Plan africain de plusieurs milliards contre le mal-logement

Logement, finance africaine et illusion européenne : La Réunion exclue par l’aliénation due au néocolonialisme

22 décembre 2025, par Manuel Marchal

Un vaste programme africain de financement du logement vient d’être lancé par la Banque africaine de développement et Nedbank. Pourtant, La Réunion, territoire africain par sa géographie et son histoire, en sera exclue. Prisonnière d’une fiction néocoloniale qui la prétend européenne, l’île reste confrontée à une grave pénurie de logements que l’État français refuse de traiter structurellement.

Le Groupe de la Banque africaine de développement et Nedbank Group viennent de signer un partenariat financier historique de plusieurs milliards d’euros pour stimuler l’accès au logement abordable et dynamiser le commerce africain. Ce programme ambitieux cible en priorité les femmes, les primo-accédants et les projets certifiés écologiques, tout en soutenant le commerce intra-africain par des mécanismes innovants de partage des risques.

Conséquence d’une illusion : faire croire que La Réunion serait en Europe et non en Afrique

Mais La Réunion, pourtant située dans l’océan Indien africain, ne pourra pas bénéficier de ce programme. Non pas par manque de besoins — ils sont immenses — mais en raison d’une construction politique et idéologique héritée du colonialisme : faire croire que La Réunion serait en Europe et non en Afrique. Ce récit, entretenu par Paris et la classe dominante privilégiée par le système néocolonial, permet de justifier son exclusion des grands dispositifs africains tout en la maintenant dans une dépendance structurelle.
La situation du logement à La Réunion est pourtant alarmante. Des dizaines de milliers de familles vivent dans des conditions précaires, l’offre de logements sociaux est largement insuffisante et les prix du foncier comme de la construction explosent. Cette crise perdure malgré l’abondance de fonds publics français et européens alloués aux collectivités locales. L’argent existe, mais il ne règle pas le problème.

La Réunion empêchée d’accéder à des leviers de développement

À l’inverse, le partenariat AfDB–Nedbank illustre une autre approche : mobilisation des marchés financiers africains, ciblage social clair, articulation entre logement, climat et inclusion économique. Il s’inscrit pleinement dans la stratégie décennale de la Banque africaine de développement visant à améliorer concrètement la qualité de vie des Africains. La Réunion, bien qu’africaine par sa géographie, reste enfermée dans un statut qui l’empêche d’accéder à ces leviers.
Ce paradoxe est au cœur du néocolonialisme français à La Réunion : maintenir l’illusion de l’égalité européenne tout en privant les Réunionnais de solutions adaptées à la crisel. En refusant d’inscrire pleinement La Réunion dans son espace africain et indianocéanique, l’État français la prive de financements structurants, notamment pour le logement, et perpétue une dépendance qui nourrit les inégalités.
Tant que cette fiction perdurera, les Réunionnais continueront de subir une crise du logement chronique, exclus des dynamiques africaines de développement, malgré les discours sur la solidarité et l’égalité. La question n’est donc pas seulement financière : elle est politique, géographique et décoloniale.

M.M.

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