Droits humains

« Les Anges » : « les conditions de sérénité ne sont plus réunies » à La Réunion

Les producteurs de l’émission de télé-réalité accusent implicitement les Réunionnais

Manuel Marchal / 12 janvier 2021

incroyable mais vrai ! L’agression de plusieurs familles dans un hôtel de plusieurs familles réunionnaises par des membres de l’équipe « Vacances des Anges » a débouché sur une « polémique qui nous a profondément blessés » affirment les producteurs de l’émission de télé-réalité. Si « les conditions de sérénité ne sont plus réunies pour permettre un tournage de l’émission sur l’île de la Réunion », la faute à qui ? Pas aux Réunionnais en tout cas mais à cause de personnes violentes employées pour faire de l’audience. Manifestement, la production tente de se dédouaner vis-à-vis de l’opinion publique en France en faisant croire que les Réunionnais sont des excités qui ne comprennent pas le fonctionnement d’une émission de télé-réalité.

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Image Réunion Première - Géraldine Blandin

Dans un communiqué, la production de « Vacances des anges » annonce l’annulation du tournage de cette émission de télé-réalité à La Réunion.
Cette décision fait suite à la violente agression perpétrée par plusieurs membres de l’équipe de tournage à l’encontre de familles déjeunant paisiblement un dimanche dans le restaurant d’un hôtel de Saint-Denis.
Deux des personnes mises en cause dans l’agression ont déjà été condamnées en 2019 pour des faits similaires de violences. Elles étaient à l’époque des stars autoproclamées de la télévision, et n’ont manifestement pas été exclues de ce microcosme.

Repris de justice valorisés pour faire de l’audience

En effet, moins de deux ans après cette condamnation, ces personnes ont été envoyées à La Réunion tous frais payés dans un hôtel de luxe de la capitale pour participer au tournage de « Vacances des Anges ». Ceci interroge sur ce système qui estime qu’il lui est profitable d’employer des repris de justice condamnés pour des faits de violence liés à leur égo surdimensionné. Quel exemple montrer en effet à une partie de la jeunesse encore friande de ce genre d’émission, car ce sont des personnes au comportement inacceptable qui sont transformées en icônes de la société de consommation.
Il était donc clair que l’alcool aidant, le sentiment d’impunité de ces personnes payées pour passer des vacances à La Réunion s’est exprimé à un point tel, qu’il a dégénéré en une violente agression. En amenant dans notre île ces repris de justice, il était donc clair que la production de cette émission faisait prendre un risque à la population réunionnaise que ces acteurs pouvait croiser.
Comme il fallait s’y attendre, ce n’est pas cette analyse qui est retenue par « La Grosse équipe », producteur de l’émission. Voici son point de vue :

Les sauvages ne sont pas les Réunionnais

« La santé et la sécurité de l’équipe de production, des candidats et de toutes les personnes impliquées dans le tournage est notre plus grande priorité. À la suite du récent incident, extérieur au tournage de l’émission « Les Vacances des Anges », La Grosse Equipe constate que les conditions de sérénité ne sont plus réunies pour permettre un tournage de l’émission sur l’île de la Réunion.
Touchés par cet incident extérieur, Antoine Henriquet et ses équipes ont le regret d’annoncer : « Nous sommes tous consternés et attristés par l’injustice de cette polémique qui nous a profondément blessés » déclare le Président de La Grosse Equipe. »
Est-ce à dire que les Réunionnais sont des excités qui n’ont pas compris le fin mot de l’histoire, car à en croire les propos du président de la société de production, l’équipe de « Vacances des Anges » estime injuste le développement de l’affaire. Peut-être qu’en France à 10.000 kilomètres de La Réunion, une certaine opinion publique peut croire de pareilles mensonges.
Mais il n’en demeure pas moins que les auteurs de l’agression ont pu être tranquillement rapatriés sans passer par la case prison. La justice estime donc que les faits n’étaient pas assez grave pour retenir leurs auteurs dans notre île. Si ces agresseurs n’étaient pas des personnes publiques de passage à La Réunion appartenant au milieu de la télé-réalité en France, auraient-ils été aussi vite tirés d’affaire ?

M.M.