Droits humains

Mépris des valeurs fondamentales de La Réunion

Une étudiante malgache dans la clandestinité pour éviter l’expulsion arbitraire

Témoignages.re / 27 novembre 2004

Aujourd’hui, Marie, une jeune étudiante de 22 ans d’origine malgache, est contrainte de vivre dans la clandestinité de peur d’être expulsée de notre île. Une nouvelle fois, la question de la façon d’appliquer la loi en tenant compte du contexte réunionnais se pose. Quand on pense que le peuple malgache a contribué de manière décisive à la construction de l’identité réunionnaise...

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Après Ahmed Andhumoudine, une autre étudiante risque d’être expulsée. Marie-Naoisa Zamanomy n’a pas obtenu le renouvellement de son titre de séjour. Elle est sous le coup d’une menace de reconduite à la frontière, ce qui signifie pour elle non seulement la fin de ses études, mais aussi la séparation de sa mère de nationalité française qu’elle a retrouvée depuis seulement deux ans, et de ses frères et sœurs. Or, sa vie est ici, plus à Madagascar.
Depuis qu’elle a retrouvé sa mère, Marie est venue plusieurs fois régulièrement à La Réunion et elle a obtenu un titre de séjour lui permettant de travailler dans notre île. Elle a d’ailleurs entrepris les démarches judiciaires nécessaires à la reconnaissance de sa nationalité française. Mais son titre de séjour n’a pas été renouvelé, et la jeune fille d’origine malgache risque d’être jetée dehors. Elle est donc entrée en clandestinité depuis plusieurs jours.
Membre du comité de soutien d’Ahmed Andhumoudine, Monique Couderc explique que la jeune Marie vit "la peur au ventre, dans la clandestinité". Étudiante en BTS par alternance, elle a trouvé une entreprise pour son stage. "Tout le monde est content d’elle", souligne Monique Couderc, "sa scolarité se fait sans problème et là elle ne peut pas passer son examen de peur d’être expulsée de La Réunion, elle a quitté le domicile familial et vit dans la clandestinité".
Pour Monique Couderc, une telle rigidité dans l’application de la loi est incompréhensible. La Préfecture ignore le facteur humain, déplore-t-elle, et le représentant de l’État "doit comprendre que la configuration historique, géographique, culturelle, socio-économique de La Réunion n’est pas la même que celle des Caraïbes", lieu précédent d’affectation du préfet Dominique Vian.
De telles actions “coup de poing” sont "un risque pour notre cohésion sociale qui ne tient qu’à un fil", rappelle Monique Couderc, soulignant que lors de l’expulsion d’Ahmed Andhumoudine, les Réunionnais originaires de l’archipel des Comores ont failli descendre dans la rue.
"Le Conseil régional souhaite développer la coopération avec les pays voisins", insiste-t-elle, "mais avec de telles expulsions, quelle coopération peut-on imaginer ?". Au contraire, il faut travailler d’une façon humaniste, "ne pas appliquer comme cela le droit pur et dur" sans tenir compte de ce qui fait l’originalité du contexte réunionnais.
Monique Couderc souhaite que les exemples des deux jeunes étudiants, traqués par les forces de police, soit l’occasion d’une large réflexion. Une réflexion soutenue par un combat militant, notamment par l’UFR et la députée Huguette Bello, avec un rendez-vous demain, à l’occasion de la marche contre les violences faites aux femmes. "Dimanche, nous allons défiler aussi pour Ahmed car son expulsion est une violence faite à sa mère et pour Marie car ce qu’elle vit est une violence faites aux jeunes filles", précise Monique Couderc.

Manuel Marchal


Durcissement de la répression contre les migrants

Lors du dernier Conseil des ministres mercredi, la ministre de l’Outre-mer a présenté une ordonnance relative aux conditions d’entrée et de séjour des étrangers dans les collectivités d’Outre-mer.
Cette ordonnance "étend dans ces collectivités d’Outre-mer les dispositions contenues dans la loi du 26 novembre 2003 relative à la maîtrise de l’immigration, et au séjour des étrangers en France et à la nationalité, en les adaptant afin de prendre en compte le contexte local de l’immigration irrégulière, et la répartition des compétences entre l’État et les collectivités ainsi que le droit spécifique local".
"L’ordonnance renforce les moyens juridiques de la lutte contre l’immigration irrégulière (utilisation des fichiers relatifs aux empreintes digitales, lutte contre les mariages de complaisance ou contraints, sanctions contre les passeurs et les transporteurs). Elle réforme également les règles relatives à la rétention administrative et à l’exécution des mesures d’éloignement".
"S’agissant du droit au séjour, l’ordonnance étend dans ces collectivités d’Outre-mer les dispositions de la loi du 26 novembre 2003 relatives aux conditions de délivrance de certains titres, notamment en ce qui concerne l’intégration républicaine et la connaissance de la langue française.
En étendant la loi du 26 novembre 2003 dans les collectivités d’Outre-mer, l’ordonnance s’inscrit dans le cadre de la politique de lutte contre l’immigration irrégulière menée par le Gouvernement depuis 2002"
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Le P.C.R. appelle les Réunionnais à protester

Les décisions administratives visant à expulser de La Réunion des personnes censées être en situation irrégulière se multiplient. Ces actes frappent des jeunes qui sont étudiants et dont l’activité ne constitue en aucune manière une atteinte à l’ordre public. L’un des deux parents de ces jeunes est souvent de nationalité française.
Après le renvoi de Andhumoudine Ahmed, les services préfectoraux se préparent à expulser Marie-Naoisa Zamanomy, qui prépare dans notre île un BTS.
Cette expulsion va se faire au moment où 30 chefs d’État et de gouvernement se réunissent dans la capitale du Burkina Faso, Ouagadougou, pour le 10ème sommet de la Francophonie, où ils comptent célébrer des valeurs de diversité, de dialogue, de solidarité à faire partager avec le reste du monde.
À La Réunion, une administration trop tatillonne a décidé de faire fi de ces valeurs et celles dont est porteuse notre île, connue pour être un pays d’accueil et d’hospitalité.
Le Parti communiste réunionnais tient, une nouvelle fois, à dénoncer ce genre de pratiques. Il appelle les Réunionnaises et Réunionnais à se montrer vigilants et à organiser la protestation la plus vive qui soit.