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5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
Violences conjugales : les conséquences économiques - 2 -
26 novembre 2007

Dans la continuité de l’article proposé dans notre édition de samedi 24 novembre, nous vous proposons de revenir sur le rapport du CRESGE (Centre de recherches Economiques, Sociologiques et de Gestion) qui offre une évaluation des répercussions économiques des violences au sein du couple en France par an : soit 1 milliard d’euros, estimation minimale, sachant qu’elle ne s’intéresse qu’aux violences physiques et sexuelles et qu’elle n’a pas toutes les données statistiques pour en mesurer les pleines implications.
S’appuyant sur les études du genre réalisées aux États-Unis ou dans les pays anglo-saxons, ce premier rapport du CRESGE a d’abord permis de dégager les répercussions sanitaires et sociales des violences au sein du couple, pour les victimes directes mais aussi leurs enfants exposées.
Répercussions sanitaires
Il ressort que le traumatisme crânien et les fractures sont les principales conséquences morbides immédiates des violences conjugales. Que les femmes enceintes qui sont exposées aux violences connaissent des complications durant leur grossesse avec un risque de naissance de bas voir très bas poids (jusqu’à 1500 grammes). Que ces atteintes à l’intégrité physique ne sont pas sans conséquences sur l’état psychologique des victimes. Rien que l’on ne puisse présager, si tant est que l’on soit un peu sensibilisé à ce phénomène social, direz-vous ? Ce constat sert en fait de base pour décliner les coûts induits, directs ou indirects, supportés pour l’essentiel par les femmes mais aussi par la société. Un argument qui à l’heure des restrictions budgétaires et des discours démagogiques qui l’accompagnent pourrait peut-être inciter les autorités à agir avec davantage de cohérence pour lutter contre les violences intrafamiliales. Et par là même, pourrait mobiliser cette frange de la société qui applaudit des deux mains quand on prétend mieux gérer les finances publiques en supprimant par exemples des milliers de postes d’enseignants.
Vous allez comprendre. Sans revenir sur la nature des coûts que nous avons développé dans notre article précédent, poursuivons avec les répercussions sanitaires des violences au sein du couple. L’exposition aux violences a un impact avéré sur la situation sanitaire des victimes qui s’en trouve dégradée voir très dégradée. Les études épidémiologiques ont démontré que les femmes battues par le passé souffraient par la suite de troubles dans les systèmes musculo squelettal, neurologique, sensoriel, circulatoire, génito-urinaire et digestif. À l’exception des troubles sensoriels, les violences psychologiques engendrent le même ordre d’incidences physiques. Les symptômes dépressifs sont également concomitants aux violences, d’où un recours accru aux antidépresseurs, antalgiques. Les femmes exposées aux violences conjugales, physiques ou sexuelles, sont également plus sujettes à une détresse psychologique importante, à un stress post-traumatique élevé, aux tentatives de suicide, au recours régulier aux psychotropes. Le risque accru de handicap chez les victimes de violences conjugales est également avéré.
Un vrai coup pour le « trou de la Sécu »
Derrière ce constat sanitaire, outre la souffrance qu’il revêt, se traduit aussi une souffrance sociale aux forts impacts économiques. Si l’on fait abstraction des présupposés arithmétiques et des méthodologies de calcul développées dans ce rapport (qui ne sont pas sans intérêt, mais ne serviraient pas à la compréhension) et que l’on se réfère aux coûts, l’addition des violences conjugales est salée. Basant ses analyses sur l’année 2004 afin d’établir une estimation minimale annualisée, les événements traumatiques, cités plus hauts, enregistrés à l’hôpital représenteraient un coût annuel de 5,3 millions d’euros, auxquels s’ajoutent 84 900 euros de frais de séjour (15 euros/jour supporté par la victime ou son assurance complémentaire), sachant encore que ne sont pas pris en compte ni le coût des soins de suite et de réadaptation, ni les événements autres que les fractures. Les fractures semblent de suite moins anodines au regard du fameux déficit de la sécurité sociale, savamment entretenu. Le coût des problèmes d’accouchement et de naissances attribuables toujours aux violences conjugales est estimé à 969 500 euros pour la prise en charge hospitalière et à 11.300 euros de frais d’hébergement, sachant là encore que l’étude affiche un déficit d’information s’agissant de la prévalence des femmes victimes de violences durant leur grossesse. Pour le recours aux soins de médecine libérale, la facture est estimée à 19 millions d’euros, dont 97,4% de consultations de psychiatres libéraux. S’y ajoutent 259 800 € de biologie et d’auxiliaires médicaux. Le recours aux antidépresseurs, anxiolytiques et médicaments du sommeil, multiplié par 4,4 en présence de violences conjugales, s’élèverait à 357,1 millions d’euros.
Beaucoup de milliers et de millions rien que sur ces trois postes, n’est-ce pas ? Il faut encore aborder les coûts induits par les violences conjugales sur la justice, les activités de police et de gendarmerie, le logement, la protection juvénile... Nous y reviendrons dans notre édition de mercredi. Non que nous cherchions à traiter les violences au sein du couple en termes de feuilletons, à l’image de certains journaux qui font leurs choux gras de ce qu’ils appellent des faits-divers, nous irons jusqu’au bout de l’énumération puisque la culture du chiffre est à la mode autant que celle de l’économie. Ici, la place nous manque, mais pas la volonté de démontrer, comme le sous-tend ce présent et précieux, que la cohérence dans la lutte est bénéfique pour les victimes d’abord, et puisque cette argument ne semble pas suffire, pour la société comptable dans son ensemble.
Stéphanie Longeras
Rapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
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