Logement

Mal-logement : convention pour faire face à la « bombe à retardement » des loyers impayés

Partenariat entre la Fondation Abbé Pierre et la Caisse d’allocations familiales

Manuel Marchal / 24 juillet 2020

Le coronavirus et le confinement ont amplifié la crise sociale à La Réunion, cela se traduit par le risque d’une augmentation du volume des loyers impayés pour cause de baisse de revenus, et donc du risque d’expulsion alors que 20 % des Réunionnais vivent déjà dans un logement surpeuplé. La Fondation Abbé Pierre et la Caisse d’allocation familiales de La Réunion ont signé hier une convention visant à mieux lutter contre le mal-logement en prévenant les expulsions locatives. Par ailleurs, cette convention permettra mieux connaître la situation du mal-logement à l’échelle des communes et des intercommunalités pour évaluer l’action des élus.

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Suite à la publication du dernier éclairage régional sur l’état du mal-logement à La Réunion, le 17 juin dernier, Matthieu Hoarau, directeur régional de la Fondation Abbé Pierre et Frédéric Turblin, directeur de la Caisse d’allocations familiales de La Réunion ont signé hier un partenariat pour approfondir la connaissance sur le mal-logement à l’échelle communale et intercommunale. Cela permettra de suivre et évaluer l’action des maires et des présidents d’intercommunalité. En outre, ce partenariat offre la possibilité de travailler en étroite collaboration dans la lutte sur la non-décence, la prévention des expulsions locatives et l’accompagnement aux droits liés à l’habitat (ADLH) notamment via les 3 Boutiques Solidarités de la Fondation Abbé Pierre.

Expulsés pour une dette de moins de 500 euros

Les partenaires expliquent que le chiffre de 8000 signalements d’impayés de loyer risque de gonfler. La moitié des dettes locatives est inférieure à 490 euros. Matthieu Hoarau déplore des moyens humains pas suffisants pour analyser et proposer des solutions. « La crise a révélé les problèmes que la convention souhaite aborder », précise le directeur de la Fondation Abbé Pierre à La Réunion.
« Les impayés de loyer à cause du confinement sont une bombe à retardement », poursuit-il. « Ce volume conséquent risque de grandir, il faut recréer le circuit qui permet aux gens de joindre les 2 bouts », et de souligner qu’en France, la Fondation Abbe Pierre demande un fonds d’urgence de 200 millions d’euros pour couvrir ces impayés liés au confinement.

Impact de la crise sur l’économie informelle

Frédéric Turblin, directeur de la CAF de La Réunion, constate que la crise du coronavirus et le confinement ont rappelé l’existence de situations inacceptables à La Réunion. Pour les travailleurs déclarés, des mesures ont été mises en œuvre pour amortir le choc, notamment la prise en charge d’une grande partie du chômage partiel par l’État. Mais pour les personnes qui travaillent dans l’économie informelle, l’activité a incontestablement diminué depuis le début de la crise, mais sans que cette perte ne puisse être compensée parce que ces travailleurs ne sont pas déclarés. En conséquence, la baisse de revenu peut avoir pour effet des impayés de loyer pouvant déboucher sur une expulsion. La convention signée hier entre la CAF et la Fondation Abbé Pierre vise à anticiper ces situations pour éviter qu’à une crise s’ajoute celle du mal-logement pour une famille.

Bombe à retardement

D’où ce rappel adressé en particulier en direction des employeurs afin que tous les salariés soient déclarés. Et de conclure en indiquant qu’il existe le dispositif de la Prime d’activité. Son montant peut aller jusqu’à 250 euros par mois, et elle a notamment pour objectif de faciliter l’accès à un travail déclaré.
C’est pourquoi l’objectif est de rapprocher les services sociaux des personnes concernées par l’expulsion. Cela est d’autant plus important qu’il suffit d’une décision pour faire basculer la vie d’une famille dans la précarité et la mal-logement : « des congés pour reprise ou vente à la la limite de la légalité, poussent vers la précarité des familles qui n’avaient pas de problème pour payer leur loyer », dit en substance le directeur régional de la Fondation Abbé Pierre. Dans l’urgence, c’est la recherche d’hébergement chez un tiers, or « 20 pour cent des familles vivent déjà dans un logement surpeuplé ».

407 millions d’euros d’allocations logement,

Frédéric Turblin, directeur de la CAF de La Réunion, rappelle que l’allocation logement représente une aide globale annuelle de 407 millions d’euros pour aider à payer un loyer trop cher par rapport aux revenus. Cette aide concerne un tiers de la population.
La CAF rappelle quelques grands chantiers, notamment la lutte contre la fraude. Dans le domaine du logement, cela vise essentiellement « la moralisation du secteur au niveau des bailleurs », autrement dit, la lutte « contre les marchands de sommeil ».

M.M.