La concentration de richesses révèle l’ampleur des inégalités dans les anciennes colonies intégrées à la République française comme La Réunion
5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
Tests ADN
11 octobre 2007

La loi pour la maîtrise de l’immigration, toujours en discussion au Parlement, a fait couler beaucoup d’encre. Plusieurs élus ultramarins se sont ouvertement prononcés contre certains amendements, notamment à La Réunion où le recours aux tests ADN avait déjà été évoqué.
François Fillon a qualifié l’amendement de « détail », suscitant un nouveau tollé chez l’opposition. Une pétition circulant via Internet et demandant son retrait a récolté plus de 100.000 signatures. Les élus de gauche et d’extrême gauche n’ont pas de mots assez durs pour le dénoncer. Même l’UMP ne parvient pas à s’unir autour de ces tests génétiques réservés à certains candidats au regroupement familial. Les élus de l’Outre-mer, notamment de gauche, ont également exprimé leur désaccord.
L’Outre-mer concerné par l’immigration clandestine
L’article tant décrié explique que « Le demandeur d’un visa pour un séjour d’une durée supérieure à trois mois (...), ressortissant d’un pays dans lequel l’état civil présente des carences peut, (...), solliciter son identification par ses empreintes génétiques afin d’apporter un élément de preuve d’une filiation déclarée avec au moins l’un des deux parents ». Ces tests concernent certains ressortissants de pays d’Afrique noire, qui entretiennent avec la France une longue tradition d’immigration du fait de leur histoire coloniale. (...)
Lors des débats à l’Assemblée, le Député apparenté PS Serge Letchimy a interpellé les députés : « Peut-on croire que le demandeur sera en situation de refuser de se soumettre au test si l’agent consulaire le lui propose à cause des doutes que lui inspire le dossier ? ». Il a par ailleurs, avec Aimé Césaire, apposé son paraphe sur la pétition initiée par “Charlie Hebdo” et SOS Racisme.
La filiation en questionnement
George Pau-Langevin, Députée PS de la 21ème circonscription de Paris, a exprimé son désaccord à la suite de l’adoption au Sénat du projet de loi présenté par Brice Hortefeux sous forme d’un communiqué publié sur son blog. La députée a dénoncé un projet de loi « qui, même retouché, reste inacceptable en raison notamment des tests ADN et de l’autorisation des statistiques ethniques. Ces deux amendements sont contraires aux valeurs essentielles sur lesquelles se fonde notre vivre ensemble ».
Lors des débats à l’Assemblée, George Pau-Langevin a tenu à dénoncer un recours au test ADN « sous prétexte que cela est moderne ».
Beaucoup d’élus ultramarins ont tenu à dénoncer l’absurdité de ce projet de loi qui ne résoudrait pas les véritables programmes. C’est ainsi que la députée guyanaise Christiane Taubira a qualifié le texte d’« aussi bavard qu’inefficace ». « Vous croyez faire peur aux ressortissants de certaines parties du monde : vous vous trompez, car la détresse, les nécessités de la survie et, tout simplement, l’amour, leur donneront toujours une ruse d’avance sur vous », a-t-elle répliqué en séance publique.
Déjà un précédent à La Réunion
Du côté de l’Océan Indien, le projet de loi fait des vagues. D’autant plus que cette histoire de test ADN n’est pas nouvelle pour les habitants de l’île Bourbon. En 2005, Ibrahim Dindar, membre de l’UMP et fervent soutien de Nicolas Sarkozy, dès l’annonce de sa candidature, avait proposé d’avoir recours à l’empreinte génétique pour arrêter les trafics supposés de paternité. Il avait ainsi proposé que des tests ADN soient pratiqués sur les enfants nés de mère comorienne et de père réunionnais ou mahorais. Cette proposition qui avait entraîné de vives réactions locales est restée lettre morte. Violemment pris à partie, Ibrahim Dindar avait même présenté ses excuses à la communauté comorienne.
Cette année, c’est Gélita Hoareau, Sénatrice de La Réunion, qui est intervenue dans le débat. Elle a rappelé l’histoire métissée et souvent douloureuse de La Réunion, évoqué les multiples coups d’Etats aux Comores qui « ont été à l’origine d’une dégradation considérable de la situation économique, sociale et sanitaire ». Les conséquences sont dramatiques pour près de 6.000 Comoriens en partance pour Mayotte et dont les embarcations, les “kwassa kwassa”, ont chaviré. « Un citoyen français, résident ou non à La Réunion, peut se déplacer chez nos voisins sans problème, pourquoi le pays des Droits de l’Homme et des Citoyens leur impose-t-il des contraintes qui sont vécues comme des vexations et des humiliations ? », demande la sénatrice, avant d’envisager de « renforcer les bases d’un co-développement durable entre nos îles dans le prolongement de la récente rencontre entre les Présidents Nicolas Sarkozy et Mohammed Sambi (Président de l’Union des Comores) ».
Après avoir été maintes fois retravaillée, la loi suscite toujours autant de polémiques. Son inutilité, les humiliations infligées aux étrangers ou encore l’inhumanité des procédés destinés à séduire un électorat d’extrême droite sont des arguments récurrents dans la bouche de ses opposants. Avant tout, la polémique sur les tests ADN est accusée de masquer les autres réalités contenues dans le projet de loi. Christiane Taubira a quant à elle résumé sa vision de cette volonté de maîtrise de l’immigration. « Vous créez du péril pour la France, en laquelle, d’ailleurs, vous semblez avoir une confiance très modérée », a-t-elle asséné sur les bancs de l’Assemblée.
Maïté Koda
(Sources : RFO)
Rapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
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