APE : alerte générale sur les emplois à La Réunion, résultat de l’aliénation
9 juin, parRisque d’anéantissement des emplois liés à la production de richesses à La Réunion
Pour défendre le Livret A - 4 -
25 mai 2007

Qu’est-ce qu’une rente, et quel rapport avec le Livret A et le financement de l’Etat ? La faiblesse des finances princières, jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, était de dépendre du crédit de quelques grands préteurs particuliers qui fournissaient leur crédit comme un service personnel. Ce système était non seulement humiliant pour l’Etat qui n’avait pas de crédit propre, mais il plaçait l’Etat sous le contrôle des banquiers. C’était aussi d’un mauvais rendement, car les emprunts coûtaient trop cher et ne pouvaient être aussi importants que nécessaire. Il fallait sortir de ce cercle étroit et s’adresser à l’ensemble des détenteurs de fonds. C’est ainsi que naquit l’idée de l’épargne.
Le début du XIXe siècle, en effet, est la période de l’essor industriel. Seuls les pouvoirs publics, en Europe, semblaient capables d’en assumer la charge, le secteur privé n’en ayant ni le goût, ni les moyens. Les Anglais, par exemple, avaient fondé la Caisse d’épargne d’Etat en 1861 et ils en avaient confié la gestion à l’administration des Postes. C’est cette expérience qui a conduit, en France, à un décret en 1875 visant à permettre à la Poste de collecter l’épargne. Le but était de mieux toucher les régions rurales éloignées des Caisses d’épargne.
Avant l’ère industrielle, on ignorait les emprunts d’Etats amortissables en un remboursement par annuités - 20 ou 30 ans - selon un plan annoncé au moment où l’emprunt était émis. En France, l’Etat ne connaissait que deux moyens de se procurer de l’argent par emprunt :
- l’émission de rentes viagères par lesquelles des particuliers se dessaisissaient à son profit d’un capital contre une rente qui ne leur était due que de leur vivant (dans ce cas la dette publique était amortie par le décès du préteur) ;
- l’émission de rentes perpétuelles par lesquelles l’Etat, contre l’abandon d’un capital, aliénait un revenu à titre définitif au profit des titulaires successifs de la rente.
La rente « perpétuelle » (aujourd’hui tombé en désuétude), est donc celle qui ne s’achève en principe jamais puisqu’elle n’est pas assortie d’un délai de remboursement et qu’elle n’est donc pas amortissable. L’Etat n’est tenu qu’au paiement des intérêts et non pas au remboursement du capital. L’Etat, néanmoins, se réserve parfois le droit de dénoncer la rente ou de racheter les titres en Bourse.
Ce système s’est éteint pour deux raisons. D’une part, l’emprunt perpétuel, de son propre mouvement, ne fait que croître. Un Etat ne peut à la fois garder un crédit solide et voir sa dette augmenter sans limite au fil des ans, l’amortissement est donc apparu en Angleterre au début du XVIIIe siècle et s’est substitué à la rente perpétuelle. D’autre part, l’inflation a éliminé les rentiers. Les derniers fonds d’Etat perpétuels ont été remboursés, en France, début 1988. La rente perpétuelle a néanmoins ressuscité au profit surtout des entreprises et banques nationalisées avec les titres participatifs et les obligations subordonnées à durée indéterminée.
L’invention de l’épargne et de sa collecte a donc permis le financement du développement économique que les banques privées n’auraient jamais pu réaliser.
*J.Nikonoff,
Économiste,
Ex Président d’ATTAC FRANCE
Risque d’anéantissement des emplois liés à la production de richesses à La Réunion
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