Droits humains

Le Département accentue sa lutte contre la pauvreté

Lutte contre la pauvreté

Témoignages.re / 4 décembre 2020

Le Département de La Réunion a décidé d’engager des mesures pour lutter contre la pauvreté à La Réunion. Cette initiative s’ajoute aux récentes données fournies par l’Observatoire des inégalités, qui atteste que La Réunion est l’un des départements les plus pauvres de France.

Pour la collectivité, "les populations les plus vulnérables et les plus défavorisées seront au coeur de nos dispositifs en mettant en place de nouvelles mesures d’accompagnement social, en lien avec le plan pauvreté dont le Département assume le déploiement à l’échelle du territoire. A ce titre, l’aide à l’amélioration de l’habitat sera amplifiée afin que davantage de ménages puissent en bénéficier. Face à la crise sanitaire et à ses conséquences, un nouvel élan est donné à l’aide alimentaire avec la mise en place du chèque d’accompagnement personnalisé alimentaire".

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La Réunion un "département hors-norme"

Depuis plusieurs années, l’Institut national des statistiques et études économiques (Insee) met en exergue des données inquiétantes sur le taux de pauvreté, le taux de chômage et la faiblesse des revenus des réunionnais.

Or un nouvel indice est né celui de la fragilité sociale, instauré par le projet de loi de finances 2021, "qui articule des critères tels que la part des bénéficiaires d’allocations sociales, le niveau de revenu, le taux de pauvreté, et le niveau d’aisance budgétaire (épargne brute) – place notre collectivité au premier rang des départements français les plus en difficulté, ce qui traduit le niveau de contrainte auquel nous devons faire face".

Face à un contexte économique et social tendu, "le Département poursuivra, en collaboration avec les services de l’Etat, la mise en oeuvre de la stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté et contribuera au déploiement sur le territoire de la nouvelle stratégie nationale de prévention et de protection de l’enfance, ce qui apportera des moyens financiers supplémentaires pour le développement de notre politique départementale d’action sociale", selon le Rapport d’orientation budgétaire présenté lors de l’assemblée plénière du 2 décembre 2020.

Un plan d’action redéployé

Pour cela, la collectivité propose une "stratégie pauvreté", dont un certains nombres d’actions n’ont pu être mises en place au cours de ces dernières années, reconnait le conseil départemental. Raisons pour lesquelles, il a été décidé de lancer plusieurs appels à projet relatifs au soutien à la parentalité, ainsi que des actions d’accompagnement, "vers une meilleure gestion du budget familial et de la consommation".

La Collectivité va également mettre en place des chèques d’accompagnement personnalité alimentaires pour l’année 2021, avec des critères affinés et un système numérique.

Par ce dispositif, le Département veut notamment sécuriser l’aide alimentaire pour les familles vulnérables, qui sont entre 20 000 à 30 000. Les dépenses sociales représenteront 48% du budget, l’an prochain, notamment dans les aides individuelles.

Le Département va également accompagner jusqu’à 800 familles dans les "week-end parentalité" et mettre en oeuvre 180 mesures d’accompagnement sociales personnalisées (MASP). 3.000 logements devraient être réhabilités afin de lutter contre l’insalubrité, soit un chiffre doublé en comparaison à 2020.

Cinq nouvelles maisons d’accueil familial (MAF) vont être construites pour lutter contre les établissements accueils illégaux (pensions marron). "Par ailleurs, au titre de la lutte contre la pauvreté, un accompagnement social lié au logement collectif sera mis en place. Cet accompagnement des ménages pour l’accès ou e maintien dans logement permettra d’intervenir de manière préventive sur deux territoires (Nord-Est et Sud-Ouest)", notent les rapporteurs.

Le dispositif expérimental R+ sera prolongé sur l’année 2021, avec pour objectif d’accompagner 5.000 bénéficiaires du RSA dans leur insertion. Cette allocation d’insertion et de retour à l’activité d’intègre à un parcours de formation rémunérée et d’emplois salariés.

Enfin, le Département lance son "pass bien-être" à destination des personnes vulnérables. A compter du 1er décembre 2020, une plateforme numérique sera dédiée à l’obtention de ce pass, qui concerne les bénéficiaires du RSA socle ainsi que les personnes âgées de plus de 60 ans dont le revenu est inférieur à 492,57 euros par mois.

Pour en savoir plus : La Réunion, département le plus pauvre de France

Penser aux "nouveaux pauvres"

L’un des effet néfaste de la pandémie de Covid-19 - outre sur le plan sanitaire - est l’émergence de "nouveaux pauvres". En effet, il s’agit de personnes vivant sous le seuil de pauvreté dite « monétaire ». Selon Manuel Domergue, directeur des études à la Fondation Abbé Pierre, "la pauvreté monétaire, c’est quand vous vivez sous le seuil de pauvreté, c’est-à-dire 60% du revenu médian. Par rapport à un français moyen, vous êtes quand même bien en dessous".

Ce dernier a expliqué au micro de FranceInter que "pour une personne seule, c’est quand vous gagnez à peu près moins de 1060 euros par mois. Ça fait pas mal de monde, presque 15% de la population française. Tout montre que (cette proportion) est appelée à augmenter dans les mois qui viennent."

Ces nouveaux pauvres sont "les indépendants, les petites PME, les auto entrepreneurs, les intérimaires, les saisonniers, les intermittents du spectacle", mais aussi des travailleurs, touchant à peine le SMIC.

Pour René Sotata, conseiller départemental PCR, "il faut prendre en compte ces nouveaux pauvres, qui n’ont aucune aide et payent tout". Ce dernier a interpellé le président du Département, Cyrille Melchior, afin que la situation des nouveaux pauvres à La Réunion soit relayé dans les plus instances de l’État.

Pour l’élu communiste, "il ne faut pas oublier les gens qui ont des baisses de revenu, des pertes d’emploi à cause de la crise sanitaire et économique". René Sotaca préconise une concertation la plus large, et la mise en place de mesures dédiée à cette catégorie de personne qui "n’est pas au RSA, n’a aucun aucun soutien financier et qui doit trouver les moyens de tout payer pour être en règle".