour accueillir 10.000 réfugiés africains victimes de la guerre, du changement climatique déclenché par les capitalistes occidentaux ou du pillage de leur pays par des étrangers. A La Réunion, une telle différence de traitement si clairement affichée favorise le racisme visant les réfugiés sri-lankais et les Réunionnais récemment immigrés des Comores et de Madagascar. Ce racisme est une des explications du succès de l’extrême droite à La Réunion, un pays pourtant composé uniquement de descendants d’immigrés ou d’immigrés.


« Ce qui m’exaspère c’est qu’on est capables de réaliser l’inclusion de 4 millions d’Ukrainiens et on ne peut pas le faire pour 10 000 personnes qui viennent d’Afrique du Nord ou d’Afrique subsaharienne », a déclaré Benoît Hamon, directeur de l’ONG Singa, sur les ondes de France Info. Comme il fallait s’y attendre, cette phrase a fait l’objet d’inquiétants commentaires racistes en France, pays où l’extrême droite est le premier parti à plusieurs élections. Ainsi, selon ces racistes français, les Ukrainiens seraient des victimes d’une « vraie » guerre notamment. Donc en Afrique, les guerres découlant de la destruction de la Libye par les bombes des soldats de Sarkozy seraient donc « fausses ».

La guerre en Ukraine révélatrice du racisme dans le traitement des réfugiés

La différence de traitement des réfugiés selon leur couleur de peau en Europe saute aux yeux depuis que le régime de Kiev a intensifié en début d’année dernière les bombardements sur les Ukrainiens dans l’Est du pays, provoquant l’intervention de l’armée russe depuis février 2022. Cette intervention a amplifié le courant migratoire existant déjà entre l’Ukraine, pays ravagé par la crise causée par la corruption, et l’Union européenne. Ce sont 4 millions de personnes qui se sont ajoutées aux millions de migrants ukrainiens déjà présents sur le territoire des Etats européens membres de l’OTAN.
Les Ukrainiens sont blancs et considérés comme des Européens et en plus leurs chefs disent vouloir adhérer à l’OTAN. Ils sont accueillis à bras ouverts et qualifiés de « réfugiés ». Les humains qui fuient les guerres en Afrique ne sont pas blancs et pas européens, ils sont qualifiés de « migrants » et victimes de toutes les tracasseries possibles. Pour entrer en Europe, ils doivent risquer leur vie par milliers sur des bateaux de fortune et risquent encore d’être expulsés à leur arrivée.
Cette différence de traitement s’explique par la montée du racisme en Europe, terreau de l’extrême droite de retour au pouvoir dans des pays comme l’Italie ou la Hongrie, et cherchant à y revenir en France.

Les Ukrainiens ont les mêmes droits que les citoyens européens, sauf celui de voter

Le même jour que la déclaration de Benoît Hamon, la Commission de l’Union européenne propose de prolonger la protection temporaire accordée aux migrants ukrainiens, du 4 mars 2024 au 3 mars 2025. « Cette mesure est un gage de sécurité et de soutien pour plus de 4 millions de personnes qui bénéficient d’une protection dans l’ensemble de l’UE », affirme l’institution qui rappelle le cadre de cette mesure :
« La directive relative à la protection temporaire assure une protection immédiate et un accès à différents droits dans l’UE, dont le droit de séjour, l’accès au marché du travail, au logement, à l’aide sociale, à l’aide médicale ou autre. Elle contribue aussi à éviter de soumettre les régimes d’asile nationaux à une pression écrasante et permet aux États membres de gérer les arrivées de manière ordonnée et efficace. La Commission estime que les raisons pour lesquelles la protection temporaire a été accordée persistent et qu’il convient donc de proroger l’application de la directive relative à la protection temporaire, en tant que réaction nécessaire et appropriée à la situation actuelle ».
Mais pourquoi donc cette « protection temporaire » n’est-elle pas accordée à tous les réfugiés qui veulent entrer en Europe ? Jusqu’à quand durera ce tri raciste des réfugiés ?

Le racisme explique aussi le succès de l’extrême droite à La Réunion

Les conséquences de ce traitement raciste de la question des réfugiés a des répercussions jusqu’à La Réunion. Il suffit le lire ou d’écouter les « commentaires » racistes diffusés lors de l’arrivée de réfugiés venus du Sri Lanka. Ce racisme déborde également sur les Réunionnais d’origine comorienne ou malgache qui ont pour seuls torts d’être les derniers arrivés et de ne pas être des blancs venant d’Europe. Ce racisme n’est pas étranger au score de l’extrême droite arrivée en tête dans un pays d’immigrés comme l’est La Réunion à la dernière présidentielle. Le vote protestataire ne peut expliquer à lui seul cela, un vieux fond raciste persiste dans l’ancienne colonie qu’est La Réunion. Et malheureusement, ce vieux fond raciste ne régresse pas, alimenté par la crise causée par un système néocolonial qui maintient La Réunion dans un sous-développement chronique.

M.M.


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