Droits humains

Solidarité aux victimes des repris de justice de « Vacances des anges »

Deux des agresseurs de la famille de Joé Bédier déjà condamnés en 2019 pour des faits similaires sélectionnés dans une émission de téléréalité pour faire plus d’audience ?

Manuel Marchal / 11 janvier 2021

L’agression hier 10 janvier de Joé Bédier et de sa famille par des membres de l’équipe de tournage de l’émission de téléréalité « Vacances des anges » à La Réunion a suscité une vive émotion et de nombreux appels à la solidarité avec les victimes de cette attaque. Manifestement le concept de « Réunion terre de tournage » en prend un coup. Car comme le rappelle l’agression d’hier, n’importe qui peut venir faire du cinéma à La Réunion, du moment que cela permet de soi-disant faire la promotion de notre île pour faire venir du tourisme. Un jeu dangereux lorsque des repris de justice recrutés pour faire de l’audience décident de se comporter à La Réunion en terrain conquis.

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Image Réunion Première - Géraldine Blandin

Hier à Saint-Denis, Joé Bédier et sa famille ont été violemment agressés par trois individus appartenant à l’équipe du tournage d’une émission de téléréalité, « les Vacances des anges ». L’agression s’est déroulée dans le restaurant de l’hôtel Créolia et d’autres clients ont été aussi pris à partie. L’affaire a rapidement pris une ampleur exceptionnelle.
Trois personnes mises en cause ont ensuite été transférées au commissariat de police de Saint-Denis où se sont déroulées hier soir les auditions des victimes et des agresseurs.
Une foule importante s’était rassemblée rue Malartic devant le commissariat pour faire part de sa solidarité avec les victimes de l’agression et conspuer les agresseurs.
Cette agression a suscité de nombreuses réactions de responsables politiques. Même le ministre des Outre-mer a donné sa position. Nombreuses sont aussi les voix à se faire entendre pour demander que le tournage de l’émission soit suspendu.
Pour sa part, la production des « Vacances des anges » a annoncé avoir exclu les candidats du jeu télévisé impliqué dans les violences subies par des familles déjeunant paisiblement un dimanche dans un hôtel de Saint-Denis. Mais elle dit également vouloir poursuivre le tournage ce qui sous-entend que les personnes ayant maille à partir avec la justice seront donc remplacées.

Conséquence de la promotion de l’individualisme

Manifestement, le concept de « Réunion terre de tournage » en prend un coup. Car comme le rappelle l’agression d’hier, n’importe qui peut venir à La Réunion pour faire du cinéma. Peu importe qu’il ait eu récemment été condamné pour des faits similaires, fait rappelé par le « JIR » d’aujourd’hui. Les deux candidats de l’émission de téléréalité interpellés hier ont en effet été condamnés en 2019 pour avoir agressé de manière violente deux jeunes filles suspectées d’avoir pris une photo à leur insu.
Car c’est là que se situe le point de départ d’une agression où l’alcool a pu jouer un rôle déclencheur : une personne hautaine a apostrophé tous les clients en donnant l’ordre de ne pas prendre de photo, incroyable mais vrai.
Il suffit de constater l’égo surdimensionné de certains candidats. Ils pensent que leur image est une source de revenu, parce qu’ils sont sélectionnés pour participer à un jeu qui consiste à être filmé toute la journée jusque dans leur intimité. C’est l’illustration de la personnalisation extrême voulue par le système capitaliste, qui pousse à l’individualisme afin d’éviter que les opprimés s’organisent pour changer de système comme ils surent le faire à de nombreuses reprises dans l’histoire du monde.

Indispensable réparation

Ceci rappelle donc que les Réunionnais doivent être respectés. La Réunion ne doit pas être l’exutoire de personnes qui estiment que notre île doit leur servir à se construire une popularité qui sera ensuite monétisée. Ceci est d’autant plus vrai quand il s’agit du tournage d’une émission où le seul objectif est de rechercher une audience maximale pour faire du profit.
Faire de l’audience, c’est rechercher des situations inhabituelles, qui permettront de faire parler de ces personnes, de l’émission et donc des publicités à la chaine qui diffuse. Aussi n’est-il guère étonnant qu’un climat border-line soit entretenu, ce qui met en cause le concept même de ce genre de jeu télévisé. Car hier dimanche, une partie de l’équipe des Anges de la téléréalité a franchi la ligne jaune.
Il incombe désormais que les victimes puissent avoir droit à la justice.
Quant à la lutte contre la cause profonde du problème, la prise de conscience ira-t-elle jusqu’à déclencher un boycott à La Réunion de la chaîne qui diffuse cette émission de téléréalité ? Et plus largement, à quand un retour au rôle original de la télévision : un outil d’éducation et de partage du savoir et non pas un outil de propagande sociologique du régime capitaliste.

M.M.