La deuxième édition de l’Indice mondial sur l’IA responsable compare 135 pays et révèle que les lois, les stratégies et les engagements mondiaux se multiplient plus rapidement que les institutions, les outils de mise en œuvre et les mécanismes de transparence nécessaires à la protection des droits humains.L’Indice mondial sur l’IA responsable est une initiative de recherche et de plaidoyer qui évalue les engagements, les capacités et les progrès des pays en matière d’IA responsable et respectueuse des droits. Il a été élaboré par le Global Center on AI Governance, un think tank basé en Afrique du Sud qui agit comme un pôle mondial de recherche et d’action fondée sur des données probantes pour une gouvernance inclusive et équitable de l’IA.
Ce travail a été réalisé grâce à une subvention du Centre de recherches pour le développement international (CRDI), situé à Ottawa, au Canada, et du Bureau des affaires étrangères, du Commonwealth et du développement, dans le cadre du programme AI4Development. Des fonds supplémentaires ont été alloués à ce projet par le gouvernement du Canada et par la Banque internationale de développement de l’Amérique latine.
La mission du Global Center on AI Governance est de réduire les inégalités mondiales exacerbées par l’IA et de contribuer à bâtir un monde où les technologies d’IA et leur gouvernance reflètent l’ensemble de l’humanité. L’un des axes principaux de son action consiste à faire entendre, dans les débats mondiaux sur la gouvernance de l’IA, les voix souvent marginalisées, en particulier celles des régions et des communautés sous-représentées dans les discussions politiques.
Élaboré par le Global Center on AI Governance en collaboration avec un réseau de plus de 135 experts régionaux, le GIRAI compare les approches nationales de 135 pays selon cinq dimensions relatives aux droits humains : Utilisation de l’IA dans la prestation des services publics, Éthique et développement durable, Inclusion et diversité, Travail et compétences, et Confiance et sécurité. Les données sur lesquelles s’appuie le rapport couvrent la période allant du 1er novembre 2023 au 30 septembre 2025.
L’Indice mondial sur l’IA responsable a été élaboré en traduisant les principaux engagements mondiaux en matière de gouvernance de l’IA, notamment la Recommandation de l’UNESCO sur l’éthique de l’IA et les Principes de l’OCDE relatifs à l’IA, en indicateurs mesurables et comparables pouvant faire l’objet d’un suivi dans le temps.
Le nouvel Indice met en garde contre l’écart qui se creuse entre les différentes régions du monde dans la course à la gouvernance de l’intelligence artificielle, alors même que cette technologie s’impose progressivement dans les services publics, le monde du travail, l’éducation, les systèmes de santé, les forces de police, le secteur financier et la vie quotidienne.
La deuxième édition du Global Index on Responsible AI (GIRAI) révèle que la gouvernance responsable de l’intelligence artificielle se développe, mais de façon inégale et à un rythme qui demeure insuffisant face à la rapidité du développement et de la diffusion des technologies d’IA. Si de plus en plus de pays adoptent des stratégies, des lois et des engagements politiques en matière d’IA, un grand nombre ne disposent toujours pas des capacités institutionnelles, des outils de mise en œuvre, ni des mécanismes de responsabilité publique et de transparence nécessaires pour protéger les droits humains à mesure que les systèmes d’IA se développent.
L’indice révèle un fossé grandissant en matière de gouvernance de l’IA entre, d’une part, les pays dotés de règles contraignantes et, d’autre part, ceux qui s’appuient principalement sur des principes non contraignants, des cadres volontaires et des efforts de renforcement des capacités encore embryonnaires.
Ces résultats prennent une importance particulière dans un contexte où les gouvernements tendent à réglementer l’IA dans le secteur privé, tout en échouant souvent à assurer la transparence, le suivi et la supervision de leurs propres usages des systèmes algorithmiques. En effet, l’indice révèle que le domaine où les performances sont les plus faibles est celui de l’utilisation de l’IA dans la prestation des services publics, où les systèmes automatisés peuvent avoir une incidence sur l’accès à l’aide sociale, aux soins de santé, à l’éducation, au logement, aux services de police, à la gestion des migrations et autres services essentiels.
« Une IA responsable ne peut être garantie par de simples principes. La deuxième édition du GIRAI met en évidence un écart persistant entre l’IA responsable en tant qu’engagement et l’IA responsable en tant que capacité », selon Rachel Adams, fondatrice et directrice générale du Global Center on AI Governance. « À mesure que l’IA s’impose comme une force structurelle dans la vie publique, les gouvernements doivent mettre en place des obligations exécutoires, des mécanismes de contrôle indépendants, des obligations de transparence, des systèmes de suivi et des voies de recours accessibles. »
Principales conclusions
Le rapport décrit un paysage mondial de la gouvernance responsable de l’IA plus actif qu’auparavant, mais qui reste fragmenté, faiblement appliqué et insuffisamment ancré dans des mécanismes de redevabilité publique. Parmi les principales conclusions :
1. L’IA progresse plus vite que la capacité des gouvernements à la réguler dans l’intérêt général
Le recours à l’IA se généralise de plus en plus : 53 % de la population mondiale a déjà utilisé des outils d’IA générative. Toutefois, les scores moyens sur l’indice GIRAI restent faibles, à environ 35 sur 100, et on constate que seuls 55 % disposent de cadres d’IA responsable effectivement mis en œuvre, ce chiffre tombant à 45 % dans les pays du Sud
2. La gouvernance responsable de l’IA se développe dans les pays du Sud, mais les mesures de protection contraignantes restent rares
Depuis la 1re édition, les pays du Sud Global ont considérablement élargi la portée de leurs cadres nationaux en matière d’IA responsable. En moyenne, le nombre de thèmes GIRAI abordés est passé de 2,5 à 4,7, représentant une augmentation de 88 %. Dans les pays du Nord, ce chiffre est passé de 8,2 à 11,1, soit une hausse de 35 %. Depuis la première édition, 203 des 306 nouveaux cas d’indicateurs recensés dans les cadres identifiés concernent des pays du Sud global. Malgré ces progrès, la majeure partie de ces avancées relève du droit non contraignant : Dans ces pays, 78 % des cadres réglementaires relatifs à l’IA responsable sont non contraignants, contre 42 % dans les pays du Nord.
3. La sécurité de l’IA est abordée comme un problème technique, tandis que les préjudices causés aux personnes restent insuffisamment pris en compte
La sûreté et la sécurité de l’IA constituent l’un des domaines de la gouvernance qui connaît la croissance la plus rapide, mais une grande partie de ces efforts se concentre sur les mesures de protection techniques. Par ailleurs, l’indice a mis en évidence des preuves crédibles d’une utilisation abusive de l’IA par les pouvoirs publics dans 35 des 135 pays étudiés, et seuls 49 pays (36 %) disposent de cadres réglementaires visant à lutter contre la désinformation et la violence facilitées par l’IA.
4. Les gouvernements réglementent la transparence en matière d’IA, sans toutefois divulguer leur propre utilisation de cette technologie
La transparence et l’explicabilité constituent l’indicateur le plus performant, 58 % des pays disposant d’un cadre réglementaire à cet égard. La mise en œuvre demeure toutefois en retard par rapport à l’adoption de ces cadres. En ce qui concerne l’utilisation de l’IA par les pouvoirs publics, l’indicateur relatif à la divulgation publique des systèmes algorithmiques gouvernementaux est celui qui affiche les plus mauvais résultats : seuls 18 % des pays ont rendu obligatoire la divulgation de leurs systèmes d’IA.
5. Le genre est de plus en plus pris en compte dans la gouvernance de l’IA, mais la protection contre les préjudices liés au genre reste insuffisante
Les enjeux d’égalité de genre gagnent en visibilité : depuis la première édition, 29 nouveaux pays ont intégré cette question dans leurs cadres relatifs à l’IA. Toutefois, parmi les 55 pays disposant de tels cadres, seuls 24 présentent des preuves de leur mise en œuvre. La protection contre les préjudices causés par l’IA liés au genre reste limitée.
6. Les jeunes générations sont préparées à l’économie de l’IA, mais ne sont pas suffisamment protégées contre les préjudices qu’elle peut engendrer
La culture de l’IA est l’un des indicateurs affichant les meilleurs résultats : 71 pays (53 %) ont mis en place un cadre politique et 106 pays sont engagés dans des initiatives dans ce domaine. En revanche, seuls 55 pays (41 %) disposent de cadres réglementaires consacrés aux droits de l’enfant face à l’IA, et seuls 27 d’entre eux présentent des éléments attestant de leur mise en œuvre.
7. L’empreinte environnementale de l’IA demeure un angle mort de la gouvernance responsable de l’IA
Seuls 27 % des pays disposent de cadres abordant les effets de l’IA sur l’environnement, dont 83 % sont non contraignants. Très peu de gouvernements exigent la divulgation de la consommation d’énergie et d’eau ou de l’impact environnemental de l’IA, faisant de cette dimension un angle mort de la gouvernance mondiale.
8. Les gouvernements reconnaissent la nécessité de développer des systèmes d’IA en langues locales, mais n’imposent pas aux développeurs de les proposer dans leurs technologies
Les gouvernements investissent dans les technologies en langues locales et dans l’inclusion culturelle, comme en témoignent les initiatives menées par les pouvoirs publics dans 52 pays (39 %). Seuls 47 pays (35 %) disposent de cadres abordant la diversité culturelle et linguistique, et très peu d’entre eux exigent des développeurs qu’ils utilisent des ensembles de données diversifiés ou qu’ils adaptent les systèmes aux contextes locaux.
9. Alors que les gouvernements mettent l’accent sur les compétences en IA, les droits des travailleurs restent insuffisamment protégés
Seuls 39 pays (29 %) disposent de cadres de protection du travail, tandis que 72 pays (53 %) ont mis en place des cadres en matière de reconversion et de renforcement des compétences. Peu de pays abordent les droits des travailleurs à s’organiser et à négocier collectivement dans le contexte des mutations du travail liées à l’IA.
10. La gouvernance mondiale de l’IA se fragmente avant même qu’un niveau minimal commun de protection ait été mis en place
La gouvernance mondiale de l’IA se fragmente alors même qu’aucun socle commun de protection n’a encore été établi. Les données disponibles montrent que 164 des 215 cadres récents liés à l’IA ne sont pas contraignants, et que les consultations multipartites n’apparaissent que 31 fois dans le registre de mise en œuvre à l’échelle mondiale. Seuls 73 pays sur 135 (54 %) ont adopté une politique nationale en matière d’IA ou un cadre équivalent, et seuls 36 pays (27 %) disposent de mécanismes opérationnels permettant la participation des organisations de la société civile (OSC) à la gouvernance de l’IA. En l’absence d’un socle commun fondé sur les droits, l’interopérabilité risque de servir les marchés avant de protéger les personnes.