Droits humains

Vous avez dit : « rêve américain » ?

Jean-Paul Ciret / 9 juin 2020

S’il est une expression souvent utilisée à satiété, c’est bien celle-ci, celle du rêve américain, nourri de l’esprit pionnier du XIXe siècle, de la confiance dans le caractère apparemment inépuisable des ressources de l’immensité de l’espace américain, de la dévotion à l’esprit de l’initiative individuelle entretenue par le libéralisme économique. A croire que, dans cette perspective, il n’y avait que des gagnants et aucun perdant ! L’Histoire a déjà fait justice de cette illusion qui perdure malgré tout jusqu’à nos jours, même si entre autres, l’expression du « self made man » (l’homme qui s’est construit / réalisé par ses seuls propres efforts), n’a, à ma connaissance, jamais été tellement utilisée au féminin !!!… C’est, en effet, oublier toutes les victimes de cette vision quelque peu caricaturale de la réalité historique et sociale des États-Unis.

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Photo by Sgt. Sebastian Nemec / Public domain

Si nous nous permettons cette entrée en matière, c’est que cette fameuse expression nous apparaît proprement indécente, au regard de l’actualité récente en provenance de ce pays, à travers la mort horrible de cet homme, George Floyd, afro-américain comme il est convenu de dire, simplement parce qu’il avait le " tort " d’être noir aux yeux de policiers blancs.
En effet, on s’est beaucoup trop gardé, jusqu’ à aujourd’hui, de dénoncer l’imposture fondamentale, originelle, sur laquelle repose l’histoire de la société américaine. Lorsque le 4 juillet 1776, le fameux « Independance day », les treize colonies anglaises d’Amérique proclament leur indépendance par rapport à la Grande-Bretagne, voici ce que déclarent leurs représentants :

« Nous tenons ces vérités pour évidentes par elles-mêmes que tous les hommes naissent égaux, que leur Créateur les a dotés de certains droits inaliénables, parmi lesquels la vie, la liberté et la recherche du bonheur ; que pour garantir ces droits, les hommes instituent des gouvernements dont le juste pouvoir émane du consentement des gouvernés […] ».

Or que s’empresse de faire à l’issue de la guerre d’indépendance, le premier Président élu des États-Unis, George Washington, le 30 avril 1789 ? Il prête serment sur la Bible de respecter la Constitution adoptée en 1787, qui prenait bien soin de réserver le droit de vote aux hommes blancs, d’en exclure les Indiens et…… les femmes, et de maintenir en esclavage les Noirs des colonies du Sud (Virginie, Caroline du nord et du sud, Géorgie). Autrement dit, les États-Unis sont nés d’un parjure, celui, après la Déclaration d’indépendance de 1776, de ne pas respecter ce texte fondateur !!!

Société profondément imprégnée par le racisme

La suite, on ne la connaît que trop : l’esclavage maintenu jusqu’à l’issue de la Guerre de sécession en 1865, mais avec le maintien de discriminations profondes à l’encontre des Noirs, aussi bien sur le plan social, que dans la vie quotidienne et dans l’accès au droit de vote effectif. Il faudra attendre…… 1964 et le vote de la loi sur les droits civiques pour voir la discrimination raciale officiellement condamnée. Dans les faits, c’est une autre histoire, comme nous le montre éloquemment l’actualité quotidienne, tant le racisme imprègne encore profondément la société américaine, le Ku Klux Klan se manifestant toujours au grand jour, avec l’indulgence de l’actuel locataire de la Maison-Blanche.
Dans ces conditions que peut encore valoir et signifier une illusoire fascination pour le « rêve américain », dans l’espoir d’une réussite individuelle rapide sur le plan matériel et les apparences sociales, sinon une adhésion pitoyable et médiocre à un « modèle » de société injuste, inégalitaire, discriminatoire, violente à l’égard de toutes les minorités raciales (en nombre), sans compter les femmes, dont on sait comment l’actuel « Président » a osé parler dans sa campagne présidentielle de 2016 !!!!

Jean-Paul Ciret