Marche blanche...

27 novembre 2006

KOUDKONGN de Raymond Mollard

Il y avait beaucoup de femmes, évidemment. De tous âges, de tous quartiers, de toutes conditions. Il y avait aussi des hommes, moins nombreux, mais bien présents, venus affirmer auprès de leurs compagnes qu’on ne vaincrait pas le fléau par la victoire d’un sexe ou de l’autre, ni d’un sexe sur l’autre, mais par la responsabilisation solidaire de la société tout entière.

Voilà pourquoi il était heureux qu’il y eût aussi tant d’enfants, qui ajoutaient à la force silencieuse de ce cortège de paix une touche de fraîcheur innocente, d’espoir en l’avenir. Leurs babils et leurs rires inscrivaient dans l’air comme la certitude absolue que surviendraient un jours des temps meilleurs.

Des élu(e)s, des responsables d’associations et de syndicats, de mouvements d’éducation populaire, avaient pris place dans le mouvement, sans le capter ni le dénaturer, dans une ambiance consensuelle qu’on se plairait, soit dit en passant, à respirer plus souvent.

Le tout porté par la symbolique des fleurs et des bouquets, baigné dans une chatoyante symphonie de blanc, parcourant d’un pas à la fois familier et solennel l’espace matériel qui conduit du Jardin de l’Etat à l’Océan, comme on va de l’individu à la société, du destin personnel au devenir collectif, de l’indifférence au respect, de la solitude à l’amitié. Ou à l’amour, puisqu’après tout c’est bien à lui que revient le redoutable honneur d’être placé au cœur du problème...

Des portraits rappelaient les drames de ces femmes et de ces filles emportées par la vague brutale de la violence, et exprimaient notre solidarité sans faille avec tant de familles blessées. Ingrid Torpos, Fabiola Silotia, et bien d’autres, trop d’autres, étaient là, vivantes à jamais dans notre affectueux souvenir. Leurs visages semblaient pleurer doucement, sans haine ni colère, mais avec la force muette du souvenir, et, comme s’ils avaient servi de slogans silencieux à cette manifestation qui se voulait sans cris, répétaient en chacun de nous cette lancinante prière intérieure : « Ne m’oubliez pas » et « Plus jamais ça ! »...

Voilà du moins ce que j’ai personnellement vu, entendu et ressenti. L’honnêteté m’oblige à préciser que le regard professionnel de notre Grande Presse Dominicale a été sensiblement plus critique. L’éditorialiste du Quotidien estime en effet que « l’échec de cette marche blanche annonce d’autres victimes ». A-t-il déjà des noms ? Remercions-le du moins de n’avoir pas poussé l’enthousiasme jusqu’à déclarer : « Levez-vous, orages désirés, faites-nous vendre un max de papier !... »
Quant au “JIR”, il expédie la marche et ce qu’elle représente en deux colonnes vite fait bien fait, avant d’en consacrer douze - pas une de moins - à la procession saint-andréenne du même jour (« réussie », sans doute, puisqu’elle regroupait un millier de fidèles) où le Sénateur-Maire, le Sous-Préfet de Saint-Benoît, le Maire de Saint-Louis et quelques autres huiles essentielles ont promené de par la ville un bout d’os de mâchoire de l’Apôtre. On aurait presque envie d’ajouter, en contrepoint à la prophétie du “Quotidien”, que : « Le succès de cette marche écarte tout risque de crucifixion d’apôtre à Saint-André sur le moyen terme »...

Mais revenons au chef-lieu..
Lorsqu’au Barachois, au milieu du recueillement collectif, dans la splendide lumière de cette fin d’après-midi, jaillit l’envol des ballons blancs, m’est, je ne sais pourquoi, revenue à l’esprit la non moins splendide vision qu’Alejo Carpentier déploie dans “Le siècle des lumières” :

« Vers l’orient se dressait, toute droite, magnifique, aperçue par les yeux de l’intelligence, la colonne de feu qui guide les marches vers toute terre promise. »

Notre marche à nous s’arrêtait là pour ce jour. Mais « les yeux de l’intelligence » devront sans doute, longtemps encore, scruter jour et nuit l’avenir commun de l’homme et de la femme, avant d’apercevoir la terre promise. Nous garderons le cap.


Jour sombre pour une marche blanche

Nous étions 300, sans doute plus, certainement pas assez, pour suivre une banderole, conspuant la violence faite aux femmes. Normal, c’était la journée mondiale contre les violences et autres misères faites à plus de la moitié des humains sur cette planète : Nos mères, nos sœurs, nos filles, et nos compagnes. La presse soucieuse de son job était présente et j’étais heureux de voir des confrères et des consoeurs s’activer alors que je suivais ce défilé comme l’avaient suivi les quidams durant l’enterrement du petit cheval de Paul Fort. Tous derrière, tous derrière, politiques et journalistes devant ! J’ai vu les cameramen sur le monument aux morts accompagnés des photographes de la presse écrite. Ils ont mitraillé à tout va, à tel point que l’on se serait cru dans la bande de Gaza un après-midi d’intifâda. Pas de problème "coco" l’image est dans la boîte ! J’ai même aperçu une journaliste photo, juchée sur les épaules d’un confrère. Pour dire si le sujet en valait la peine !
Alors je me suis dit : l’édition de demain dans les quotidiens, ça va être bien.
La télévision n’était pas en reste, on sait comme ils sont prompts à relayer l’information.
RFO dans son JT nous fera bien trois passages au cours du week-end, comme ils le font régulièrement pour la naissance d’une cucurbitacée de forme douteuse, quant à Antenne Réunion ils ne voudront pas être en reste, la chaîne privée ne manque pas une occasion pour mettre en valeur la femme notamment avec ses pubs racoleuses sur le Téléphone rose !

Trahies par une partie des médias

Le lendemain je me pose la question : à quoi bon tant d’agitation ? J’ai vu les "Unes" de deux quotidiens qui paraissent le dimanche. Arrivé à ce point pourquoi cacher les noms ! La "Une" du "Quotidien" fait le service minimum, deux lignes pour annoncer une double page intérieure, c’est bien confrère, tu utilises bons nombres de photos, témoignages et commentaires à l’appui, tu nous relates l’évènement qui n’était pas anodin loin s’en faut ! Mais lorsque je me penche sur le "JIR" mon visage pâlit, j’avais oublié que la concurrence des défilés serait dure. Comment lutter entre une sainte relique et une femme assassinée toutes les deux heures sous les coups de mâles avinés plus près du singe que de l’hominidé ? D’autant plus que la marche de Saint André avait à sa tête, la future relique d’une langue de bois, d’un marin pécheur d’opérette ! Oui, Madame, oui Mademoiselle vous avez été battues doublement ce samedi, mais aussi trahies par une partie des médias. Les Télés ne vous ont pas non plus donné la place que vous méritiez. Sans doute que si vous aviez eu à votre tête quelques religieux enrubannés ou si vous aviez porté une relique de Marie-Madeleine, la manifestation aurait été toute différente, les télévisions auraient, comme lorsqu’un jardinier découvre une patate douce en forme de pénis, accordé la place que vous connaissez, un rabâchage sur trois jours de l’événement divin !
Le rédacteur du “JIR”, dans un de ses éditos bien sentis nous a un jour expliqué que pour que la presse écrite continue d’exister, il fallait que l’information soit sensationnelle, qu’avec ça et une bonne Télé, son journal passerait devant tout le monde ! Je ne caricature pas ses propos même si je vous les donne de façon approximative. Il a raison, et je te le dis coco, t’es sur la bonne voie, celle qui conduit à la poubelle ! Quelqu’un de métropole pour répondre à un de mes articles sur mon blog m’a écrit un jour : « C’est normal, nous avons "Voici" vous vous avez le "JIR" » (Sans commentaire).
Alors, ce dimanche, je l’ai ressenti comme une journée sans saveur, même pas un peu de plomb dont on faisait jadis le caractère bien trempé d’une presse, certes acide, mais juste et toujours prête à dénoncer l’incurie de nos gouvernants. Ha bien sûr, il est plus facile et plus vendeur de dénigrer à tour de bras que de construire ! Madame, Mademoiselle pardonnez certains journalistes, ils ne savent plus ce qu’ils font ! Mais tous ne se jettent pas sur les scandales, sur la marguerite tombée du bréviaire d’un Abbé, tous ne vont pas à la soupe derrière un reliquaire.
Albert Londre, reviens, ils sont devenus fous !

Philippe Tesseron
http://www.espaceblog.fr/teletesseron/


Commission départementale contre les violences faites aux femmes (CODEV)

Des décisions pour un travail de réseau

Une réunion de la Commission départementale contre les violences faites aux femmes (CODEV) s’est tenue le 24 novembre à la Préfecture, coprésidée par le Préfet de la Réunion, Pierre-Henry Maccioni et Madame Nassimah Dindar, présidente du conseil général,
Cette réunion avait été organisée expressément à la veille de la journée internationale pour l’élimination des violences à l’égard des femmes, marquée dans notre île par une « marche blanche » silencieuse.
Parmi les problématiques soulevées par ce phénomène, plus aigu dans notre île que dans l’Hexagone, les partenaires ont abordé le fonctionnement du 115 (numéro d’urgence) ; l’hébergement temporaire et d’urgence ainsi que l’accès au relogement ; le traitement judiciaire des victimes et des auteurs ; l’apprentissage du respect mutuel entre filles et garçons ; l’information et la communication.

Ils ont aussi retenu, parmi les conclusions de leur débat, que l’État devra s’engager plus fermement dans la lutte contre les violences au sein du couple, en partenariat avec l’autorité judiciaire, les collectivités territoriales et les associations ; qu’il sera nécessaire, pour plus de cohérence, de travailler dans une logique de réseau ; que les services de police et de gendarmerie auront à prendre des mesures pour mieux jouer leur rôle de point d’accueil des femmes victimes de violences :
Désormais, tout fait de violences - ou des menaces à l’encontre des femmes - fait l’objet d’un procès-verbal transmis systématiquement au Parquet ; la pratique de la main courante est abandonnée ; Un référent a été nommé dans chaque commissariat de police et chaque brigade de gendarmerie.

Enfin, plusieurs décisions ont été prises, et notamment :
- Quatre sessions de formation de deux jours pour les chargés de l’accueil des victimes :

- La création d’un groupe de travail composé de la police nationale, de la gendarmerie et des associations pour l’amélioration des échanges.

L’accès des services de police et de gendarmerie au 115 par l’ouverture d’une ligne téléphonique dédiée.

L’augmentation de 60 places en CHRS en 2007. Pour mémoire, 82 places existaient en 2004, le nombre pour 2006 étant de 143.

- La constitution d’un groupe de travail (État, Conseil général, bailleurs sociaux) pour l’établissement d’une convention visant à l’accès prioritaire des femmes victimes de violences au logement social.
- La mise en œuvre du pôle régional de victimologie, avec 3 pôles d’accueil dans le nord-est et l’ouest et un pôle dans le sud.

Des actions de prévention, à conduire avec l’Éducation nationale, sur une déclinaison de l’égalité des chances entre filles et garçons dans le système éducatif. Ces actions auront pour objectifs de développer le respect mutuel des deux sexes et la prévention des violences sexistes.

(Source : Préfecture)


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Témoignages - 82e année


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