La concentration de richesses révèle l’ampleur des inégalités dans les anciennes colonies intégrées à la République française comme La Réunion
5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
Journée internationale contre le racisme
22 mars 2006

157 ans après la fin de l’esclavage, 60 ans après l’abolition du statut colonial, malgré des avancées considérables, La Réunion n’est pas totalement libérée du racisme. Le co-développement et la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise sont 2 moyens pour en libérer le pays.
Le 21 mars 1960, à Sharpeville, en Afrique du Sud, la répression tuait des dizaines de personnes. C’étaient des manifestants pacifistes qui protestaient contre une loi raciste qui restreignait leur liberté. Cinq ans plus tard, l’Assemblée générale des Nations-Unies lançait un appel à tous les pays pour se mobiliser afin d’éliminer toutes les formes de discrimination raciale en proclamant le 21 mars Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale.
40 ans après, 500 jeunes Réunionnais se sont rassemblés lundi à Champ-Fleuri, sur le parvis des droits de l’Homme, à l’initiative de la Fédération des œuvres laïques de La Réunion (FOL), du Club animation prévention de Saint-Denis (CAP) et de leurs différents partenaires. Ils ont expédié 2.000 cartes postales à des destinataires tirés au sort. C’est le point de départ d’une semaine d’actions placées sous le thème “Et si on s’la jouait fraternel”.
Esclavage et colonie
Comme le soulignait lundi le secrétaire général de la FOL-Réunion, Frédéric Salvan, "le racisme existe bien à La Réunion".
Un rapide regard montre que de nombreux facteurs sont réunis pour favoriser le développement de ce sentiment. En premier lieu, le contexte historique. La première moitié de l’Histoire de La Réunion, c’est l’esclavage, une société où la couleur de la peau détermine le statut d’être humain. C’est ensuite le prolongement de cette inégalité avec le statut colonial. Si la loi reconnaît désormais l’humanité de tous les Réunionnais, elle n’a pas pour autant fait disparaître tous les effets pervers du socle colonial sur lequel notre société s’est érigée.
L’abolition de la colonie n’a pas signifié la fin du racisme à La Réunion. Car si au bout de plusieurs décennies de lutte, l’égalité sociale quasi-acquise a permis des progrès considérables, beaucoup reste encore à faire.
À La Réunion, le droit au travail et le droit au logement sont loin d’être respectés. Ceci entretient des sentiments de frustration que les victimes de ces injustices expriment parfois en s’en prenant à plus vulnérable qu’elles : la dernière génération de migrants.
Les plus vulnérables
Et parmi ces derniers, ce sont paradoxalement ceux qui sont culturellement les plus proches des Réunionnais qui sont les plus maltraités, c’est-à-dire les originaires de Madagascar ou de l’archipel des Comores.
L’épidémie de chikungunya a confirmé ce sentiment. Les soupçons d’introduction du virus se portent vers l’archipel des Comores, et aussitôt les regards se tournent vers les habitants de notre île nés dans cette région.
60 ans après l’abolition du statut colonial, une des nouvelles pistes évoquées pour relever le défi de l’emploi est la coopération avec les pays de notre région. Ceci a également comme avantage de permettre aux jeunes générations de connaître leurs voisins, avec qui nous partageons beaucoup de points communs sur les plans historique et culturel.
Un autre moyen de faire reculer le racisme, c’est de prendre conscience que la richesse de La Réunion se situe précisément dans la diversité des apports des différentes populations qui ont réussi à construire une société unique. Au moment où La Réunion se prépare à héberger 1 million d’habitants, avec tous les besoins en termes d’emplois et de logement que cela implique, il est primordial de renforcer la cohésion de notre société et donc de libérer La Réunion du racisme. C’est une des missions essentielles de la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise.
Manuel Marchal
En France, un sondage inquiétant pour les Réunionnais
63% des Français prêts à justifier "des réactions racistes"
Dans son édition d’hier, “Le Monde” fait état d’un sondage réalisé par l’institut CSA (sur un échantillon représentatif de 1.011 personnes interrogées en face à face du 17 au 22 novembre 2005)
Résultat : "Une banalisation du racisme. Un Français sur trois se déclare raciste, ce qui marque une augmentation de 8% par rapport à 2004. Et, sans doute plus inquiétant encore, 63% estiment personnellement que "certains comportements peuvent justifier des réactions racistes"".
Dans un rapport remis hier au gouvernement, la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH) estime que l’évolution de l’opinion est inquiétante. On assiste à "une vraie tendance au repli sur soi, à une indifférence croissante face aux manifestations de racisme, dans lesquelles viennent se combiner des peurs (tendance anxiogène) et des craintes d’une communautarisation", relève le rapport qui note un doublement des personnes citant les "Français" comme victimes du racisme.
"Le racisme et la xénophobie sont corrélés sinon confondus. L’étranger est très nettement assimilé à l’immigré, à l’Arabe, au Maghrébin, ou à l’Africain", note encore le CNCDH.
Message du Directeur général de l’UNESCO
"Rien n’est jamais acquis d’avance"
La célébration de la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale est une occasion pour chacun de se réinscrire dans la longue histoire de ceux qui œuvrent en faveur de l’égalité des droits et de la dignité humaine.
Partager cette histoire, ou cette mémoire, est une forme d’hommage et de reconnaissance nécessaire qui revêt cette année une importance particulière, en raison d’une double commémoration qui nous rappelle à nos engagements passés.
Il y a 40 ans, en effet, en 1966, l’Assemblée générale des Nations-Unies instaurait cette Journée suite au massacre de Sharpeville, qui avait vu de jeunes écoliers d’Afrique du Sud manifester contre le régime de l’apartheid, symbole de division et de discrimination raciale. Depuis 1994, le régime de l’apartheid a été aboli, dans le contexte d’un processus historique de justice, de paix et de réconciliation. En commémorant cette Journée, nous rendons hommage à tous ceux, hommes et femmes de courage, qui ont su rendre leur noblesse aux valeurs de pluralisme et d’égalité entre les peuples.
La célébration cette année du 21 mars coïncide également avec les 5 ans de la Conférence mondiale contre le racisme, la xénophobie, la discrimination et l’intolérance qui y est associée. Organisée en 2001, à Durban, en Afrique du Sud, cette Conférence avait permis à la communauté internationale d’adopter un programme d’action et de renouveler ses engagements face aux nouvelles formes d’inégalités, d’exclusions et de discrimination dans le monde.
Rien n’est jamais acquis d’avance. De nouvelles formes de discriminations en matière d’emploi, d’accès au logement, à la santé, à la culture ou à l’éducation menacent encore des acquis que nous pensions irréversibles. Il nous faut donc redoubler de vigilance et nous mobiliser toujours davantage. Développement de l’éducation aux droits de l’Homme et élaboration de matériels pédagogiques, promotion d’instruments normatifs voués à la célébration de la diversité et du pluralisme, action concertée avec nos partenaires de la société civile, notamment avec les villes, développement de la recherche scientifique, il importe de renforcer nos capacités d’intervention.
À l’heure où nous célébrons le 60ème anniversaire de l’Organisation, sachons donc, dans la fidélité à notre Acte constitutif, apporter des réponses nuancées et originales aux impasses de notre temps pour que chacun redevienne le sujet de sa propre histoire.
Rapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
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