Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
6 juin, parIEDOM : « Un premier trimestre favorable avant l’impact de la crise au Moyen-Orient »
Un bon millier de personnes à la marche contre les violences à l’égard des femmes
29 novembre 2004

(Pages 6 et 7)
Des centaines de personnes de toutes conditions, de tous âges et de toutes opinions ont participé hier dans les rues de Saint-Denis à la manifestation organisée à l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination des violences à l’égard des femmes.
En tête du cortège qui s’était constitué au Jardin de l’État, une banderole rappelait précisément le thème de cette journée instituée le 25 novembre par l’Organisation des nations unies (O.N.U.). Une autre grande banderole précisait que cette “marche blanche” s’est déroulée à l’appel de la Fédération régionale de solidarité contre les victimes de violences (F.R.S.C.V.) et de familles de victimes.
Plusieurs victimes de violences récemment signalées par la presse ainsi que leurs proches se trouvaient d’ailleurs au début de la manifestation. C’est ainsi que l’on reconnut notamment des membres de la famille d’Ingrid Torpos, portant le portrait de cette femme récemment assassinée par son petit ami et une banderole disant "Ingrid on t’aime", ainsi que des proches du jeune garçon originaire de Mayotte tué il y a quelques jours par son oncle à Montauban (Sud de la France).
Parmi ces personnes se trouvaient notamment Céline Lucilly, présidente de la F.R.S.C.V., la députée Huguette Bello, présidente de l’Union des femmes réunionnaises (U.F.R.), et Idriss Issop Banian, porte-parole du Groupe de dialogue inter-religieux de La Réunion. Une troisième grande banderole proclamait : "Humiliées, battues, violées, menacées, tuées : ça suffit, je dis non".
Les manifestants ont marché jusqu’au Barachois en passant par la rue de Paris et la rue de la Victoire. Beaucoup d’entre eux étaient vêtus de blanc et portaient des fleurs blanches. Ils ont défilé en silence mais plusieurs d’entre eux exprimaient leurs aspirations à travers des pancartes, calicots et bandeaux :
"- Saint-Denis dit non à la violence
- Il vous bat une fois, c’est trop
- Imaginez un monde sans violence, faites l’effort
- S.O.S. Détresse : les violences ça suffit, je dis non
- Halte à la violence contre les femmes, plus de protection de la Justice
- Le silence tue
- Femme tu t’appartiens
- Ni le cercueil, ni l’avion, la vie".
En fin de cortège, un groupe de manifestantes portaient une banderole symbolique : "Femmes solid’air, parce qu’ensemble nous sommes plus fortes". De fait, c’est en construisant ensemble une société plus solidaire, sur la base du respect mutuel, que nous pourrons faire reculer les différentes formes de violences. Toutes les violences.
L. B.
An plis ke sa
Personnalités
Outre les responsables des organisations qui ont appelé à la manifestation, on reconnaissait dans le défilé des personnalités aux opinions et responsabilités très diverses mais néanmoins unies dans ce combat contre les violences. En nous excusant pour nos oublis, nous citerons ainsi les différents représentants de l’Alliance : Élie Hoarau, Pierre Vergès et Jean Saint-Marc pour le Parti communiste réunionnais, Joachime Dhaussy et Martine Sueur pour Free Dom, Alain Armand (Mouvement La Réunion Autrement), Denise et Éric Delorme (Priorité socialiste Réunion), Christine Soupramanien (Mouvement républicain et citoyen), Guy Ratane-Dufour (Mouvement de la gauche écologiste réunionnaise) ainsi que des élus de l’Alliance membres de la société civile comme Catherine Gaud, Raymond Mollard, Marie-Pierre Hoarau et d’autres élues comme la conseillère régionale Annick Le Toullec, la conseillère générale Monica Govindin, la sénatrice Gélita Hoarau et Nassimah Dindar, présidente du Conseil général.
On peut également citer des responsables d’organisations comme Ivan Hoarau et Jean-Marc Gamarus pour la CGTR, Monique Orphé pour les femmes socialistes, Ida Latchimy et Ghislaine Bessière pour Rasine Kaf...
Halte aux expulsions !
Dans le cortège, on a remarqué un groupe de manifestants autour de Monique Couderc et Maître Saïd Larifou, membres du comité de défense des victimes d’expulsions arbitraires de la part de l’Administration. Parmi ces victimes, il y a le jeune Ahmed Andhmoudine et l’étudiante malgache Marie-Naoisa Zaranony, dont les portraits étaient brandis par des manifestants.
Contre la violence routière
À l’invitation de l’association Trans’Port Vélo Ville, une vingtaine de manifestants - dont plusieurs femmes - sont venus du Port à Saint-Denis à vélo, pour exprimer leur solidarité avec les victimes de violences. Parmi ces violences, il y a la violence routière. Et les cyclistes portois militent pour le développement des modes de déplacements doux, non polluants et sûrs pour tous. Sur la route comme dans la vie, il faut respecter les autres, surtout les plus fragiles !
Ils et elles ont témoigné
Sous le kiosque du Barachois, là où finissent généralement manifestations et marches civiques, des parents de victimes ont pris la parole. Les familles Lamoureux et Torpos étaient présentes, les parents de la jeune esthéticienne de Saint-Gilles tuée en avril 2004 avaient écrit à la Fédération de Céline Lucilly. Ils ont en commun d’avoir perdu une fille, une mère ou une compagne qui, dans tous les cas, avait envoyé des signaux de détresse aux autorités, laissés sans suite.
o Jacqueline Lamoureux : "Ma fille avait interpellé les gendarmes"
La mère d’une victime, tuée par un ex-compagnon qu’elle cherchait à éloigner, a rappelé les circonstances du drame qui l’a privée de sa fille, tuée "à l’heure du café du matin", par un homme qui venait d’être relâché d’une garde à vue. "Les responsables judiciaires devraient s’interroger davantage avant de remettre quelqu’un en liberté. Ma fille avait interpellé les gendarmes. Elle n’a pas eu de protection", a dit Jacqueline Lamoureux en constatant que ce qui lui est arrivé "peut arriver à chaque mère, dans chaque famille".
o Une lettre au procureur
Un message a été envoyé de France par les parents de Sophie, jeune esthéticienne installée à Saint-Gilles et tuée par son ancien compagnon dans une situation de rupture également. Sophie avait un nouveau compagnon, présent hier dans la marche. Jean de Robillard a gardé avec lui la lettre que Sophie a envoyée au procureur, peu avant sa mort, pour dire à quel point elle était "terrorisée" par un homme qui la harcelait et qu’elle savait armé d’un fusil à canon scié. Elle donnait même dans sa lettre la date du retour dans l’île de celui qui la terrorisait : le 22 avril 2003. Sophie avait déménagé, pour fuir la violence et protéger ses deux enfants. Deux jours après son retour, son ancien compagnon la retrouvait et mettait ses menaces à exécution. Le message des parents de Sophie dit "la douleur et la révolte" de citoyens qui disent aujourd’hui que "c’est une erreur de s’en remettre à la justice".
Jean de Robillard quant à lui a décidé de ne pas oublier l’indifférence des représentants de la loi, en venant témoigner hier. "Depuis dix-huit mois, une vingtaine d’autres jeunes femmes sont mortes dans des situations analogues", observe-t-il.
o Idriss Issop Banian : "La société est atteinte"
Idriss Issop Banian, porte-parole du groupe de dialogue inter-religieux, a attiré l’attention sur ce que révèle de la société toute entière ces violences faites aux femmes. "C’est un problème général dont les décideurs doivent prendre conscience", a-t-il dit, "pour que la société réunionnaise devienne plus pacifique et fraternelle".
o Huguette Bello : "Indignation et révolte devant l’attitude du préfet"
La députée de la 2ème circonscription, Huguette Bello, a fait connaître la fin de non recevoir essuyée par la délégation devant les grilles de la préfecture. "Nous regrettons profondément que les représentants de la préfecture n’aient pas trouvé un moment pour recevoir la délégation". Le motif donné à la délégation, "le préfet fait les 35 heures", a été reçu comme une marque de mépris sans fondement. "À La Réunion, la violence est beaucoup plus importante qu’en France, où la ministre a bien trouvé le temps de visiter un centre d’accueil", a ajouté Huguette Bello avant de faire part des sentiments "d’indignation et de révolte" des marcheurs. "Aujourd’hui, c’est l’État qui nous fait violence", a ajouté Céline Lucilly, avant de céder le micro à la représentante du maire de Saint-Denis.
o Minh N’Guyen : "Faisons appliquer les lois"
Au nom de René-Paul Victoria, absent pour cause de congrès UMP, Minh N’Guyen, conseillère municipale en charge de la Prévention santé, de la Sécurité et de la Lutte contre les violences envers les femmes, a dit l’engagement de la municipalité de Saint-Denis dans ces actions. Ancienne psychologue scolaire, ayant passé trente ans dans l’Éducation nationale, Minh N’Guyen est aussi conseillère régionale (d’opposition) et commandante de l’armée réserviste. À Saint-Denis, elle est en charge de la Maison de Sécurité (107, rue Juliette Dodu - 0262.41.11.47). "...Beaucoup de contraintes pèsent encore sur les femmes", a-t-elle dit notamment, "mais il y a des lois (telle celle sur la parité - NDLR). Faisons appliquer les lois. ...Il y a aussi des espaces de médiations auxquels les hommes comme les femmes peuvent faire appel".
o Céline Lucilly : "Les violences, ça suffit !"
Pour la Fédération régionale Solidarité contre les violences (FRSCV), Céline Lucilly a lu en conclusion le tract-manifeste distribué à la fin de la marche, donnant les principales demandes des associations. Contre toutes les formes de violences, dont meurent ici deux fois plus de femmes qu’en France, la fédération demande "une loi-cadre", traduisant la volonté politique d’en finir "avec tous les aspects des violences faites aux femmes à la maison, au travail, dans la rue..."
"À La Réunion (...) plus d’une femme sur trois victime d’homicide a été tuée par son ex-conjoint ou ex-concubin", soit lors de la séparation, soit après. "Deux femmes sur dix ont aussi subi au moins une forme de violence dans un espace public", a poursuivi Céline Lucilly. Sa déclaration appelait les participants à la marche à signer une motion de solidarité avec les revendications exprimées, exigeant "l’application des droits des femmes et des mesures de lutte concrètes..."
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