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ONU Femmes alerte
23 juin

ONU Femmes alerte sur les préjugés de genre persistants dans l’intelligence artificielle. Une étude révèle que 44 % des systèmes d’IA présentent des discriminations sexistes. Ces technologies renforcent les stéréotypes, aggravent les violences numériques contre les femmes et risquent d’accroître les inégalités économiques. Sous-représentées dans les métiers de l’IA, les femmes participent peu à sa conception. ONU Femmes appelle à intégrer l’égalité de genre à chaque étape du développement et de la gouvernance de l’IA.
À l’approche du Dialogue mondial des Nations Unies sur la gouvernance de l’intelligence artificielle (6-7 juillet) et du Sommet mondial « AI for Good » (7-10 juillet) à Genève, ONU Femmes tire la sonnette d’alarme : l’intelligence artificielle (IA), désormais omniprésente dans notre quotidien, reproduit et amplifie encore les inégalités de genre.
Selon une étude portant sur 133 systèmes d’IA, 44 % présentent des préjugés sexistes, tandis que 26 % cumulent des préjugés liés au genre et à l’origine ethnique. Pourtant, seuls 51 % des professionnels du marketing déclarent actuellement effectuer un contrôle humain des contenus générés par l’IA avant leur diffusion.
Ces technologies interviennent dans la création de contenus, le ciblage publicitaire et la diffusion de messages à grande échelle.
Mais cette automatisation soulève une question : qui décide de ce qui est visible, de la manière dont les individus sont représentés et des récits qui méritent d’être racontés ? De plus en plus souvent, ces décisions sont prises par des algorithmes, sans véritable contrôle humain ni prise en compte des enjeux d’égalité entre les sexes.
Les préjugés observés ne sont pas des anomalies techniques isolées. Ils reflètent des schémas récurrents présents dans les données utilisées pour entraîner les modèles d’IA.
Les grands modèles de langage associent fréquemment les femmes aux notions de « foyer », « famille » et « enfants », tandis que les hommes sont davantage reliés aux concepts de « carrière », « entreprise », « salaire » ou « direction ». Lorsqu’ils complètent des phrases mentionnant le genre d’une personne, près de 20 % des réponses générées contiennent des stéréotypes sexistes ou misogynes.
Pour ONU Femmes, ces résultats sont le reflet de décennies de représentations inégalitaires dans les médias, la société et les bases de données numériques. Le problème n’est donc pas uniquement technologique : il est également politique. Sur 138 pays étudiés, seuls 24 mentionnent explicitement la question du genre dans leur stratégie nationale sur l’IA, et seulement 18 prévoient des mesures concrètes pour intégrer l’égalité femmes-hommes dans leur développement technologique.
L’intelligence artificielle contribue également à l’augmentation des violences en ligne visant les femmes et les filles.
Déjà moins présentes dans les espaces numériques que les hommes, elles y sont aussi davantage exposées au harcèlement. Parmi les défenseures des droits humains, les militantes et les journalistes interrogées, près d’une sur quatre déclare avoir subi des violences en ligne facilitées par l’IA.
Environ 12 % rapportent le partage non consenti d’images personnelles, y compris à caractère intime, tandis que 6 % ont été ciblées par des « deepfakes », ces contenus manipulés grâce à l’intelligence artificielle. Plus d’un quart affirment également avoir reçu des sollicitations sexuelles non désirées par messagerie.
À mesure que les contenus générés par l’IA se multiplient, les outils permettant le harcèlement, la manipulation et les atteintes à l’image se perfectionnent eux aussi.
Alors que l’IA générative devrait stimuler la création d’emplois dans les secteurs technologiques, les femmes restent largement sous-représentées dans les domaines des sciences, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques (STEM).
Elles ne représentent aujourd’hui qu’environ 30 % de la main-d’œuvre mondiale dans le secteur de l’intelligence artificielle. Cette faible présence signifie que les personnes qui conçoivent ces technologies ne reflètent pas la diversité des milliards d’utilisateurs auxquels elles sont destinées.
Les conséquences économiques de l’automatisation risquent également d’affecter davantage les femmes. En dehors du secteur de l’IA, elles sont presque deux fois plus susceptibles que les hommes d’occuper des emplois fortement exposés à l’automatisation.
Les inégalités générées par l’IA ne se limitent pas au genre. Elles se croisent avec d’autres facteurs tels que l’origine sociale, le handicap, l’appartenance ethnique ou la situation géographique. Les populations déjà marginalisées sont ainsi les plus susceptibles d’être laissées pour compte dans la transition numérique.
L’inclusion, enjeu économique autant qu’éthique
Pour ONU Femmes, promouvoir une intelligence artificielle inclusive n’est pas seulement une question de justice sociale : c’est aussi un impératif économique.
Une étude mondiale menée par l’Unstereotype Alliance, initiative soutenue par ONU Femmes, montre que les campagnes publicitaires inclusives génèrent des bénéfices tangibles pour les entreprises. Les marques qui évitent les stéréotypes de genre enregistrent une hausse moyenne de 3,46 % des ventes à court terme et de 16,26 % à long terme.
Elles ont également davantage de chances d’être choisies par les consommateurs, bénéficient d’un pouvoir de fixation des prix plus élevé et fidélisent davantage leur clientèle.
ONU Femmes appelle les gouvernements, les entreprises et les chercheurs à intégrer les droits, les besoins et les expériences des femmes et des filles à chaque étape du cycle de vie de l’intelligence artificielle, de sa conception à sa gouvernance.
Lorsqu’elle est développée de manière responsable, l’IA peut devenir un outil puissant pour détecter les stéréotypes, améliorer la représentation des groupes sous-représentés et renforcer l’accessibilité. Mais son impact dépendra des choix effectués aujourd’hui par celles et ceux qui la conçoivent et l’encadrent.
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