Droits humains

Qui a tué Dulcie September et pourquoi est-elle morte ?

Journée internationale des droits des femmes au Port : lettre de Julie Pontalba au président de la République et à la ministre de la Justice

Témoignages.re / 9 mars 2019

Ce 8 février lors de la marche pour l’égalité organisé par des femmes du Port avec le soutien de la Section communiste portoise, Julie Pontalba, présidente du Mouvement réunionnais pour la Paix et candidate aux élections européennes a lu un courrier qu’elle va adresser au président de la République et à la ministre de la Justice, demandant que l’assassinat de Dulcie September commis en 1988 à Paris ne reste pas impuni.

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Julie Pontalba.

29 mars 1988. Il est 10 heures, au 28, rue des Petites-Ecuries, en plein Paris, au 4e étage, devant la porte des bureaux de l’ANC (African National Congress), 5 coups de feu. Une femme s’écroule, c’est Dulcie September, 53 ans.

Depuis l’âge de 18 ans, Dulcie September est une infatigable militante en lutte contre le régime raciste installé en Afrique du Sud depuis 1948. Après 5 années d’emprisonnement qu’elle met à profit pour instruire toutes ses codétenues, elle doit s’exiler au Royaume Uni. En 1984, elle est nommée représentante de l’ANC pour la France, la Suisse, le Luxembourg. Dans toute l’Europe, elle participe à des manifestations anti-apartheid. Très organisée, très rigoureuse, elle rapporte des faits incontestables, cite des chiffres précis et fait connaître aux Européens la réalité du régime d’apartheid.

En 1980, à La Réunion, la consultation des documents douaniers du Port permet d’établir que notre île est utilisée pour contourner la décision, prise en 1977 par l’ONU, frappant d’embargo toutes les ventes d’armes à l’Afrique du Sud.
Prévenue, documents à l’appui, Dulcie September, met à profit son installation à Paris pour faire des recherches sur ces activités commerciales illégales violant les résolutions de l’ONU.

S’apprêtait-elle à révéler ce qu’elle avait découvert ? Ces révélations, 4 semaines avant le 1er tour de l’élection présidentielle, fixé au 24 avril 1988, étaient-elles à ce point redoutées pour que le gouvernement laisse agir les tueurs sud-africains ? Nul ne le sait. Ce qui est certain c’est que, 31 ans après l’assassinat de Dulcie September, la justice n’a pu se saisir des assassins de cette exemplaire héroïne de la lutte anti-apartheid afin de les traduire devant une Cour d’Assises.

C’est pourquoi, réunies ce 8 mars 2019 au Port, Nous Femmes de La Réunion, demandons au Président de la République ainsi qu’à Madame la Garde des Sceaux, Ministre de la Justice, de mettre tout en œuvre pour que reprennent toutes les investigations permettant de répondre enfin à la question « Qui a tué Dulcie September et pourquoi est-elle morte ? » et que l’assassinat de Dulcie September ne reste pas impuni.