« Nous comptons sur vous »

Motion à l’intention du Préfet

27 novembre 2006

Suite à la marche de protestation silencieuse, une délégation du collectif d’associations a été reçue à la préfecture pour y déposer une motion sollicitant l’intervention du Préfet auprès des instances nationales et locales « en vue de mobiliser toutes les forces vives, toutes les compétences et toutes les bonnes volontés afin que des dispositifs soient envisagés autour de ces trois axes d’intervention : la prévention, l’accueil et le soutien, l’accompagnement et le suivi. »

Didier Pérocheau, secrétaire général de la préfecture, a accepté de laisser “Témoignages” (seul média à en avoir fait la demande) assister à l’échange, entamé par la députée Huguette Bello qui a tenu à souligner que les revendications exprimées dans cette motion vont au-delà des associations et sont l’expression des attentes des Réunionnaises et des Réunionnais car les violences faites aux femmes sont l’affaire de toute la société.

"Il faut bousculer tout ça, il faut qu’on le fasse"

Comme le mentionne la motion, si « le phénomène de société que constitue les violences intra familiales, particulièrement les violences envers les femmes, reste à un niveau toujours extrêmement préoccupant et grave à La Réunion », il n’est pas pour autant propre à notre île. Le problème est universel. 163 pays ont adhéré à la convention de l’ONU pour l’élimination des violences faites aux femmes : « c’est une bonne chose, soutient la présidente de l’UFR, mais la bonne volonté ne suffira pas. » La justice, la police, la gendarmerie, les bailleurs sociaux... ont besoin de moyens supplémentaires. « Nous savons que c’est un problème difficile, un problème de santé publique qui coûte cher à la Nation (...), mais il faut bousculer tout ça, il faut qu’on le fasse. Nous avons besoin d’une réelle volonté politique. » Sans attendre une loi-cadre, des propositions concrètes sont avancées pour tenter de prendre le problème dans sa globalité. Ainsi sur le volet de la prévention, le collectif sollicite la mise en place, en collaboration avec les Services du Rectorat, de l’État, du Département et les associations de proximité, une grande campagne de sensibilisation planifiée sur l’année dans les collèges et lycées sur la violence, l’éducation affective et sexuelle. « La loi est importante car c’est par là que l’on fait progresser les choses, mais il faut travailler sur les comportements, notamment dans le cadre de la prévention », soutient Thérése Baillif, présidente de l’AMAFARE.

Les associations coûtent moins cher

Cette dernière a déploré que l’intervention des associations, vendredi lors de la réunion de la CODEV (voir en page 8), se soit résumée à « nous, nous faisons ci, nous, nous faisons ça... Ce n’est pas comme ça que l’on va arriver à changer les choses. » Il faut agir ensemble et globalement, proposer des formations aux acteurs de terrain, pour optimiser l’accueil des victimes, initier des groupes de soutien psychologique pour les femmes, les enfants, mais aussi les auteurs de violences, comme le demande la motion. « On aimerait qu’il y ait une vraie programmation définie sur l’ensemble des établissements de l’île, une planification sérieuse autour d’un plan de prévention. Pour toucher plus largement les jeunes, il faut mettre les moyens. On sait très bien que les associations coûtent bien moins cher que les institutions et s’investissent car sont composées de militantes, mais on peut aller plus loin encore. » Si des progrès ont été faits dans la reconnaissance des violences faites aux femmes, ils semblent marquer le pas ces dernières années. « Les acquis des femmes sont fragiles », rappelle encore Huguette Bello. Il y a peu de chefs d’entreprises féminins, peu de responsables politiques, les femmes occupent majoritairement les emplois précaires... « elles travaillent et ne gagnent pas leur vie. »

"L’on a régressé..."

Le collectif réitère son souhait de voir l’organisation d’un grand débat public ou associations et victimes pourraient témoigner du combat quotidien contre les violences et des souffrances qu’elles génèrent. Il alerte enfin le Préfet sur le spot publicitaire qui met en scène une scène de violence et « proteste contre l’utilisation déplacée d’un jeune enfant en tant que co-acteur de cette ignominie. » Jacques Pénitot, vice-président de la Ligue des Droits de l’Homme soutient que au-delà de ce spot contestable, « il y a peut-être quelque chose à faire sur tout ce qui place la femmes en situation d’infériorité », notamment au niveau des représentations véhiculées par les médias qui ont un effet boule de neige en terme de violences contre les femmes, touchant les enfants, la cellule et la cohésion familiale. « Peut-être que l’on a régressé sur ce point ces dernières années », note le responsable de la Ligue, soutenu en ce sens par Sofiya, porte-parole du comité local “Ni Pute, Ni Soumise” pour qui la déconsidération de l’image de la femme à travers les médias « mette des béquilles sur notre travail. » Liberté de la presse intouchable ? Les associations vont tout de même interpeller l’Association des Maires de La Réunion qui peuvent déjà intervenir au niveau des affichages publicitaires.

"Il faut chercher la cohérence"

Didier Pérocheau qui, pour avoir assisté à la réunion de la CODEV, connaît les revendications portées par les associations, « comprend parfaitement. Je suis d’accord pour dire que la situation des femmes est un indicateur du niveau de civilisation d’une société. Le combat doit se poursuivre. » Il a assuré à plusieurs reprises, le soutien du Préfet qui « va relayer votre motion, se fera le porteur de ces revendications au sens noble du terme. » S’il ne peut préjuger d’une intervention « peut-être mal venue » s’agissant du retrait du spot publicitaire, il souligne que la priorité est « de faire progresser la condition de la femme (...) Il faut chercher la cohérence entre l’action des collectivités, des associations et la responsabilité des citoyens dans l’éducation de leurs enfants. La CODEV a permis de dresser un bilan des carences, une feuille de route, il faudra ensuite, dans les mois qui viennent, dresser un bilan pour savoir ou on va aller. »

Stéphanie Longeras (en exclusivité pour Témoignages)


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