Un triple anniversaire de portée mondiale
18 juillet, par4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
Près de 60 ans après la révélation par « Témoignages » du scandale
30 janvier, par

Près de 60 ans après la révélation par « Témoignages » du scandale des enfants réunionnais déplacés de force en France sous l’impulsion de Michel Debré, l’Assemblée nationale a enfin voté à l’unanimité une loi de réparation. Une victoire tardive mais essentielle pour la reconnaissance d’un crime d’État et la dignité des victimes.
Il aura fallu des décennies de luttes, de silences brisés et de combats menés par les victimes elles-mêmes pour que la République regarde enfin son passé en face. Mercredi soir, l’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité une proposition de loi visant à reconnaître et réparer les préjudices subis par les jeunes réunionnais déplacés de force vers la France entre 1962 et 1984. Un scandale d’État révélé dès 1968 par « Témoignages », longtemps nié, minimisé, enterré.
Dans les tribunes, plusieurs dizaines de ces enfants déracinés — aujourd’hui adultes, souvent marqués à vie — ont assisté au vote. À la tribune, la députée réunionnaise Karine Lebon (GDR) a porté ce texte avec une émotion contenue, rappelant que si l’on ne peut rendre l’enfance volée, il est encore possible d’affronter la vérité. Une vérité brutale : plus de 2.000 enfants arrachés à leur famille, à leur langue, à leur culture, déplacés comme de simples variables d’aménagement du territoire.
Sous couvert de politiques démographiques et de repeuplement rural, l’État a organisé une déportation administrative. Promesses mensongères faites aux familles, déracinement total, placements violents, maltraitances, humiliations, changements d’identité civile : pour beaucoup, la vie a commencé par une fracture irréparable. Certaines victimes ignorent encore aujourd’hui leur véritable nom, leur histoire, leurs origines.
La loi adoptée prévoit la création d’une commission pour la mémoire, l’instauration d’une journée nationale d’hommage le 18 février et l’ouverture d’un droit à réparation financière. Une allocation forfaitaire qui ne saurait effacer les blessures, mais qui constitue enfin une reconnaissance officielle. « Réparer, ce n’est pas tourner la page, c’est rendre ce qui peut l’être », a rappelé Karine Lebon.
Ce texte rebaptise ces victimes « mineurs de La Réunion transplantés », rompant avec l’appellation réductrice « enfants de la Creuse », qui masquait la responsabilité centrale de l’État. Car c’est bien une politique nationale qui est en cause, déjà reconnue comme une « faute » par Emmanuel Macron, après une résolution mémorielle votée en 2014.
Pour les victimes et leurs familles, ce vote n’est pas une fin mais une étape. Le combat se poursuit désormais au Sénat. La réparation n’est pas une faveur : c’est un droit. Et cette victoire rappelle une chose essentielle : sans la presse militante, sans la ténacité des premiers lanceurs d’alerte, sans la mémoire populaire, ce crime d’État serait peut-être resté à jamais impuni.
M.M.
4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
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