Droits humains

Pour l’égalité femmes-hommes et pour répondre aux Violences Faites aux Femmes à La Réunion : Pour une société juste et égalitaire à l’égard des femmes

Lettre ouverte aux parlementaires

Témoignages.re / 21 décembre 2017

4 associations (AFECT, CEVIF, CHANCEGAL et Réseau VIF) ont pris l’initiative de rédiger cette lettre portant motion destinée à l’ensemble de nos parlementaires à La Réunion. Elle a été diffusée auprès des associations intervenant à La Réunion dans le domaine de l’Egalité Femmes/Hommes et des Violences Faites aux Femmes. Nombre de partenaires leur ont déjà apporté leur soutien. Donnant suite à cette démarche, la rencontre avec les parlementaires de La Réunion a été fixée au vendredi 22 décembre à compter de 14h45 à la salle de conférence du Front de Mer de Saint-Paul. 

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Les associations intervenant à La Réunion dans le domaine des violences intrafamiliales sont inscrites de longue date dans l’environnement social ; c’est même une spécificité locale. Leurs compétences couvrent des champs d’action très diversifiés. Déterminées et ambitieuses, elles font autant preuve de réactivité que de créativité. Des projets innovants naissent de leurs synergies.

Grâce à leur connaissance du terrain et à leur forte implication auprès des partenaires institutionnels, elles ont activement participé à l’organisation et à la tenue des premiers Etats Généraux des violences faites aux femmes, en novembre dernier : et maintenant qu’est-ce qu’on fait, aster kosa nou fé ? » pilotés par la DRDFE. Cette initiative unique dans le cadre de la République, a donné lieu à un travail remarquable mené lors des ateliers préparatoires où les associations ont œuvré auprès des responsables publics de tous horizons (justice, santé, social, sécurité, prévention,…) et territoriaux (Département, Région).

Lors de cette manifestation d’ampleur, nous avons fait la démonstration, comme l’a déclaré notre préfet que « les violences faites aux femmes constituent un des phénomènes de société les plus inquiétants et dramatiques à La Réunion » et que pour répondre à un tel enjeu « Ensemble nous devons agir sur 4 axes :

Mieux comprendre le phénomène des violences pour agir.

Être vigilant pour mieux prendre en charge.

Mobiliser et engager tout le monde.

Agir efficacement pour l’avenir, très tôt, avec la prévention, l’éducation. »

Ces Etats Généraux ont été salués par tous, tant en ce qui concernait l’état des lieux que dans les préconisations pour remédier aux manques ou aux insuffisances, en accord avec les propositions du 5e Plan de mobilisation et de lutte contre toutes les violences faites aux femmes et devant s’appuyer, pour la cohérence de l’ensemble, sur une importante action de prévention.

Dans son intervention, notre ministre a mis en relief la nécessité de soutenir tout le travail réalisé par les associations qui remplissent une véritable mission de service public : « … La prévalence des violences faites aux femmes est plus forte dans les territoires ultra-marins ; les mécanismes et les contextes des violences doivent être mieux compris… Il nous faudra aussi consolider le soutien aux associations intervenant dans le champ de la prévention et de l’aide aux femmes victimes de violences intrafamiliales, et renforcer les compétences des acteurs et des actrices en matière d’éducation à la sexualité et dans le champ de la planification familiale.

Afin d’améliorer la connaissance des faits de violences dans les territoires ultramarins, renforcer les actions d’information et de prévention pour les femmes victimes de violences et sensibiliser les jeunes à la lutte contre le harcèlement sexiste et les violences sexuelles, le soutien financier au secteur associatif sera consolidé. »

Pour ces raisons, nous continuons à répondre présents auprès des familles à transactions violentes, présents auprès des jeunes, des professionnels, du grand public, présents auprès des services de l’Etat qui sollicitent notre concours et reconnaissent notre professionnalisme.

Comme l’a récemment rappelé notre Préfet lors du lancement de la campagne de sensibilisation sur les violences faites aux femmes intitulée « Arèt lèv la min dsi mwin » : « L’action de ces associations, s’ajoute à celle des acteurs de santé, des professions du droit ou des collectivités territoriales. Bien d’autres encore participent ainsi à un réseau d’acteurs fermement engagés auprès les services de l’Etat.

Exposé des motifs

Pourtant, dans le contexte actuel les associations sont confrontées à une accumulation croissante de difficultés, si graves qu’elles risquent de mettre leur existence en péril. Quels que soient leurs financements (FSE, collectivités, institutions), elles doivent faire face à des obstacles majeurs :

- Diminution, voire la suppression de subventions publiques, à tous les niveaux et dans tous les domaines.

- Délais excessivement longs d’instruction des dossiers, et de réponse à nos demandes

- Délais dans le déblocage des crédits de la part des services financiers ;

- Un secteur bancaire qui tendrait vers un modèle unique de fonctionnement, excluant la spécificité des acteurs économiques que sont les associations.

A notre niveau, les idées et les projets sont prêts, il ne manque qu’une réelle volonté politique de les mettre en œuvre et d’avoir la lucidité et la volonté nécessaires pour le faire.
Tout le monde sait que, bien au-delà des faits les plus tragiques, évidemment connus de tous et des plaintes courageusement déposées par une minorité de victimes, la grande majorité des violences restent inconnues et silencieuses, enfouies au fond des cœurs et des consciences, dans le secret des familles et des couples. En outre l’actualité la plus immédiate nous montre clairement, qu’en plus des théâtres habituels des violences que sont le foyer, le lieu de travail ou la rue, vient s’ajouter la véritable jungle que constituent les réseaux dits “sociaux” de l’Internet.

Nous gardons confiance car dans son discours d’ouverture des assises de l’Outre-mer, notre Président de la République a déclaré : « Il y a également des thèmes extrêmement importants dans nos territoires d’outre-mer qui devront être nourris par ces assises et qui sur la question sociale, sont fondamentaux ; je pense à la question de la violence faite aux femmes. Ce sujet est un sujet essentiel sur lequel je me suis engagé durant la campagne présidentielle et où nous avons commencé à mettre en place des campagnes et des actions résolues. L’action des associations mérite sur ce point d’être saluée ; leur dynamisme, leur puissance d’innovation est indispensable. L’initiative prise par la délégation aux outre-mer de l’Assemblée nationale d’écrire un grand livre des discriminations embrasse d’ailleurs ce sujet et l’élargit. J’attache une grande importance à ces engagements. Et je tiens ainsi, encore une fois, à saluer votre action et à vous remercier, toutes et tous, pour votre implication et votre professionnalisme, en mon nom et en celui du Gouvernement. »

Motion

Nous, associations responsables et engagées, partageons les responsabilités professionnelles et politiques.

Considérant le décalage entre les volontés affichées et leurs mises en œuvre

Nous souhaitons :

Des moyens adaptés à la réalité mise en évidence lors des EGVFF

Des moyens afin de pouvoir donner suite à la campagne de sensibilisation lancée dans notre département pour que les femmes victimes de violence sortent du silence
Une information claire sur les sources de financements et leurs modes d’activation : Etat/Europe, ONG, Fondations, collectivités…

Des délais raisonnés dans le suivi de nos dossiers

Des projets assortis de conditions permettant l’utilisation sereine des services bancaires

Des engagements clairs et partagés

Des objectifs concertés

Pour atteindre ces objectifs, nous demandons à être reçues par l’ensemble de nos parlementaires, dans le cadre de la journée du 25 novembre, pour une réunion de travail et d’engagements réciproques.