Proposition de loi examinée au Sénat le 16 juin

Réparation pour les enfants réunionnais déportés en France pour la repeupler

15 mai, par Manuel Marchal

Le 28 janvier 2026, l’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité la proposition de loi de Karine Lebon sur les réparations pour les anciens mineurs réunionnais déportés en France. Dès les années 1960, l’État a préféré organiser l’exil de la jeunesse via le BUMIDOM plutôt que développer La Réunion. Michel Debré poussa jusqu’au transfert forcé d’enfants arrachés à leur famille vers les campagnes françaises. Le 16 juin, le Sénat devra confirmer cette avancée historique. Pendant des décennies, le PCR et « Témoignages » ont dénoncé ce scandale d’État. Reconnaître cette injustice impose désormais réparation, mémoire et justice pour les “enfants de la Creuse”.

Le 28 janvier 2026 restera comme une date historique pour La Réunion. Ce jour-là, l’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité la proposition de loi portée par la députée réunionnaise Karine Lebon concernant les réparations mémorielles et financières destinées aux anciens mineurs réunionnais déportés vers la France. Le 16 juin prochain, le Sénat devra à son tour prendre ses responsabilités.
Ce débat ne concerne pas seulement une réparation tardive. Il oblige à revenir sur les causes politiques de ce drame. À partir des années 1960, la transition démographique transforme profondément La Réunion. Une jeunesse nombreuse atteint l’âge de travailler. Au lieu de développer le pays pour offrir à cette génération un avenir sur sa terre, les gouvernements français choisissent une autre voie : organiser l’exil massif des Réunionnais vers la France.

Dérive extrême du BUMIDOM

C’est dans ce contexte que fut créé le BUMIDOM, outil d’une politique visant à faire de milliers de Réunionnais une main-d’œuvre immigrée pas chère destinée à occuper les emplois indispensables à l’économie française que les Français ne voulaient pas occuper car mal payés et à cause des conditions de travail trop difficiles. Chaque année, des milliers de jeunes quittaient leur pays. Mais cette politique poursuivait aussi un objectif politique : affaiblir le mouvement social réunionnais en éloignant vers la France une jeunesse populaire et combative susceptible d’être gagnée aux idées du Parti Communiste Réunionnais.
Dans cette logique, Michel Debré voyait également dans cette immigration forcée une réponse au dépeuplement des campagnes françaises. C’est ainsi qu’est née la politique raciste des “enfants de la Creuse” : arracher des enfants réunionnais à leur famille pour les envoyer dans des départements ruraux français.

Scandale révélé par « Témoignages » en 1968

Pendant longtemps, l’État a voulu imposer le silence. Mais le PCR et son journal Témoignages ont refusé l’oubli. Ils ont dénoncé ce scandale d’État en 1968, donné la parole aux victimes et maintenu vivante la mémoire de cette injustice.
Aujourd’hui, la République reconnaît enfin les dégâts humains causés par cette politique. Mais reconnaître ne suffit pas. Il faut réparer, transmettre cette histoire et garantir qu’aucun peuple ne puisse plus jamais subir une telle violence d’État. Rendre justice aux enfants de la Creuse, c’est aussi défendre la dignité du peuple réunionnais et son droit à décider de son avenir sur sa propre terre.

M.M.

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