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Témoignages
16 octobre 2004

Les 7 et 8 octobre derniers s’était déroulé à Saint-Pierre un carrefour de réflexion sur le thème de “Femme et violence dans une société multiculturelle” (voir “Témoignages” du 9 octobre). Marylène Berne, de l’UFR, et de Marie, de l’ARAST, insistent sur l’origine sociale de la violence et l’importance d’écouter la souffrance des familles.
Il ne suffit pas de poser les problèmes. Ceux-ci avaient été évoqués au carrefour des 7 et 8 octobre derniers à Saint-Pierre, sur le thème “Femme et violence dans une société multiculturelle”. Les participants ne savaient pas que l’actualité rattraperait si vite ce thème (lire ci-dessous).
Lors de ce débat, Marylène Berne, de l’Union des femmes réunionnaises (UFR), membre du Comité départemental de lutte contre les violences (CODEV), soulignait qu’on n’y abordait pas suffisamment les solutions.
Il est, pour elle, insupportable que les femmes soient victimes des crimes, que la presse en parle comme "de crimes d’amour" ; que l’on dise que cela va se perpétuer - "ce qui est d’un fatalisme incommensurable si l’on ne dit pas par ailleurs que la violence engendre la violence" ; que chaque meurtre laisse un enfant orphelin de mère, mais aussi de père puisque ce dernier est en prison.
À quoi l’anthropologue Stéphane Nicaise répond que si 15 % de femmes sont victimes de violences, c’est qu’il existe à La Réunion un contexte global de violence. Et que dans ce domaine, "il importe de laisser de côté l’émotion, sinon on n’avance pas".
Ginette Ramassamy du Contrat de ville du Port, souligne que la complexité du problème de la violence interdit "les solutions toutes faites". Elle note "qu’il y a des femmes battues, mais aussi des enfants battus" et que sans nier les violences des femmes, si l’on s’en tient à l’opposition hommes et femmes, "on n’arrivera à rien".
Après les événements récents dans deux établissements scolaires du Sud, on ne pouvait échapper dans ce carrefour à la question de la violence des jeunes. Une intervenante, reprenant l’image de Stéphane Nicaise, a noté combien il était important "de prendre en compte les jeunes non-scolarisés qui ne croisent pas le regard de ceux qui sont scolarisés".
Une autre a souligné comme étant autant de "violences inouïes" l’échec scolaire, le chômage, le manque de logements sociaux. Et dans la foulée, de la salle est venue l’idée que lutter contre la violence, c’était aussi "agir sur cette société" ; la femme supportant trop souvent à la fois la violence de la société et celle du mari. La violence n’est pas un phénomène privé, mais un phénomène public.
"La femme victime, c’est nous. Nous devons bouger". Et l’intervenante de dénoncer la femme "objet de consommation que l’on peut essayer, rejeter et tuer...".
Marie est technicienne d’intervention sociale et familiale à l’Association régionale d’accompagnement social territorialisé (ARAST). À ce titre, elle est quotidiennement au contact de familles en difficulté. Et bien souvent aux premières loges pour constater les dégâts de la violence domestique.
Des actes qui s’exercent souvent contre les femmes et les enfants. Il lui faut cerner les causes de ces violences, souvent l’alcoolisme de l’un des parents ou des deux, ou encore constater l’addiction des enfants.
De ce carrefour de réflexion, elle n’attend "pas forcément des solutions toutes faites". Elles ne semblent pas exister. "J’attends que l’on nous dise quelles sont les racines et les origines de la violence, afin que nous puissions mieux appréhender les situations auxquelles nous sommes confrontées au quotidien. De telle sorte que nous soyons mieux armées pour discuter avec les familles. Plus facilement à l’écoute car on apaise ainsi pas mal de souffrances dans les familles".
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