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Mettre fin à la pénurie de logements sociaux dans le cadre actuel, comment ?

Marche pour le logement aujourd’hui

samedi 23 septembre 2023, par Manuel Marchal


La marche pour le logement organisée ce jour par la CNL met le doigt sur un problème qui persiste depuis l’époque coloniale à La Réunion. La recentralisation du logement social a vu la prise de contrôle de la plupart des bailleurs d’une part par une filiale de la banque qui collecte l’épargne qui finance le logement social, la CDC, et d’autre part par Action logement qui collecte la contribution des entreprises au financement du logement social. Malgré tous leurs efforts, ces grands groupes français ne pourront régler la crise du logement à La Réunion. Pour éviter la reproduction de nouvelles marches pour le logement, il est donc nécessaire de remettre en cause le cadre pour donner les moyens aux pouvoirs publics de construire rapidement les 30 000 logements sociaux au minimum qui font défaut.


A l’initiative de la CNL a lieu ce samedi une marche pour le logement. Elle a lieu trois jours après la présentation des résultats et des perspectives de la CDC-Habitat, un des deux principaux bailleurs sociaux de La Réunion via ses filiales SIDR, SEMADER, SODIAC. Devenu actionnaire de référence de la SEMAC après l’achat des parts vendues par la Mairie de Saint-Benoît, la CDC-Habitat va donc détenir plus que ses actuels 42.000 logements sociaux gérés.
Lors de la présentation des perspectives à La Réunion, CDC-Habitat a annoncé s’engager à construire 1000 logements par an pendant 10 ans : 500 par an par la SIDR, 350 par an pour la SEMADER et 150 par an par la SODIAC. En 2022, 724 logements étaient en chantier.
Rappelons que CDC-Habitat est une filiale de la Caisse des dépôts et consignations. Cette dernière est la banque des collectivités. « Entre autres missions, elle conseille et finance les acteurs de l’habitat social pour soutenir leurs investissements dans tous les territoires, mais également les collectivités locales, les entreprises publiques locales et des professions juridique », précise le site web de la « Banque des territoires », qui revendique 11,7 milliards d’euros de prêts pour le logement social.
A La Réunion, la banque qui collecte l’épargne du livret A, la plus populaire des Réunionnais, prête donc de l’argent à une de ses filiales. Ceci force aboutit au résultat suivant : 1000 logements par an pendant 10 ans soit 10000 logements construits d’ici 2033-2034.

Emanations d’importants groupes français quasi-étatiques

L’autre acteur important du logement social à La Réunion est la SHLMR. C’est la filiale d’un autre groupe français, Action logement. Elle détient près de 28000 logements à La Réunion. En 2021, elle a livré 721 logements, tandis que cette même année 1093 étaient en chantier. Les dizaines de milliers de locataires de la SHLMR permettent à la filiale d’Action habitat de déclarer 14,3 millions d’euros de résultat net en 2021.
Action logement est le collecteur unique de la Participation des Employeurs à l’Effort de Construction (PEEC), le « 1 % logement ». Depuis 1992, la PEEC est fixée à 0,45 % de la masse salariale de l’entreprise. Action logement est un groupe co-géré par le principaux syndicats de salariés et de patrons français. En 2022, sur 4,6 milliards d’euros d’aides aux bailleurs sociaux, 818 millions d’euros ont été des prêts aux filiales, 300 millions d’euros de fonds propres pour les filiales et 192 millions d’euros de subventions pour les filiales.
Action logement est donc un groupe doté d’important moyens financiers, et qui peut donc prêter de l’argent à sa filiale à La Réunion. Ceci aboutit au résultat suivant : 721 logements construits en 2021.

2300 logements financés chaque année, plus de 30000 demandes

Sachant que SHLMR « pèse » maintenant moins que CDC-Habitat à La Réunion, on peut éventuellement considérer que le rythme d’environ 750 logements pourrait être maintenu pendant 10 ans. En additionnant donc les productions possibles des filiales de ces deux grands groupes quasi-étatiques français, cela donnerait entre 1500 et 2000 logements sociaux nouveaux par an à La Réunion.
Ce nombre est à mettre en rapport avec la demande : plus de 30 000 familles ayant droit à un logement social en sont privées à cause de la pénurie. Selon la Fondation Abbé Pierre, 140 000 personnes souffrent du mal-logement à La Réunion ou d’absence d’un logement personnel. La Fondation note que 2300 logements sociaux par an sont financés en moyenne alors que ce nombre était de 4000 entre 2011 et 2014.
Malgré toute leur force de frappe, CDC-Habitat et Action logement n’ont pas les moyens à La Réunion de mettre rapidement fin à la crise du logement. Et cela d’autant plus qu’à la différence de la France, La Réunion a une démographie dynamique malgré une émigration plus forte que l’immigration. Cela signifie mécaniquement un nombre important de nouveaux demandeurs de logement social chaque année, compte tenu du chômage massif et des faibles salaires perçus par la majorité des travailleurs.

La recentralisation du logement social n’a pas réglé le problème

Dans le domaine du logement, CDC-Habitat et Action logement font manifestement ce qu’ils peuvent à La Réunion. Mais compte tenu du cadre actuel, il n’est pas possible de remettre en cause la crise du logement causée par une importante pénurie dans le parc social.
Auparavant, les bailleurs sociaux étaient sous la responsabilité d’élus locaux, ce qui leur donnait un important droit de regard dans la gestion des logements. Paris a voulu enlever cette prérogative en créant les conditions pour que la CDC-Habitat et Action logement prennent le contrôle des bailleurs sociaux à La Réunion à la place des collectivités. Ceci permettait de raccourcir le circuit entre le banquier et le bailleur social, puisque les deux sont maintenant dans le même groupe.
Manifestement, cette reprise en main par Paris ne donne pas les résultats qui devraient être à la hauteur de la puissance financière de ces groupes : ils ne sont pas capables de construire rapidement 30000 logements sociaux accessibles sans aide à une personne avec un revenu minimum.
La solution à ce problème n’est donc toujours pas trouvée. Or, c’est une urgence sociale.
Il appartient donc à Paris de faire le nécessaire pour changer le cadre afin que le droit à un logement décent puisse être enfin garanti à tous les Réunionnais. Si Paris n’y arrive pas, pourquoi ne pas confier cette responsabilité aux décideurs réunionnais avec un cadre législatif adapté. En effet, il doit bien exister dans le monde une société capable de construire 30 000 logements pas chers et de qualité en peu de temps.

M.M.


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