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RFO-Réunion : Débat sur la préférence régionale
6 novembre 2004

À RFO-Réunion les dirigeants passent mais la censure perdure !
Le 18 février 2004, Paul Vergès refusait de participer à un “dialogue avec la presse” duquel RFO avait volontairement éliminé “Témoignages”. Par solidarité confraternelle et par principe le “JIR” avait choisi de décliner l’invitation discriminatoire de RFO.
Toute La Réunion se souvient que cette violation de la liberté de la presse avait entraîné la sortie de Paul Vergès ... sous le regard ébahi de la directrice de RFO et de son rédacteur en chef de l’époque.
Toute La Réunion s’en souvient, oui, mais pas la directrice de RFO-Réunion, Mme Dominique Richard qui vient de récidiver contre ses propres journalistes cette fois-ci.
Un petit retour en arrière s’impose.
Le 2 septembre dernier, au cours d’une conférence de presse, le PCR donnait son point de vue sur la question de “la préférence régionale”. En conclusion, Claude Hoarau faisait cette proposition : "Posons le problème pour dépassionner le débat, tout en restant ferme sur nos principes" !
Toute La Réunion bruit de ce débat. Il ne se passe pas un repas de baptême, une fête de mariage ou une veillée mortuaire sans que cette question ne soit évoquée. Telle est la réalité.
C’est donc tout naturellement que des journalistes de RFO ont proposé à leur direction la mise sur pied d’un débat télévisé dont ils ont la certitude qu’il obtiendra un large succès d’audience. Mais, à l’énoncé d’une proposition aussi prometteuse d’audimat, la mine de leur directrice s’allongea.
De semaine en semaine le débat était renvoyé : trop difficile, trop cher à organiser (!), trop ceci, pas assez cela, bref, banna té ifé lantrak.
Mais, avec ténacité, les journalistes de RFO travaillaient à la préparation de ce débat. Finalement, la directrice fut obligée de fixer une date : mercredi 17 novembre 2004. Mais, hier matin, ce fut le coup de Jarnac. Le rédac-chef adjoint, qui vient tout juste de redébarquer à La Réunion (1), donnait le feu vert : d’accord pour le débat, d’accord pour le 17 novembre mais pas d’accord pour que ce soient des journalistes Réunionnais qui dirigent le débat. La directrice ne le veut pas et elle a demandé au nouvel arrivant de prendre les commandes de ce débat (2).
Protestation de la vingtaine de journalistes présents : tous sont titulaires d’une carte de presse, ils sont donc qualifiés pour conduire ce débat. Le rédac-chef adjoint tergiverse et finit par dire que le jeune journaliste qui avait pris la responsabilité de ce débat ne pouvait le conduire pour une question de déontologie car il est membre d’une association qui œuvre à la promotion des cadres réunionnais !
C’est énorme mais c’est pourtant exactement ce qui a été dit.
"Il n’est pas question que quelqu’un qui appartient à cette association anime le débat" a déclaré le rédac-chef adjoint en s’appuyant sur une consigne donnée par la directrice régionale de RFO.
Stupéfaits, les journalistes protestent : une association pour la promotion des cadres réunionnais n’a rien à voir avec une association de malfaiteurs, alors pour quelles raisons inavouables veut-on écarter les Réunionnais de ce débat ?
La Direction n’en démord pas, si un journaliste est membre d’une association ayant pour objet la promotion des cadres réunionnais, il ne peut pas conduire le débat sur la préférence régionale.
L’accusation a le mérite de la clarté : si tu es membre d’une association préoccupée du devenir des cadres réunionnais, tu n’as pas voix au chapitre.
Madame la Directrice se prépare à de sacrées déconvenues ainsi qu’à une pénurie de journalistes. Tout le monde sait que plusieurs journalistes de la station ne cachent pas leur sympathie pour l’UMP et pour Nicolas Sarkozy, certains sont mêmes adhérents de l’UMP. Si on comprend bien, désormais il sera interdit à ces journalistes de participer aux débats politiques de RFO ?
RFO, bato-fou ousa banna i ral aou !
Pourtant les articles 10 et 11 de la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 sont très clairs :
Art. 10 - N ul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi.
Art. 11 - L a libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté, dans les cas déterminés par la loi.
Malgré la clarté de ces textes fondateurs de la République, Mme la Directrice vient d’inventer le délit de “sale association”. Et pour l’inventer, elle viole allègrement les libertés individuelles fondamentales. En effet, désormais toute personne travaillant à RFO-Réunion doit savoir que rien de sa vie privée ne doit échapper à la directrice. Ainsi, tout ce qui est un peu occulte, plus ou moins clandestin, plus ou moins ethnique, plus ou moins franc-maçon, juif, communiste, etc., sera-t-il considéré comme suspect ?
À quand des badges de couleurs différentes qu’il faudra coudre sur ses vêtements pour qu’on puisse plus commodément vous exclure de tel reportage, de telle interview ou tel débat public ? On sait où tout cela nous a menés et c’est précisément pour que personne n’oublie les dangers de ces dérives que le Général de Gaulle et Michel Debré ont tenu à incorporer le préambule de la Constitution de la 5ème République. Ce préambule commence ainsi :
"Au lendemain de la victoire remportée par les peuples libres sur les régimes qui ont tenté d’asservir et de dégrader la personne humaine, le peuple français proclame à nouveau que tout être humain, sans distinction de race, de religion ni de croyance, possède des droits inaliénables et sacrés. Il réaffirme solennellement les droits et libertés de l’homme et du citoyen consacrés par la Déclaration des droits de 1789 et les principes fondamentaux reconnus par les lois de la République".
Il serait bon que la direction régionale de RFO potasse un peu les fondamentaux de la République.
Mark Alem
(1)... après un départ plus que précipité de la station RFO de Nouvelle Calédonie !
(2) - Débat auquel le rédac-chef adjoint souhaite qu’aucun député, sénateur, ou député de l’Union européenne ne participe.
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