Après le vote au Sénat

Réparation pour les Enfants de la Creuse : l’unanimité du Parlement français reconnaît la responsabilité de la France dans une déportation de Réunionnais

18 juin, par Manuel Marchal

Le Sénat a adopté à l’unanimité la loi réparant les préjudices subis par les « Enfants de la Creuse », après un vote également unanime de l’Assemblée nationale. Cette double unanimité est une décision historique : la reconnaissance du droit à la réparation pour les victimes d’une déportation vers la France entre 1962 et 1984. Une étape majeure pour la mémoire, la vérité et la justice envers les victimes et leurs familles.

Mardi 16 juin, tard dans la soirée, le Sénat a adopté à l’unanimité la proposition de loi visant à reconnaître et réparer les préjudices subis par les jeunes réunionnais déportés en France entre 1962 et 1984. Ce vote intervient après celui, également unanime, de l’Assemblée nationale le 28 janvier dernier. Rare dans la vie politique française, cette double unanimité des deux chambres du Parlement donne une portée particulière à cette décision.

La République admet qu’une réparation est nécessaire

Par ce vote, les représentants de la France reconnaissent officiellement la gravité d’une politique qui a bouleversé la vie de centaines d’enfants réunionnais et de leurs familles. Plus de quarante ans après la fin de ces transferts, la République admet ainsi qu’une réparation est nécessaire.
Cette reconnaissance ne concerne pas seulement les conséquences humaines d’un drame. Elle oblige aussi à s’interroger sur les choix politiques qui l’ont rendu possible. Dans les années 1960, La Réunion connaît une forte croissance démographique. Une jeunesse nombreuse arrive sur le marché du travail. Au lieu d’engager les moyens nécessaires au développement économique du pays afin d’offrir des perspectives à cette nouvelle génération, l’État privilégie une politique d’émigration massive vers la France.
Le BUMIDOM devient alors l’outil principal de cette orientation. Des milliers de Réunionnais sont encouragés à quitter leur terre natale pour répondre aux besoins de main-d’œuvre de l’économie française. Dans ce contexte s’inscrit également le transfert de centaines d’enfants vers 83 départements français, principalement ruraux, présentés comme en manque de population.

Ces mineurs ont été séparés de leur famille, de leur environnement, de leur culture et parfois même de leur identité. Ce sont des vies brisées, des souffrances durables et des liens familiaux détruits qui apparaissent aujourd’hui au grand jour.

Scandale dénoncé depuis 1968

Pendant longtemps, les victimes ont dû lutter contre l’oubli. Dès 1968, le Parti communiste réunionnais et le journal Témoignages ont pourtant dénoncé cette politique et porté la voix de ceux que l’on refusait d’entendre. Leur combat a contribué à faire émerger la vérité et à préserver la mémoire de cette tragédie.
L’unanimité du Sénat et de l’Assemblée nationale constitue une étape historique. Mais la justice ne s’arrête pas à un vote. Elle implique la transmission de cette mémoire aux nouvelles générations et la garantie qu’aucune politique semblable ne puisse être mise en œuvre à l’avenir. Rendre justice aux Enfants de la Creuse, c’est reconnaître une souffrance collective et affirmer le droit du peuple réunionnais à construire son avenir sur sa propre terre.

M.M.

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