Un triple anniversaire de portée mondiale
18 juillet, par4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
Manque de volonté politique affirme la Fondation pour le Logement
6 novembre 2025, par

Soixante-dix-neuf ans après son intégration à la France en tant que département, La Réunion reste un pays sous-développé où la pauvreté tue encore. En 2024, au moins 17 personnes sont mortes à la rue dans l’île, selon la Fondation pour le Logement. Derrière ce chiffre se cache une crise sociale chronique et une politique publique à bout de souffle, incapable d’assurer à tous le droit fondamental à un toit.
Le 115, numéro d’urgence sociale censé répondre aux demandes d’hébergement, n’est plus en mesure de faire face. Près de 2 500 familles sont laissés sans solution, parmi eux plus de 1 000 hommes seuls et 450 femmes seules. Un tiers des personnes sans abri ont plus de 50 ans. Gérard, 65 ans, malade et à la rue depuis deux ans, témoigne :
« Je suis dans la rue, il faut que je change ma poche médicale. Le plus dur, c’est ça. On dort sur les bancs, dans les kiosques. À 65 ans, on n’a plus la force de se défendre. On est une proie. Aujourd’hui, on est dans une société à deux vitesses, et on est resté derrière. »
Ce récit brutal résume une réalité qui perdure, année après année, dans un département français où 40 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. Malgré les constats répétés, la Fondation pour le Logement dénonce « l’absence de réponse structurelle » et des critères locaux de priorisation qui instaurent une forme de tri entre les personnes précaires. Une pratique contraire au principe d’accueil inconditionnel inscrit dans le Code de l’action sociale et des familles.
« Dans nos accueils de jour, nous voyons des personnes en situation de lourd handicap, des personnes âgées, mais aussi de plus en plus de jeunes et de familles avec enfants sans aucune proposition d’hébergement », alerte Matthieu Hoarau, directeur régional de la Fondation. « Les constats sont connus, les solutions aussi. Mais on ne voit toujours pas d’électrochoc pour faire du logement une priorité à La Réunion. »
La Fondation rappelle que l’accès à un logement pérenne doit être au cœur de la stratégie du Logement d’Abord, mais que la mise à l’abri immédiate reste une urgence vitale. Pour y parvenir, elle appelle les pouvoirs publics — préfet, département, maires — à mobiliser tous les leviers disponibles :
• maintenir les capacités d’hébergement à l’hôtel avec un accompagnement social adapté (actuellement seulement 110 places) ;
• réhabiliter les bâtiments publics vacants pour créer des hébergements temporaires (800 places aujourd’hui, bien trop peu) ;
• produire 230 places en Maisons Relais et 230 en résidences sociales pour jeunes travailleurs ;
• et accélérer la production de logements très sociaux, toujours insuffisants face aux besoins.
Ces propositions ne relèvent pas de l’utopie, insiste la Fondation : les crédits existent, les besoins sont connus, mais la volonté politique fait défaut. « Même dans un contexte budgétaire contraint, nous pouvons encore faire de La Réunion un territoire zéro personne à la rue, à condition que les pouvoirs publics s’en donnent l’ambition dès maintenant », avertit Matthieu Hoarau.
Faute de cette ambition, l’île risque de voir s’aggraver des drames humains déjà trop nombreux et des tensions sociales de plus en plus palpables. Car la pauvreté n’est pas une fatalité naturelle : c’est le produit d’un abandon collectif, qui continue, silencieusement, de coûter des vies.
M.M.
4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
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