Selon le rapport de la Fondation Abbé Pierre

Les jeunes, premières victimes du mal-logement

3 février 2006

Les deux tiers des 10 millions de jeunes de moins de 30 ans que compte la France ont un travail précaire et sont les premières victimes de la crise du logement avec des loyers élevés et des bailleurs de plus en plus exigeants. C’est ce qui ressort du rapport 2006 de la Fondation Abbé Pierre paru mercredi dernier.

"Les jeunes sont particulièrement touchés par le chômage (1 jeune de moins de 25 ans sur 5) et les deux tiers d’entre eux environ accèdent à un travail sous une forme précaire (CDD, missions, intérim)". "Ces emplois représentent entre 60% et 80% des emplois proposés aux jeunes selon les régions considérées", affirme le rapport 2006 de la Fondation Abbé Pierre (voir synthèse dans notre édition d’hier).
Selon la Fondation, "la probabilité de se retrouver en sous-emploi est plus forte chez les moins de 25 ans, a fortiori s’ils sont non-diplômés et étrangers. Le taux de sous-emploi est maximal pour les 20-24 ans avec 9,5% des actifs occupés contre 5% des actifs en général".
Malgré cette situation, la plupart des jeunes qui cherchent à se loger sont contraints de se tourner vers le parc locatif privé, n’arrivant pas à accéder aux logements sociaux du fait de la faiblesse du nombre de petits logements dans les HLM, de la forte demande de familles nombreuses, et des conditions d’attribution, explique le rapport. Seuls 21% des jeunes accèdent à des logements sociaux.

Garanties exorbitantes

Mais dans le parc privé, "les portes du logement ne s’ouvrent pas facilement pour les jeunes du fait des craintes que suscite leur demande auprès des bailleurs (mobilité, impayés, troubles de voisinage), qui réclament alors des garanties parfois exorbitantes".
Conséquence, on estime à au moins 55% le nombre de jeunes de 19 à 26 ans vivant chez leurs parents, parmi lesquels 77% expliquent qu’ils n’ont tout simplement "pas les moyens" de partir.
D’autres, les plus pauvres, se retrouvent à la rue.
"Il y a un rajeunissement de la population qui vient dans les boutiques-solidarité, lieu pour les Sans domicile fixe. Parmi la population accueillie, il y a entre 25% et 30% de jeunes en galère dont la perspective est d’attendre 26 ans pour toucher le RMI, ou de faire un enfant pour bénéficier des aides sociales et de certaines priorités", déplore le délégué général de la Fondation, Patrick Doutreligne.
Et cette crise touche également de plus en plus des jeunes travailleurs plus intégrés avec une situation stable et des "ressources convenables si on les compare aux ressources moyennes des ménages".
"Avec un salaire net moyen de 1.000 à 1.500 euros, si on estime que le loyer doit représenter au maximum 25% du revenu, soit moins de 300 euros, ça n’existe pas dans les grandes villes", souligne Patrick Doutreligne, qui explique que cette situation touche des "assistantes sociales, des facteurs, des policiers, des secrétaires".
Une situation que viendra encore aggraver le Contrat première embauche (CPE). Celui-ci permettant aux entreprises d’embaucher des jeunes de moins de 26 ans avec la possibilité de les licencier sans justification pendant 2 ans.


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