Un triple anniversaire de portée mondiale
18 juillet, par4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
Rapport annuel de la Fondation pour le logement
23 avril, par

À La Réunion, le mal-logement explose sous l’effet des renoncements publics, constate la Fondation pour le logement dans la présentation de son rapport annuel : 4 habitants sur 10 sont touchés, 51.000 familles attendent un logement social, tandis que la production chute et la spéculation progresse. Logements vacants, meublés touristiques, hébergement saturé, pauvreté aggravée : la crise est politique. Face à cet abandon, une autre voie existe : construire, réguler, réquisitionner et faire du droit au logement une priorité.
La crise du logement n’est pas une fatalité. À La Réunion, elle est le produit de choix politiques, de renoncements successifs et d’une logique où l’austérité budgétaire pèse plus lourd que le droit fondamental à vivre dignement. Le nouvel éclairage publié ce 22 avril par la Fondation pour le Logement dresse un constat accablant : en 2025, tous les indicateurs du mal-logement se sont aggravés, tandis que les réponses publiques reculent.
Quatre Réunionnais sur dix sont frappés par la crise du logement. Plus de 2.500 personnes vivent sans domicile, en hausse de 39 % en sept ans. Plus de 51.000 ménages attendent un logement social, un record historique, pendant que la production de logements très sociaux et sociaux s’effondre, avec seulement 1.000 financements en 2025, soit 41 % de moins en cinq ans.
C’est un abandon organisé.
Alors que les besoins explosent, l’effort de construction reste très en deçà. Seuls 1.300 logements locatifs sociaux sont produits chaque année, en recul de 30 % par rapport à la période précédente. Dans le même temps, plus de 8.600 logements financés ne sont toujours pas livrés. Des milliers de familles attendent, pendant que les dossiers s’empilent dans les tiroirs.
Pendant ce temps, la spéculation avance. Plus de 8.200 logements sont captés par Airbnb et les meublés touristiques, une explosion de 1.738 % en neuf ans. Plus de 20.000 logements privés restent vacants. Voilà le scandale : des familles vivent dans des conditions indignes ou dorment dehors, pendant que des logements restent vides ou transformés en machines à rente.
Et les plus pauvres paient l’addition. À la crise du logement s’ajoute celle du surendettement, avec une hausse de 20 % des dossiers en un an. Comment se loger quand les loyers atteignent des niveaux comparables aux zones tendues de la France, dans un territoire où la pauvreté atteint des niveaux jusqu’à cinq fois supérieurs ?
La violence sociale se lit aussi dans l’hébergement d’urgence saturé. Plus de 1.300 enfants n’ont pas été pris en charge par le 115 l’an dernier. Oui, des enfants dorment dehors à La Réunion. Et cela, dans le silence gêné des institutions.
Face à cette situation, les pouvoirs publics préfèrent trop souvent gérer la pénurie plutôt que combattre ses causes. On invoque les contraintes budgétaires, on se renvoie les responsabilités, on reporte les décisions. Pendant ce temps, 24.000 habitations précaires continuent de menacer la santé et la dignité de milliers de Réunionnais.
Pourtant, les solutions existent : relancer massivement le logement social, livrer les opérations bloquées, appliquer réellement le Logement d’abord, encadrer les loyers, réguler les meublés touristiques, mobiliser les logements vacants, renforcer la lutte contre l’habitat indigne.
Ce que révèle ce rapport, c’est que le mal-logement n’est pas seulement une crise sociale. C’est une crise politique.
Quand le droit au logement recule, c’est l’égalité qui vacille. Quand des enfants restent sans abri, c’est la République qui manque à sa parole.
Il est temps de rompre avec les grands renoncements. À La Réunion, le logement doit redevenir une priorité publique, pas une variable d’ajustement. Parce qu’un toit n’est pas un privilège. C’est un droit.
M.M.
4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
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