Logement

CDC-Habitat : 260 millions d’euros pour des acquisitions, pas pour construire des logements sociaux

La filiale de la banque française Caisse des dépôts et consignations ambitionne d’être un acteur dominant de l’immobilier à La Réunion

Manuel Marchal / 15 juin 2019

La prise de contrôle de la SIDR par la filière immobilière de la banque Caisse des dépôts et consignations avait suscité l’inquiétude à La Réunion, notamment chez les salariés de la SIDR. Se posait alors la question de savoir si la prise de contrôle de cette société allait avoir des effets négatifs dans la construction de logements sociaux. Jeudi dernier, l’actionnaire de référence de la SIDR a dévoilé clairement sa stratégie qui à court terme privilégie l’aspect financier au détriment du social.

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Cela fait moins de deux ans que la CDC-Habitat, filiale de la banque Caisse des dépôts et consignations, est entrée dans le capital de la SIDR, un des deux plus importants bailleurs sociaux de La Réunion. Cette arrivée de ce qui s’appelait à l’époque la SNI a suscité l’inquiétude des travailleurs de la SIDR qui craignaient des licenciements, ainsi que sur la stratégie que la filiale de la CDC allait mener à La Réunion. En effet, la SIDR gère un parc important de logements locatifs très sociaux (LLTS). C’est le type de logement social ayant le loyer le moins élevé, et c’est donc celui qui est le plus adapté à la capacité contributive des Réunionnais. En effet, dans notre île, plus de 40 % de la population vit sous le seuil de pauvreté.

40 % de la population sous le seuil de pauvreté

De plus, le logement social est un grand chantier pour La Réunion. Ce sont en effet près de 30000 familles ayant le droit à ce type d’habitat qui sont encore sur liste d’attente. Ces familles doivent donc se loger dans le secteur privé où les loyers sont plus élevés, ou s’entasser dans un des 40000 logements insalubres de La Réunion.
Jeudi, André Yché, président du directoire de la CDC-Habitat, a annoncé le rachat des 2522 logements de Batipro Logement Intermédiaire (BLI), filiale du groupe Apavou mise en vente pour pallier aux difficultés de la maison-mère. Comme son nom l’indique, cette société ne gère pas des logements sociaux, mais des logements intermédiaires aux loyers plus élevés. Pour cet achat, CDC-Habitat paiera 148,5 millions d’euros, et annonce qu’en plus près de 80 millions d’euros seront injectés pour financer des réhabilitations.

Pour gérer ces logements, la CDC-Habitat pourrait avoir recours à sa filiale SIDR spécialisée dans le logement très social, ou alors à un autre bailleur social, la SEMADER. En effet, la filiale de la CDC est prête à mettre 30 millions d’euros pour participer à une augmentation de capital visant à terme à lui donner la direction de la SEMADER. La participation de la CDC-Habitat serait alors à 34 % du capital de la SEMADER.

Grave pénurie de logements sociaux

Au total, ce sont près de 260 millions d’euros que la CDC-Habitat compte dépenser pour prendre le contrôle de deux sociétés immobilières supplémentaires à La Réunion. Il est à remarquer que cette somme ne servira donc pas à construire des logements sociaux supplémentaires, mais à financer des opérations de rachat d’actions.

Ainsi la CDC-Habitat étend son contrôle sur l’immobilier à La Réunion, et pas seulement le social. Ceci souligne que l’achat de la SIDR était donc un moyen de s’ancrer définitivement à La Réunion, et d’en faire un point de départ pour d’autres acquisitions. L’emprise d’une filiale d’une banque française s’étend donc sur le marché de l’immobilier à La Réunion, et elle devient un acteur dominant du logement social de notre île.

Se pose alors la question de la stratégie de la CDC-Habitat. En effet, La Réunion est confrontée à une grave pénurie de logements sociaux. Malgré toutes les aides publiques sous forme de soutien à la construction ou sous forme de subventions versées aux locataires pour payer des loyers trop élevés, le système de production n’arrive pas à construire les logements nécessaires pour mettre fin à la pénurie.

Logique financière et pas sociale

La CDC-Habitat vient d’annoncer qu’elle compte donc dépenser près de 260 millions d’euros dans des acquisitions, cet argent n’aurait-il pas été mieux utilisés s’il avait été investi dans la construction de logements neufs gérés par la SIDR ? Une autre solution que le rachat des logements de la filiale du groupe Apavou n’aurait-elle pas été dans l’accompagnement par l’État des locataires en vue de les aider à acheter un logement où certains vivent depuis des décennies ? Qui peut croire en effet que sans repreneur, les 2522 familles locataires auraient été expulsées ?

La CDC-Habitat vient donc de dévoiler sa stratégie et à court terme sa priorité n’est pas de répondre à la mission sociale de sa filiale, à savoir construire des logements adaptés à la capacité contributive des locataires, mais d’arriver à une position dominante sur le marché de l’immobilier à La Réunion, que cela soit du social ou autre. Cette stratégie n’est guère étonnante car elle s’appuie sur une priorité accordée à l’aspect financier afin de générer plus de profits. Ce n’est guère étonnant, car le premier métier de la maison-mère de CDC-Habitat, la Caisse des dépôts et des consignations, c’est d’être une banque, pas un bailleur social.

M.M.