Logement

Logement : l’urgence d’un autre système à La Réunion

Une réforme structurelle s’impose pour construire rapidement en nombre suffisant des logements avec un loyer adapté aux revenus des Réunionnais

Manuel Marchal / 29 juin 2021

48 heures après le deuxième tour des départementales et des régionales, la ministre du Logement est en visite à La Réunion. La situation du logement est un des indices les plus criants de la crise sociale à La Réunion. Compétence de l’État, la politique du logement montre la faillite de l’État dans ce domaine et la nécessité pour les Réunionnais de rechercher un autre modèle pour la production de logements sociaux adaptés à la capacité contributive des locataires.

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La première visite ministérielle suivant les régionales et départementales est celle d’Emmanuelle Wargon, ministre déléguée auprès de la ministre de la Transition écologique, chargée du logement. Le récent rapport de la Fondation Abbé Pierre a rappelé quelques données essentielles :

« La Fondation Abbé Pierre estime que plus de 100 000 personnes sont mal logées à La Réunion. De surcroit, près de 3 Réunionnais sur 10 sont touchés de près ou de loin par la crise du logement. Cette problématique est donc cruciale pour une grande partie de la population, et ce d’autant plus dans le contexte de crise sanitaire, économique et sociale actuelle. (…)
Selon l’Observatoire Réunionnais de l’Habitat Indigne, près de 18 000 bâtis sont recensés comme tels sur l’île. Or, les actions déployées par les acteurs réunionnais ne sont pas suffisantes pour couvrir l’ensemble des besoins. Les personnes impactées finissent par être épuisées, moralement et physiquement, au point de s’isoler socialement faute de pouvoir accueillir des proches dans un logement digne. »

Pour sa part, la Confédération nationale du Logement (CNL) estime à 33.000 le nombre de familles ayant droit à un logement social mais ne pouvant y accéder en raison de la pénurie. La CNL insiste également sur le prix excessif des loyers des logements sociaux à La Réunion, avec un des montants les plus élevés de toute la République, juste derrière Paris. Or, La Réunion n’est pas un des territoires où les richesses sont le plus équitablement réparties dans la République, loin de là : plus de 40 % des Réunionnais vivent sous le seuil de pauvreté, conséquence d’un système économique mettant de côté la moitié de la population en âge de travailler, condamnée à enchaîner les longues périodes de chômage entrecoupés de quelques contrats précaires. Ceci concerne en particulier les jeunes sortis de l’école, dont plus de la moitié sont au chômage. L’emigration vers la France constitue alors un moyen d’échapper à cette exclusion dans son propre pays.
Cette pénurie existe dans un contexte de hausse de la population. A la différence de la France, La Réunion a une démographie plus dynamique, une population plus jeune qui continuera d’augmenter pour atteindre le million d’habitants, soit une hausse de plus de 20 % à prévoir au cours des prochaines années, ce qui signifie plus de 150.000 logements neufs à construire durant cette période.

Construire rapidement 30.000 logements sociaux

Le problème du logement n’est donc pas nouveau à La Réunion. La réponse du gouvernement est un plan logement outre-mer qui s’accompagne à La Réunion d’une prise en main par Paris des bailleurs sociaux. Dans ce plan, deux groupes extérieurs, Action Logement et la CDC-Habitat sont devenus les acteurs dominants. La filiale de la CDC s’est d’ailleurs illustrée par la prise de contrôle de la SIDR. Rappelons également que l’argent de l’épargne destinée à financer le logement social transite par la CDC.
Cette recentralisation de la politique du logement social n’est pas de nature à aller dans le sens de la reconnaissance des spécificités. Le système actuel repose sur un coût de la construction trop élevé, qui est compensé par l’aide sociale apportée par l’allocation logement. Autrement dit, sans l’aide du contribuable, il est impossible à une personne ayant besoin d’un accompagnement social (RSA ou autre) d’entrer dans un logement social, car le montant du loyer peut être égal à celui du RSA.
Construire rapidement les logements sociaux nécessaires à un prix suffisamment bas pour ne pas nécessiter l’intervention de l’aide sociale, tel est le défi à relever à La Réunion.
La politique du logement est une compétence de l’État. Manifestement, l’État a donc failli dans ce domaine à La Réunion. Ce qui pose la question de la responsabilité des Réunionnais dans ce domaine.
Car il apparaît clairement qu’il est possible de régler rapidement ce problème, à condition de lancer un appel d’offres international pour la réalisation de 30.000 logements sociaux à La Réunion, employant un maximum de Réunionnais sur les chantiers.

M.M.