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par le Dr Raymond Vergès

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Réfugiés d’Ukraine : « si vous êtes noir, vous devez marcher »

Condamnée à marcher pendant des jours et interdite d’entrer en Pologne par les garde-frontières ukrainiens, Jessica Orakpo témoigne

mercredi 9 mars 2022


Jessica Orakpo est l’un des nombreux Africains qui ont décrit le racisme auquel ils ont été confrontés aux frontières de l’Ukraine. Elle a été interdite de monter dans un bus allant à la frontière polonaise parce qu’elle était noire. Arrivée à la frontière, les douaniers ukrainiens ont refusé de la laisser entrer en Pologne. Jessica a dû revenir sur ses pas, payer un billet de train pour la Hongrie d’où elle tente de revenir au Nigeria. Elle témoigne sur la BBC.


Jessica Orakpo est Nigériane. Comme plus d’un million de personnes, elle a fui la guerre en Ukraine et comme de nombreux Africains, elle a subi des mauvais traitements totalement impunis et passés sous silence sur la plupart des médias occidentaux.
Le 28 février, elle est arrivée à Debrecen, en Hongrie, après plusieurs jours de marche. Elle a témoigné des violences subies de la part des autorités ukrainiennes sur la BBC.

« Le terme « marcher » me traumatise »

« Cela n’a pas été facile. Vendredi à 8 heures du matin (25 février- NDLR), j’étais en route pour la Pologne. J’ai pris un taxi, et le taxi ne pouvait pas rester dans la file de voitures, car les voitures étaient là depuis deux jours.
Et là nous avons été déposés. Sur Google Maps, cela faisait une heure de marche. Et je me suis dit : « une heure de marche, cela n’est rien si cela nous permet d’arriver à temps ».
Et on a marché, et ça a continué à augmenter. Le terme « marcher » me traumatise. J’ai marché pendant 12 bonnes heures, et cela n’est pas une exagération. L’agent de la circulation m’a vue et m’a dit que je devais aller dormir dans un abri. J’ai dormi et il a dit que le jour suivant, il y avait un bus qui partait de cet abri directement vers la frontière polonaise. »

« Ils s’en fichent, ils vous poussent, ils vous battront »

« Quand il a fallu monter dans ce bus, les Ukrainiens ont dit : « Juste des Ukrainiens ». J’ai même menti en disant que j’étais enceinte, ils s’en fichaient.
Je suppliais. Le fonctionnaire m’a littéralement regardée dans les yeux et a dit dans sa langue : « Seulement les Ukrainiens, c’est tout. Si vous êtes noir, vous devez marcher »
Et c’était à huit heures de plus de l’endroit où nous étions. En voiture c’était à 30 minutes. Donc on a dû marcher huit heures de plus.
Le problème n’est pas à la frontière polonaise. C’est à la frontière ukrainienne, parce que si vous devez passer par la frontière ukrainienne pour aller du côté polonais, les Ukrainiens ne font que donner la priorité à leurs citoyens. Ils s’en fichent, ils vous poussent, ils vous battront. Si tu arrives à traverser tant mieux, sinon tant pis pour toi. »

« Si votre peau est foncée, vous êtes désavantagés »

« Par exemple, j’ai fait une sieste, et j’ai l’impression de marcher encore comme si je n’avais pas traversé. Ce n’est pas juste, nous supplions juste pour passer. J’ai dû retourner dans ma ville, changer de stratégie, et prendre un train pour la Hongrie. Ce n’était pas facile d’aller en Hongrie, il fallait payer. Ceux qui n’avaient pas d’argent pour payer, que pouvaient-ils faire ?
Je ne pouvais aider personne car je me battais pour ma vie. C’est une expérience traumatisante, et je ne sais pas où je vais aller maintenant. Je dois revoir ma stratégie en Hongrie, essayer d’obtenir mon billet retour pour le Nigeria. Parce que ce n’est pas sûr cet endroit, si votre peau est foncée, vous êtes désavantagés. »



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