Les locaux vides d’une ancienne banque réquisitionnés

Des sans-logis créent le ministère de la Crise du logement

8 janvier 2007

Un immeuble situé près de la Bourse à Paris est occupé par des sans-logis à l’initiative de trois associations. Ces dernières l’ont rebaptisé “ministère de la Crise du logement”. Et les demandeurs de logement ne comptent pas partir tant que leur revendication ne sera pas satisfaite.

Le ministère de la Crise du logement est ouvert depuis lundi 1er janvier. Il est situé au 24, rue de la Banque, à deux pas de la Bourse, dans le 2ème arrondissement, à Paris, est plutôt cossu. Ce bâtiment de 1000 m2 est celui d’une ancienne succursale de la banque CIC, vide depuis trois ans, réquisitionné depuis une semaine par trois associations : l’association culturelle et artistique MACAQ, à l’origine de cette initiative avec Droit au logement (DAL) et le collectif Jeudi Noir contre le mal-logement.
Une quarantaine de personnes vivent à l’intérieur, dispatchées sur les six étages. L’ambiance est celle d’un "vrai" immeuble avec des portes qui claquent, des effluves de nourriture qui embaument l’air, des gamins qui jouent dans l’escalier, des dames qui commentent la météo dans le hall... A chaque palier son atmosphère.
Le premier est celui du "ministère de la Crise du logement" inauguré lundi par les trois associations. « Le but d’une telle action est de placer ce dossier au cœur du débat » avant les élections, explique Julien Bouchet, le fondateur de MACAQ, le collectif à l’origine de la réquisition.
Au deuxième, place aux artistes. Ils sont cinq à squatter avec comme point commun, un parcours chaotique. Dans son bureau qui lui sert de chambre, "Olive", 38 ans aménage sa pièce. Ancien jongleur et ingénieur du son, il a dû mettre un terme à sa passion pour raisons médicales. C’était il y a trois ans, depuis il n’a plus rien, depuis il squatte à gauche, à droite. Les autres paliers sont réservés aux travailleurs précaires et aux familles sans logement. Elles sont huit avec une vingtaine d’enfants. « Avec cette réquisition, on veut interpeller le gouvernement sur cette situation du mal-logement. On veut ainsi aussi montrer que ce fait de société touche tout le monde", martèle Julien Bouchet. Qu’ils soient travailleurs précaires, artistes sans le sou ou familles avec ribambelle d’enfants, ces sans-logis répètent à qui veut l’entendre qu’ils ne partiront pas de cette ancienne banque avant d’avoir une solution concrète de relogement.


Un immeuble libéré de la spéculation

Dans un communiqué, les trois associations expriment les raisons de la création du ministère de la Crise du logement.

« MACAQ et Jeudi-Noir, en partenariat avec Droit Au Logement, sont heureux de vous annoncer l’ouverture et la mise à disposition d’un bâtiment abandonné par une banque, place de la Bourse, à Paris 2ème...
Ce bâtiment de 1000m≤ donnant sur le palais Brongniart était abandonné depuis 3 ans. La compagnie Lyonnaise de Banque, propriétaire des lieux, a préféré le laisser en jachère, plutôt que de le remettre sur le marché, alimentant ainsi une pénurie de logement déjà sévère... Un calcul plus rationnel qu’il n’y paraît : en effet, le bâtiment s’est apprécié d’au moins 10% chaque année depuis son abandon.
Enrichies par 10 années de flambée immobilière, les banques, les compagnies d’assurances et les caisses de retraite se contentent désormais de laisser dormir un parc immobilier qui rapporte plus par le simple effet de la spéculation qu’en cherchant à le louer. Partout, dans les quartiers prestigieux comme populaires, des immeubles vides et silencieux se dégradent, faute d’entretien, pour avoir été considérés comme des actifs purement financiers.
Évidemment la vie de quartier s’en ressent !
Face à l’inaction des pouvoirs publics, les jeunes activistes de MACAQ et Jeudi-Noir ont libéré l’immeuble pour y installer des logements et des espaces associatifs et de création ».


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