Droits humains

Réfugiés : La Réunion terre d’espoir

Plus de 120 migrants en provenance de plusieurs pays arrivés samedi

Manuel Marchal / 15 avril 2019

Au bout de leur voyage, plus de 120 migrants apparemment originaires de plusieurs pays sont arrivés samedi au port de Sainte-Rose. Pour eux, comme pour les nombreux Européens qui arrivent ici chaque année, La Réunion est une terre d’espoir. Mais ces réfugiés venus semble-t-il d’Inde, du Sri Lanka et d’Indonésie, et donc pas d’Europe, ne sont pas les bienvenus pour les autorités.

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Chaque année, des milliers de personnes débarquent de ce genre d’avion avec le même rêve que les réfugiés arrivés par bateau samedi et parqués dans un gymnase : celui d’une vie meilleure à La Réunion que dans leur pays natal.

Les plus de 120 réfugiés arrivés samedi à Sainte-Rose ont été immédiatement dirigés vers un gymase transformé en prison pour migrants. Les précédents montrent que la préoccupation des autorités françaises a été de renvoyer au plus vite ces réfugiés dans leur pays d’origine. Un tel traitement interroge car tous les habitants de notre île sont soit des immigrés arrivés de fraiche date, soit des descendants d’immigrés. De plus, des phénomènes tels que les inégalités, les guerres et le changement climatique causés par le système capitaliste ne pourront que favoriser la venue toujours plus nombreuse de réfugiés dans notre île.

Sans immigration, pas de Réunion

Ceci rappelle que l’immigration est une constante dans l’histoire de La Réunion, île déserte voici un peu plus de 350 ans. Ses premiers habitants permanents étaient représentatifs de la diversité de notre peuplement : des Malgaches et des Français réfugiés de Fort-Dauphin. Les Malgaches décidèrent d’échapper au littoral en fondant les bases d’un royaume de l’intérieur qui résista à l’esclavage.

Le peuplement se fit ensuite par un recours massif à l’immigration forcée. L’esclavage laissait une faible espérance de vie, et les plantations nécessitaient constamment de nouveaux bras. La Réunion était une terre de souffrance pour les personnes arrachées à leur terre natale sans espoir d’y revenir, et qui laissèrent une marque indélébile dans les noms qu’ils donnèrent aux lieux de l’intérieur : Mafate, Cimendef, Mahavel, Salazie, Tampon, Tevelave, Benare, Maïdo… C’était aussi une terre d’espoir pour des immigrants français venus chercher la fortune dans notre île.
La fin de l’esclavage ouvrit la voie à une nouvelle immigration. En quelques décennies, plusieurs dizaines de milliers d’Indiens arrivèrent dans notre île pour soutenir le développement de l’industrie sucrière.

Le passage de la colonie au département modifia les flux migratoires. En raison de la volonté de la France de ne pas développer La Réunion, les dirigeants de ce pays organisèrent l’exil d’une partie de la jeunesse pour satisfaire les besoins de l’industrie et des services français. Dans le même temps, Paris favorisait l’implantation d’immigrés venus de France dans notre île. Arrivés la plupart du temps avec un emploi garanti dans la fonction publique, ils amenaient avec eux un autre mode de vie qui était imposé comme une référence en termes de consommation de coûteux produits importés notamment. L’impact de cette époque continue de produire ses effets, car La Réunion reste une terre d’émigration.

Certains immigrés stigmatisés

Si parmi les immigrés actuels se comptent beaucoup de Réunionnais de retour dans leur île en particulier à la suite d’une mutation dans la fonction publique, ou parce qu’ils souhaitent y vivre leur retraite, il existe aussi nombre d’Européens pour qui La Réunion est une terre d’espoir. L’intégration de La Réunion dans l’Union européenne rend possible l’immigration sans visa de toute personne venant de ce regroupement d’États. Force est de constater que pour cette immigration, La Réunion est considérée comme un pays ouvert, où la qualité du vivre ensemble est mise en avant. Ceci pour dire que dans ce cas, La Réunion est amenée naturellement à accueillir des immigrés.

Mais ce discours change quand il s’agit de ressortissants proches culturellement et historiquement des Réunionnais. Pour toute personne venant d’un pays voisin, un visa est exigé, ce qui suppose une procédure coûteuse exigeant d’importantes garanties. Il change encore plus quand ces immigrants tentent d’arriver par la mer car leur vie est tellement difficile dans leur pays qu’ils sont prêts à le quitter et à tenter une traversée clandestine, forcément risquée. Pour eux, c’est la prison dans l’attente d’une demande d’asile bien difficile à obtenir. Tous les immigrés ne sont donc pas les bienvenus. Est-ce un message que les Réunionnais peuvent assumer face au monde ?

M.M.