L’entrée sur le territoire de l’UE sans visa de réfugiés fuyant l’Ukraine laissée à la libre appréciation de la Pologne, de la Hongrie, de la Slovaquie et de la Roumanie

Réfugiés d’Ukraine : la Commission européenne d’accord avec les mauvais traitements visant les Africains ?

3 mars 2022, par Manuel Marchal

Une directive européenne proposée par la Commission permet de laisser entrer sans visa tous les réfugiés fuyant l’Ukraine « pour des raisons humanitaires » et de leur donner les mêmes droits que n’importe quel étranger de l’UE avec des papiers en règle. Mais ce droit d’entrer sans visa n’est pas une obligation. Les mauvais traitements subis par les Africains fuyant l’Ukraine ne sont donc pas interdits par l’UE. Par ailleurs, l’application de cette directive se limite uniquement aux personnes voulant quitter l’Ukraine, mais pas à tous les autres réfugiés qui veulent entrer sans visa dans l’UE pour fuir les autres guerres dans le monde, les effets du changement climatique ou la misère causée par les conséquences de la colonisation et du capitalisme.

Dans un communiqué diffusé hier, la Commission européenne indique avoir proposé hier « d’activer la directive relative à la protection temporaire afin d’apporter une aide rapide et efficace aux personnes fuyant la guerre en Ukraine ». Margaritis Schinas, vice-président chargé de la promotion de notre mode de vie européen, s’est exprimé en ces termes : « Dans une démarche sans précédent, la Commission propose aujourd’hui d’accorder une protection immédiate dans l’UE aux personnes qui fuient l’Ukraine. Tous ceux qui fuient la guerre bénéficieront d’un statut sûr et d’un accès à l’enseignement, aux soins médicaux et au marché du travail ».
Le détail de ces mesures prévoit notamment ceci :
« Flexibilité en ce qui concerne les conditions d’entrée : en vertu des règles de Schengen, les gardes-frontières peuvent autoriser des ressortissants de pays tiers à entrer sur le territoire d’un État membre pour des raisons humanitaires, même s’ils ne remplissent pas toutes les conditions d’entrée (par exemple, même s’ils ne disposent pas d’un passeport ou d’un visa en cours de validité). Les États membres pourraient appliquer cette dérogation pour permettre l’entrée de toutes les personnes fuyant le conflit en Ukraine ». « Frontex, l’Agence de l’Union européenne pour l’asile et Europol peuvent, à la demande des États membres, apporter un soutien opérationnel supplémentaire en vue d’assurer la bonne mise en œuvre de la décision en matière de protection temporaire ».

Les mauvais traitements subis par les Africains restent possibles

Plus de 800.000 personnes de toutes nationalités ont décidé de franchir la frontière entre l’Ukraine et les États orientaux de l’Union européenne. Si les personnes d’origine africaine font l’objet de mauvais traitements racistes dénoncés par l’Union africaine, le communiqué de la Commission européenne n’évoque pas ce point.
L’exemption d’un visa en cours de validité pour entrer depuis l’Ukraine sur un territoire d’un État de l’Union européenne est laissé à l’appréciation des douaniers des États concernés : « les gardes-frontières peuvent autoriser des ressortissants de pays tiers à entrer sur le territoire d’un État membre pour des raisons humanitaires ». « Les États membres pourraient appliquer cette dérogation pour permettre l’entrée de toutes les personnes fuyant le conflit en Ukraine ». Autrement dit, les ressortissants d’Etats africains ou d’Asie peuvent encore faire l’objet de tracasseries administratives de la part des garde-frontières de Pologne, de Hongrie de Slovaquie ou de Roumanie. En effet, le communiqué de la Commission de l’UE ne fait pas de l’accueil sans formalité administrative de tous réfugiés une obligation imposée à tous ces États membres. La Commission européenne d’accord avec les mauvais traitements visant les Africains réfugiés d’Ukraine ?

Pourquoi tous les réfugiés n’ont-ils pas les mêmes droits que les Ukrainiens ?

Par ailleurs, l’Ukraine n’est pas la seule zone de guerre dans le monde. Des conflits ont lieu dans plusieurs régions du monde, et les armes utilisées sont vendues notamment par des États de l’Union européenne, par exemple au Yemen. D’autres migrations résultent de conflits impliquant les États de l’Union européenne, comme l’Irak suite à l’invasion par l’armée américaine et l’OTAN, le Sahel à la suite de la destruction de l’État libyen par une offensive de l’OTAN. Les effets de la colonisation et du changement climatique sont également à l’origine de migrations.
Toutes les personnes qui tentent de rejoindre l’Europe en traversant clandestinement la Méditerranée ou les frontières terrestres de l’UE ont une raison aussi légitime que les réfugiés ukrainiens de fuir. Mais ils ne bénéficient pas du même traitement. Frontex n’assure pas pour eux « un soutien opérationnel supplémentaire en vue d’assurer la bonne mise en œuvre de la décision en matière de protection temporaire ». Frontex a une mission de surveillance pour empêcher les réfugiés de rentrer et traque ceux qui arrivent à passer malgré tout.
Pourquoi tous les réfugiés d’où qu’ils viennent ne bénéficient-ils pas dans l’UE « d’un statut sûr et d’un accès à l’enseignement, aux soins médicaux et au marché du travail » ?

M.M.

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