APE : alerte générale sur les emplois à La Réunion, résultat de l’aliénation
9 juin, parRisque d’anéantissement des emplois liés à la production de richesses à La Réunion
Pour défendre le Livret A - 3 -
24 mai 2007

1. Pour la théorie néolibérale, l’épargne préalable est la condition de l’investissement. Ce dernier permettra alors de multiplier l’“offre” de produits et services adaptés à la clientèle. Selon cette conception l’épargne des ménages et des entreprises doit donc précéder l’investissement. Les banquiers disent d’ailleurs que « les dépôts font les crédits », grâce à l’intermédiation du système bancaire. Or cette relation n’est pas à sens unique ! Ce sont aussi les crédits qui font les dépôts. Prenons l’exemple d’un ménage qui veut devenir propriétaire d’un logement. Dans la grande majorité des cas, le ménage n’aura pas le capital nécessaire à l’achat au comptant de son logement. Il va donc emprunter. C’est bien sa décision d’investir qui va créer de l’épargne (le remboursement mensuel du crédit). L’investissement crée donc de l’épargne.
Il existe par conséquent une possibilité de financement quasi illimitée des investissements par les banques, au moyen de la création monétaire. A condition que l’État contrôle la banque centrale !
2. Le moteur du développement économique n’est pas la capacité d’offre des entreprises, stimulée par le financement sur le marché des actions, mais par la satisfaction de la demande de la population. C’est en répondant aux besoins des citoyens que l’économie se développera harmonieusement, en dehors et différemment de la folle course à la croissance capitaliste. Ces besoins, au demeurant, ne se limitent pas au seul domaine social, même si ce dernier en constitue le socle. Ils intègrent la culture, la participation à la vie démocratique, l’environnement, la coopération internationale...
Le Livet A possède des vertus bien supérieures à la finance de marché
Le livret A est un compte d’épargne réglementé français, le plus utilisé dans ce pays avec 46 millions d’épargnants. Son ouverture s’effectue seulement auprès des agences de la Caisse d’épargne, de la Banque postale (La Poste) et du Crédit mutuel (le Livret A s’y appelle le Livret bleu).
Il a été créé le 22 mai 1818 au taux de 5 %, alors que la première Caisse d’épargne privée (société anonyme), celle de Paris, était autorisée par l’ordonnance royale du 29 juillet 1818. Elle avait l’ambition de « recevoir en dépôts les petites sommes qui lui sont confiées par des cultivateurs, ouvriers, artisans, domestiques et autres personnes industrieuses ». Il s’agissait d’aider une clientèle modeste à atteindre progressivement, par le jeu des dépôts successifs et de l’accumulation des intérêts, la somme nécessaire à la souscription d’un titre de rente. Si telle était l’explication officielle, la Caisse d’épargne et le Livret A sont également créés pour solder les guerres napoléoniennes. Après la Caisse d’épargne de Paris, de nouvelles Caisses vont être créées progressivement. En 1829, les Caisses d’épargne sont autorisées à déposer leurs fonds sur un compte courant ouvert au Trésor Royal qui assure, en contrepartie, le versement d’un intérêt fixe. Mais le développement de l’épargne était trop lent.
Au 31 décembre 1818, seuls 352 livrets avaient été ouverts, et plus de la moitié de la clientèle était composée de personnes faisant partie de la haute bourgeoisie parisienne. On compte 120 000 livrets en 1835 et 2 millions en 1869. Néanmoins, en 1890, le taux de pénétration du livret d’épargne dans la population monte à 5 %, représentant 10 % de l’épargne des ménages. Pour augmenter la collecte, la Monarchie de Juillet a par exemple créé des livrets en 1833 pour les instituteurs qui subissaient une retenue d’un vingtième sur leur salaire annuel. De 30 % de la population en 1910, le livret d’épargne atteint une pénétration de 40 % dix ans plus tard, 42 % en 1930 et 47 % en 1939, avec plus de 21 millions de comptes d’épargne. Aujourd’hui, alors que plus de deux cents produits financiers sont proposés aux Français, on compte quelque 46 millions de livrets A dans notre pays.
Cette lenteur du développement nécessita l’intervention de l’Etat pour pallier les déficiences des sociétés privées. En 1835 une loi a substitué l’action des municipalités à celle de l’initiative privée, lorsque cette dernière s’est trouvée défaillante. À partir de cette date les Caisses d’épargnes ont été considérées comme des établissements privés d’utilité publique. Elles devaient déposer leurs fonds au Trésor, la Caisse des dépôts et consignons (CDC) versant un intérêt de 4 %. Cette loi donna un coup de fouet à l’épargne.
Mais ces sommes versées au Trésor constituaient une dette, dangereuse pour l’équilibre du budget de l’État. Une loi du 31 mars 1837 confia les fonds des Caisses d’épargne à la CDC, celle-ci devant obligatoirement les utiliser à l’achat de rentes ou de valeurs garanties par l’État.
À suivre...
J.Nikonoff,
Économiste,
Ex Président d’ATTAC France
Risque d’anéantissement des emplois liés à la production de richesses à La Réunion
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