30 ans de la Boutique solidarité de Saint-Denis, quelles réponses à l’augmentation de la pauvreté ? -1-

« Agir autrement face à l’urgence sociale »

13 mars, par Manuel Marchal

Les 30 ans de la Boutique solidarité de Saint-Denis ont eu lieu le 11 mars dans un contexte. Au cours des trois dernières années, le nombre de personnes accueillie dans l’établissement de la Fondation Abbé Pierre a été multiplié par trois. Les jeunes et les femmes isolées sont de nouveaux visages de la pauvreté. Autant dire que le droit au logement est encore loin d’être respecté à La Réunion.
A l’occasion de l’anniversaire de la Boutique solidarité, Matthieu Hoarau, directeur de la Délégation régionale de la Fondation Abbé Pierre, a fait un point sur cette question avec « Témoignages ».

Il est possible « de faire de La Réunion le premier territoire zéro gens dans la rue, on a des moyens, il est urgent d’agir autrement face à l’urgence sociale ». C’est ce qu’affirme à « Témoignages » Matthieu Hoarau, directeur de la Délégation régionale de la Fondation Abbé Pierre.
La crise du logement est plus que jamais une réalité à La Réunion, et à cette précarité s’ajoute la précarité alimentaire. L’an dernier, la Boutique solidarité a servi plus de 22 000 petit-déjeuners et 800 bons alimentaires.
Au cours des trois dernières années, le nombre de personnes ayant franchi la porte de l’établissement de la Fondation Abbé Pierre a triplé. C’est un indicateur de l’augmentation de la pauvreté à La Réunion. Les jeunes et les femmes isolées sont de nouveaux visages de la pauvreté.
Face à cette accélération, il importe donc « d’agir autrement face à l’urgence sociale ».

A l’internat la semaine, à la rue le week-end

La présence bien plus importante de jeunes parmi le public accueilli amène à s’interroger sur « quelle réponse apporter ». Ce sont des jeunes qui sortent de foyers, de famille d’accueil, de jeunes qui ont un parcours de formation. Lors de la célébration des 30 ans de la Boutique solidarité, un jeune a évoqué sa situation. Il suit actuellement une formation. La semaine, il est hébergé dans un internat. Mais le week-end, l’internat est fermé et il n’a pas de solution d’hébergement. Il doit vivre et dormir dans la rue.
« Ces jeunes n’ont pas droit au RSA », rappelle Matthieu Hoarau. Pour les aides, la Fondation Abbé Pierre travaille avec des structures comme le CRIJ « pour avoir un accompagnement différent ».

Besoin de Foyers de jeunes travailleurs dans le Nord

« Dans le Nord, nous avons besoin de Foyers de jeunes travailleurs ». Ces structures permettent d’avoir un logement mais sont aussi un lieu de socialisation avec une vie en collectivité. « Les FJT peuvent assurer la transition au moment où le jeune devient adulte. Ils permettent d’avoir un logement en attendant que le jeune puisse disposer de revenus suffisants pour accéder à son propre logement ».
Il n’existe que deux Foyers de jeunes travailleurs à La Réunion. Or, les pouvoirs public ont pris des engagements pour la création de 230 places en FJT à La Réunion. Tout est prêt, il faut lancer l’action, dit en substance Matthieu Hoarau. Autrement dit, à l’État de financer ce qui est déjà acté, et aux collectivités d’accompagner.

Trois personnes privées de logement ont perdu la vie pendant Belal

Lors du cyclone Belal, parmi les victimes, trois personnes décédées était privée de logement. L’an dernier lors de fortes pluies dans le Sud, la seule victime était également une personne vivant dans la rue. Ces décès n’ont manifestement pas donné lieu à une mobilisation contre cette injustice, traduisant une forme d’indifférence sociale.
Pour Matthieu Hoarau, il est important de réfléchir à « comment collectivement tirer les enseignements, pour que cela ne se reproduise pas ».
Certains ont culpabilisé les victimes, car d’après des informations, elles n’ont pas souhaité aller dans un centre d’hébergement.
Matthieu Hoarau rappelle que ces personnes vivent dans la rue. Elles n’ont donc pas accès aux moyens d’hygiène comme la salle de bains. Le refus d’aller dans un centre d’hébergement peut donc venir de la honte causée par le manque d’hygiène.
Il y a également une peur d’aller dans ce genre de structure.

« Une fois l’alerte levée, ils sont renvoyés dans la rue »

Ceci fait que le dialogue avec la personne concernée est important. Mais qui leur a parlé, et que leur a-t-on dit ? Cela reste l’inconnue.
Le directeur de la Délégation de la Fondation Abbé Pierre à La Réunion souligne que « la plupart des sans-abri viennent dans les centres d’hébergement lors des cyclones. Mais une fois l’alerte levée, ils sont renvoyés dans la rue ». Or ce moment en centre d’hébergement pourrait être un temps pour faire le point avec cette personne sur le parcours possible pour aller vers une solution de relogement.
La mobilisation d’une partie des 34 000 logements vacants à La Réunion via des aides de l’État et des collectivités, ainsi que l’application du droit à l’hébergement sont d’autres leviers qui seront évoqués dans notre prochaine édition.

(à suivre)

M.M.

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