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“L’erreur judiciaire, les vraies valeurs de la vie”
1er décembre 2005

Jusqu’à l’annonce de sa condamnation à la réclusion criminelle à perpétuité, après 23 mois d’une pression policière et médiatique pour lui faire avouer l’atroce double crime qu’il n’avait pas commis, le naïf adolescent Dils gardait confiance en la justice. Seulement, il fallait un coupable et au plus vite. On lui diagnostique un noyau psychotique : accès de folie, le mobile est trouvé. Après 15 ans d’une injuste et douloureuse détention, l’homme, Patrick Dils témoigne sur "L’erreur judiciaire (et) les vraies valeurs de la vie", sans haine, avec sensibilité et générosité, avec "ce que j’ai toujours été et resterai toujours : Patrick Dils."
Quand il a signé sous la pression ce procès verbal l’accusant de ce double meurtre, Patrick Dils n’envisageait même pas qu’il ouvrait là la porte de sa cellule. "Je ne comprenais pas ce qui se passait, j’étais dépassé par les évènements, j’étais très, très seul. À 16 ans, je n’étais pas préparé à ça", confiait-il mardi dans un amphi de la faculté de Droit de Saint-Denis, face à un public à la fois fasciné et désabusé par son récit et l’accablante culpabilité de la justice.
Adolescence volée
"Je suis innocent", voilà ce que répétait en boucle Patrick Dils à la police, au juge d’instruction. Mais c’était insuffisant, le ton n’y était pas ! Lors de la reconstitution du crime des deux petits enfants, atrocement mutilées par leur assassin, l’innocence de Patrick était déjà faite. Il a essayé de mimer ce que l’on lui avait fait avoué mais face aux mannequins, il a refusé et s’est effondré en larmes, appelant à l’aide. La juge d’instruction lui a alors sommé d’obéir. Il s’est exécuté, au sens propre comme au figuré. "Je ne comprenais pas alors pourquoi elle exigeait, mais c’est plus tard, lorsque les photos de la reconstitution ont servi à émouvoir le jury des assises."
Malgré les nombreuses incohérences du dossier, Patrick est condamné, son adolescence avec. En milieu carcéral, les atteintes portées aux enfants se situent au bas de la hiérarchie des crimes, relayant ainsi le coupable à de la "sous-merde". Rackets, humiliations, lynchages, viols : "c’était un combat de tous les jours", un constat quotidien d’impuissance. Les services pénitentiaires ferment les yeux. Malgré toutes ces atteintes, il ne garde aucun esprit de vengeance, aucune haine. C’est toute sa force.
La raison du plus fort
Selon lui, la justice est faite par des hommes, submergés de dossiers, qui ont le droit à l’erreur même si en l’occurrence cette dernière est atroce. En revanche les lois, la justice sont trop archaïques. Elles exigent un courageux dépoussiérage, alors que l’on ne fait que souffler dessus. "Notre système est basé sur l’intime conviction et pas sur les preuves. C’est à nous de prouver notre innocence et au système de prouver notre culpabilité", analyse Patrick. Lorsque finalement, après réouverture du dossier, suite à un appel en Cour d’Assises (qui fait acte) les témoignages apparaissent soudainement bancals, que les horaires, les PV sont contradictoires, ne correspondent pas aux éléments des faits, Patrick est innocenté. Il n’a pas pu commettre ce crime. Là, face à la Cour, c’est Patrick qui s’excuse encore auprès des parents des victimes, de ses propres parents, d’avoir menti. Plus qu’une erreur judiciaire, il a été victime du laxisme de la justice comme d’un inspecteur crapuleux. Quelques mois après sa libération, un journaliste d’investigation obtiendra les aveux d’une jurée de Reims qui reconnaît avoir voté la culpabilité de Dils sans posséder tous les éléments du dossier. Mais c’était le moment de le juger, il fallait trancher et vite. De même, après analyse par un graphologue de la Cour de Cassation de Paris, de fausses signatures apparaissent sur certains procès verbaux, dont celui des derniers aveux de culpabilité. Si l’inspecteur en charge de l’affaire reconnaît la tromperie face au journaliste, pour lui qu’importe, Dils était coupable.
"Je ne suis pas là pour convaincre"
Plus que son propre sort, ce qui accable le plus Patrick, c’est la souffrance qu’ont dû endurer ses parents et ceux des petites victimes qui, à l’heure d’aujourd’hui, ne connaissent toujours pas le coupable. Bien que la justice ait reconnu son erreur, qu’elle l’ait indemnisé, "un euro ou un milliard ne remplaceront pas mon adolescence, la douleur de mes parents. J’aurais aimé qu’elle aille plus loin, qu’elle fasse des excuses, non pas pour moi, je savais que j’avais le cœur pur, mais pour mes parents." Et si trois ans après sa libération, il répond encore aux sollicitations du public et qu’il y répondra toujours, comme hier, pour venir témoigner, ce n’est pas qu’il a besoin de cela pour exister. "Je ne suis pas là pour convaincre ou faire un procès à la justice", encore explique Patrick. C’est une forme de thérapie, c’est par respect pour ses parents, pour attester aussi que personne n’est à l’abri d’une erreur judiciaire, et pour nous dire qu’il faut bannir les futilités qui nous détournent du vrai sens de la vie, qu’il faut prendre soin de sa liberté comme l’on prend soin de sa santé.
Estéfani
Le coupable court toujours
Au cours de l’enquête, qui débouchera sur l’acquittement de Patrick Dils, de nouveaux éléments ont permis de mettre en lumière un serial killer, condamné deux fois à la réclusion criminelle à perpétuité puis relaxé dans le bénéfice du doute, Francis Heaulme qui travaillait alors à 400 mètres des faits. Pourquoi avoir attendu aussi longtemps ?
Il confiera avoir vu les fillettes monter sur le talus ou leurs cadavres seront retrouvés le jour de leurs meurtres. "Si des fillettes vous jettent des pierres, seriez vous capable de les tuer ?" demande-t-on alors à Francis Heaulme qui répond d’un “non” assuré. "Et si vous aviez bu de la bière ?" Il répondra par l’affirmative tout aussi assurément. "Pensez-vous que Patrick Dils ait pu tuer ces deux petites ?" "Patrick est innocent. Je ne peux pas imaginer qu’un enfant puisse tuer deux autres enfants. Cela m’empêche de dormir la nuit." Malgré ces déclarations, le procureur de Metz estimera qu’il n’a pas assez de charge pour mettre Francis Heaulme en accusation. Le coupable court toujours.
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Messages
19 décembre 2007, 18:24
Si vous voulez être crédible, vous feriez mieux de revoir votre texte : quant au double meurtre de Montigny les Metz pour lequel P. Dils fut deux fois condamné à une très lourde peine et "blanchi" au bénéfice du doute lors d’un troisième procès , ce ne sont pas des fillettes qui ont été assassinées, mais de jeunes garçons qui, selon les aveux de P. Dils lui jetaient des pierres.