Logement

Logement : la crise s’aggrave à La Réunion

La CNL : tous dans l’action de 5 mars avec le COSPAR

Manuel Marchal / 2 mars 2009

La Confédération nationale du Logement a appelé samedi au rassemblement de tous les Réunionnais jeudi prochain pour faire avancer les revendications du COSPAR : « tous solidaires, pour éviter la division sur une revendication légitime pour l’ensemble des Réunionnais ». Car au-delà d’un marché, l’immobilier est avant tout le support du droit au logement, un droit de plus en plus inaccessible aux Réunionnais.

Y a-t-il un effet “COSPAR” à La Réunion ? C’est en tout cas ce que laisse penser la mobilisation croissante des forces vives du pays autour du Collectif des organisations syndicales politiques et associatives de La Réunion. Plusieurs dizaines d’organisations se sont rassemblées autour de quatre revendications essentielles pour la population : baisse de 20% des produits de première nécessité, baisse de 5 euros du prix du gaz, hausse de 200 euros des revenus les plus bas et gel des loyers. Ce dernier mot d’ordre était développé samedi par un des membres du COSPAR, la Confédération nationale du Logement.
A l’approche du 5 mars, la CNL sent également monter les appels de détresse de plus en plus nombreux de familles qui vivent dans l’insalubrité totale, dans les bidonvilles modernes ou qui sont sur-rendettées et risquent l’expulsion.

Déficit récurrent de 5.000 logements sociaux par an

56.000 logements dans le privé et 49.673 dans le parc social, 20.000 logements insalubres, 80% des Réunionnais éligibles à un logement social, ce sont les chiffres cités par la CNL. 86.900 familles touchent l’allocation logement. Cela représente une manne de 242 millions d’euros de fonds publics versés par an aux bailleurs, dont une bonne part est versée directement dans les caisses des propriétaires de logement(s).
Dans un pays où 52% des habitants vivent sous le seuil de pauvreté, force est de constater un décalage entre l’offre de logements et les capacités contributives de la population. 80% des Réunionnais sont en effet éligibles à un logement social. Mais avec moins de 50.000 unités, le parc social est insuffisant pour répondre à la demande. D’année en année, ce décalage ne cesse d’ailleurs de s’accroître. Et ce sont 26.000 familles qui sont « en souffrance », indique Erick Fontaine, administrateur de la CNL. Plusieurs facteurs expliquent cette crise structurelle.
C’est tout d’abord le nombre insuffisant de logements construits. Alors qu’il faudrait atteindre un rythme de 7.500 par an, à peine 2.000 sortent de terre. La faute à un mode de production à revoir, estime Jean-Michel Saingainy, président de la CNL Réunion. Chez un bailleur social, sur 13 appels d’offres lancés, 11 ont été infructueux. Jean-Michel Saingainy note que les délais de paiement sont de 90 jours, ce qui complique l’accès des TPE réunionnaises à ces chantiers. Or, les TPE constituent 90% du tissu économique réunionnais.
Une autre raison de la crise est la pénurie d’emploi, qui a pour conséquence une diminution des revenus des Réunionnais. Or, le taux d’effort demandé pour accéder à un logement social ne permet pas à ceux qui ont de trop faibles revenus d’y accéder. C’est par exemple le cas d’un travailleur qui ne gagne que 500 euros par mois et qui ne peut pas entrer dans un logement social dont le loyer est de 300 euros. Rejetées par ce système, ces familles vont trouver malgré tout à se loger dans le privé où des bailleurs sont moins exigeants sur la question du taux d’effort, mais où les loyers sont plus chers. Hier, la CNL a cité l’exemple de familles ayant 600 euros de revenus et devant payer dans le privé un loyer de 500 euros. Les ingrédients du sur-rendettement sont là, étant donnée la cherté de la vie à La Réunion. Et de plus en plus doivent faire le choix entre se nourrir et payer le loyer, ce qui amène à une véritable détresse sociale.

Des loyers trop élevés

L’origine de cette tragédie, ce sont des prix de loyers trop élevés dans le parc social. Dans plusieurs communes où la CNL a enquêté, il s’avère que le social tend à être maintenant aussi cher que dans le privé. Dans une commune où un bailleur social loue à 7,6 euros le mètre carré, l’Observatoire des loyers privés relève quant à lui une moyenne de 8,10 euros le mètre carré.
A ces prix trop élevés s’ajoute une inflation continue, due notamment au gonflement des charges. A La Réunion, les charges constituent entre 15 à 25% du montant du loyer chez les bailleurs sociaux. Cette inflation est supérieure à l’évolution des revenus des locataires. En moyenne, les locataires sont pour la moitié des personnes âgées. Et à La Réunion, le niveau des pensions est bien plus faible qu’en France, la moitié des retraités touchent en effet le minimum vieillesse, et la majorité vivent en dessous du seuil de pauvreté. Dans ces conditions, toute hausse du loyer est une amputation d’un pouvoir d’achat déjà très réduit.
Jean-Michel Saingainy constate également le manque de moyen pour l’application de la loi DALO. « Il faut construire des logements véritablement sociaux pour répondre aux demandes des Réunionnais », précise-t-il, avant de conclure : « le 5 mars, tous solidaires sur une revendication légitime pour l’ensemble des Réunionnais ».

Manuel Marchal


Ouvrir des perspectives pour la jeunesse réunionnaise

Stéphanie Ramin, étudiante, constate les difficultés qu’entraîne la pénurie de logements adaptés aux capacités contributives des familles à La Réunion. C’est tout d’abord le manque de logements étudiants, qui amène les jeunes à chercher dans le privé. A partir de là, il faut chercher un travail pour payer son loyer, ce qui est tout sauf facile dans un pays où le taux de chômage approche 25%.
Quant à la flambée des prix dans l’immobilier, où le mètre carré à construire se négocie rarement en dessous de 200 euros, cela l’amène à constater : « plus tard, je ne pourrai rien acheter, aucune maison, aucun terrain ».
Quant aux études, « on n’a pas forcément de débouchés ». D’où cette motivation de la jeunesse réunionnaise à faire bouger les choses : « nous aussi nous serons présents le 5 mars, le plus nombreux possible pour avancer ensemble ».
D’ici 20 ans, la population augmentera de 25%. Autant dire que c’est le moment ou jamais d’agir pour qu’à La Réunion, la politique du logement soit véritablement adaptée à la réalité réunionnaise.


Comment vivre avec une retraite à La Réunion ?

La CNL était l’invitée samedi d’une locataire d’un bailleur social. Au bout de 40 ans de travail dans une commune, elle ne touche qu’à peine 600 euros de retraite. Sur cette maigre pension, elle doit déduire 120 euros de loyer et 70 euros de mutuelle. Le reste sert à payer la nourriture et les factures.
Il est à noter que sans l’allocation logement, le loyer est de près de 300 euros pour ce logement social qu’elle occupe depuis huit ans.
Maigre pension, mais charges importantes : c’est le quotidien de près de la moitié des locataires des bailleurs sociaux à La Réunion. Eux aussi viendront unir leurs revendications à celles du COSPAR pour faire de la journée d’action du jeudi 5 mars un moyen pour créer un rapport de forces suffisant pour changer la donne.