Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
6 juin, parIEDOM : « Un premier trimestre favorable avant l’impact de la crise au Moyen-Orient »
Contre une injustice
29 octobre 2004

Lutter contre un fléau qui touche un Réunionnais sur sept, tel est une des volontés soulignées par la Région à travers ses orientations budgétaires 2005. Le point sur le sujet.
Depuis que la Région a fait connaître ses orientations budgétaires pour 2005, en soulignant parmi elles la volonté de la collectivité de consentir un effort spécifique, durant cette mandature, dans la lutte contre l’illettrisme, le comité de pilotage État/Région s’est réuni le 14 octobre et prépare pour le 19 novembre prochain la tenue d’un comité de pilotage technique chargé de mettre en chantier le futur plan régional de lutte contre l’illettrisme, annoncé pour le premier semestre 2005.
2005 sera un rendez-vous important dans la lutte contre l’illettrisme pour une autre raison : l’INSEE devrait faire connaître les résultats d’une enquête, pour mieux cerner le phénomène de l’illettrisme à La Réunion - la première grande enquête sur le sujet datant déjà de 1996. La Réunion était à l’époque la seule région à se risquer à un chiffrage du phénomène qui, en France, continuait à faire l’objet d’un non-dit tenace.
Depuis cette date, plusieurs changements qualitatifs sont intervenus dans notre île, même s’il est encore difficile d’en apprécier les effets, ce que devrait tenter de faire apparaître l’enquête INSEE.
Le premier changement a été la désignation, en 2002, d’un chargé de mission régional, M. Paul Soupe, mandaté dans notre île par l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme (ANLCI) et dont la mission ici a été validée exceptionnellement par le Préfet de Région et le président de la Région.
Depuis trois ans, ce chargé de mission travaille à identifier qui fait quoi dans la lutte contre l’illettrisme, dans le but de parvenir à une unification et une mutualisation des objectifs et des moyens. Une Charte de partenariat réunit dans notre île l’État, la Région, le Département, le Rectorat et des organismes para-publics tels que l’ADI (agence départementale d’insertion), l’Association des maires, les Missions locales, l’ANPE et l’ANLCI.
La tenue, l’année dernière, des premières Assises de la lutte contre l’illettrisme a été un rendez-vous important pour les participants à cette “bataille” à fronts multiples. Elle réunit en effet ceux qui, comme autrefois l’ARCA (association réunionnaise de cours pour adultes), s’efforcent d’intégrer des publics dits “analphabètes” parce qu’ils ont été très peu ou pas scolarisés, mais aussi toute une arborescence d’intervenants sociaux mobilisés contre l’illettrisme.
Le terme “d’illettrisme”, proposé par ATD-Quart Monde au début des années 80, désigne un phénomène plus “pervers” qui, à l’inverse de l’analphabétisme (dont la tendance lourde est au reflux), est reproduit par la société telle qu’elle fonctionne actuellement.
"Le phénomène de l’illettrisme - explique Paul Soupe - touche des personnes qui, malgré une scolarisation “normale” - au moins dans la durée - ne maîtrisent pas suffisamment les savoirs de base et n’arrivent pas à les utiliser socialement". Pas par incompétence particulière, mais parce que la société secrète de l’exclusion. L’école aussi. C’est une chose terrible de se dire que l’école, dans une société développée, produit certes des gens diplômés et compétents mais produit aussi des “illettrés”... qui n’ont pas demandé à l’être ! Il faudra revenir là-dessus (dans un prochain article) d’autant plus que, depuis peu, les responsables de l’école reconnaissent, au plus haut niveau, la responsabilité de l’institution scolaire dans ce phénomène et acceptent de le combattre par des actions de prévention.
Le plan d’action 2002 défini par le ministère Luc Ferry a inspiré, au niveau régional réunionnais trois grands champs d’intervention - prévention, formation des adultes (tout au long de la vie) et professionnalisation des acteurs - qui sont repris dans le volet “prévention de l’illettrisme” du Plan d’Académie.
Ce plan a déjà été présenté à la collectivité régionale, au sein de laquelle la désignation de la conseillère Christine Soupramanien comme référente sur cette question témoigne d’une volonté politique dont il faut souhaiter qu’elle jouera un rôle de ferment déterminant. Aucune autre région, en effet, n’a désigné de délégué(e) à la lutte contre l’illettrisme.
Autrement dit, La Réunion continue d’innover. Nous essaierons de montrer comment, dans une série d’articles qui se propose de faire l’état des lieux et d’accompagner les réflexions de ceux et celles d’entre nous qui veulent faire partager leur refus de l’exclusion.
P. David
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