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15 janvier, par

En 2024, 17 personnes sans domicile fixe sont mortes dans les rues de La Réunion, révélant une urgence sociale majeure. Le manque criant de solutions d’hébergement, l’insuffisance des politiques publiques et l’absence d’anticipation, notamment en période cyclonique, exposent les plus précaires à des risques mortels. Ces décès ne sont pas une fatalité, mais le résultat de choix politiques qui abandonnent une grande partie de la population.
Dix-sept personnes. Dix-sept vies fauchées en 2024 dans les rues de La Réunion, dans l’indifférence quasi générale. Le dernier rapport du Collectif Les Morts de la Rue dresse un constat glaçant : depuis 2012, 67 personnes sans domicile fixe sont mortes sur notre île. Derrière ces chiffres, il y a des visages, des prénoms, des histoires brisées. Et surtout, une responsabilité collective.
À La Réunion, mourir à la rue n’est plus un accident. C’est la conséquence directe de politiques publiques insuffisantes, d’un manque criant de solutions d’hébergement et d’une incapacité chronique à considérer le logement comme un droit fondamental.
Chaque jour, la Boutique Solidarité de Saint-Denis tente de colmater les brèches d’un système défaillant. On y distribue des repas, de l’eau, un peu de chaleur humaine. On y offre la possibilité de se laver, de se reposer, de retrouver un semblant de dignité. Mais ce lieu, aussi indispensable soit-il, ne peut pas remplacer une politique ambitieuse de mise à l’abri.
En 2024, près de 2 500 personnes n’auraient bénéficié d’aucune solution d’hébergement d’urgence sur l’île. La Réunion compte environ 3 000 personnes sans logement, dont un millier vivant totalement à la rue. Face à cette réalité, seuls deux abris de nuit existent, chacun pouvant accueillir à peine une vingtaine de personnes. Une goutte d’eau dans un océan de détresse.
Parmi les 17 personnes décédées cette année, cinq fréquentaient régulièrement l’accueil de jour de la Boutique Solidarité. Cinq personnes connues, accompagnées, mais que le système n’a pas su protéger. « Les gens meurent à la rue, dans le dénuement le plus total », alerte une responsable de la structure.
La solidarité familiale et de voisinage, autrefois rempart contre l’exclusion extrême, s’effrite elle aussi. La précarité gagne du terrain, les réseaux de soutien se fragilisent, et de plus en plus de personnes basculent sans solution de repli. La rue devient alors un piège dont il est presque impossible de sortir.
Pour celles et ceux qui y survivent, chaque décès est un traumatisme supplémentaire. On perd un ami, un compagnon de galère, quelqu’un avec qui on partageait la peur, la faim, mais aussi la solidarité. La rue crée des liens forts, et la mort les brise brutalement. Les permanences psychologiques mises en place par la Boutique Solidarité sont essentielles, mais là encore, elles interviennent après coup, quand le pire est déjà arrivé.
À cette urgence sociale s’ajoute un danger bien connu à La Réunion : la saison cyclonique. De novembre à avril, les personnes sans abri sont en première ligne. En janvier 2024, un homme est mort à Saint-Paul après le passage du cyclone Belal. Combien faudra-t-il encore de drames pour que des dispositifs d’anticipation soient réellement mis en œuvre ?
Les acteurs de terrain le répètent : ils ne sont pas suffisamment associés aux décisions, alors qu’ils connaissent la réalité du quotidien. Cette absence de concertation est une faute grave. Protéger les plus vulnérables ne devrait pas être optionnel, encore moins saisonnier.
Ces 17 morts ne sont pas une fatalité. Ils sont le résultat de choix politiques. À La Réunion, laisser des femmes et des hommes mourir à la rue est un scandale social et moral. Il est temps d’agir, de créer des places d’hébergement dignes, pérennes, et d’engager une véritable politique de réinsertion. Parce que personne ne devrait mourir faute d’un toit.
M.M.
4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
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