« Le droit au logement opposable » ? Ce qu’ils en pensent

Nous sommes loin du compte

Georges Madarassou, président de “Un toit pour vivre”

3 janvier 2007

D’abord trésorier, puis président de “Un toit pour vivre” à sa séparation d’avec la Fondation Abbé Pierre, Georges Madarassou fait part du « désespoir des laissés pour comptes » de la société.

« Le mot “opposable” signifie que l’absence de logement peut être porté devant une instance juridique, qui tranchera. Tout citoyen doit être logé. Or, on parle de “logement social”, mais un logement n’a pas à être “social”, parce qu’alors, on a tendance à les parquer loin des milieux urbains. Nous avons vécu cela, à Montgaillard en 1995, avec l’Abbé Pierre... Au jour d’aujourd’hui, il faut du foncier et c’est un problème pour tous les maires.
Je ne suis pas pessimiste, mais je ne vois pas comment sortir de la situation actuelle, si ce n’est par le travail d’une part et, à titre provisoire, en proposant des co-locations à prix abordables pour des couples. Il serait possible de proposer des F4-F5 à deux ou trois couples, provisoirement.
A long terme, je ne vois pas d’autre solution que le travail : la puissance d’un peuple, c’est sa main d’œuvre. Avec un travail et avec des revenus suffisants, les gens pourraient trouver un logement par eux-mêmes.
C’est le gros problème aujourd’hui : il y a trop de laissés pour compte qui ne pourront refaire surface que par le travail. S’il n’y a pas de travail, il n’y a pas de logement non plus. Ou alors, des logements pour “laissés pour compte”. Trop de gens vivent aujourd’hui dans une extrême pauvreté, y compris en France. J’ai été surpris par le niveau de souffrances trouvé là-bas. J’ai écouté le président Chirac : « La France est forte, la France est belle... » Les Français sont des gens « de talent... »
Alors, il faut arrêter de délocaliser, pour donner du travail à tous. On dit “Liberté, égalité fraternité”, mais tant qu’on délocalisera des entreprises, il n’y aura plus de fraternité. Le président Chirac est un bon orateur, reconnu comme tel et les mots qu’il a prononcés sont intéressants, mais dans la pratique, nous sommes loin du compte. »

• Jean-Hugues Ratenon, président d’“Agir Pou Nout Tout”

La voix des sans logement et des mal-logés

« On peut quand même s’étonner que le Président attende la fin d’un deuxième mandat pour dire que le droit au logement doit être appliqué. Mais c’est une bonne chose et il faut que la population aille dans ce sens, et que l’ensemble des partis politiques appuie cette action. Tout en approuvant la démarche, on s’étonne un peu... Il reste quelques mois de gouvernance et le gouvernement peut encore proposer un texte de loi : pourquoi ne pas mettre en place très rapidement la mesure ?
Est-ce possible ? Ce serait bien que, très rapidement, les candidats à la présidentielle fassent leur cette revendication, qui va dans le sens de la justice sociale. Et que ce problème devienne un enjeu de la campagne électorale. Sur un problème aussi grave - qui touche la France et encore plus La Réunion - tous les candidats devraient reprendre cette revendication. En tous cas, à La Réunion, où ce problème est aigu, tous les responsables politiques devraient s’impliquer beaucoup plus dans la mise en œuvre de cette mesure.
Nous avons à La Réunion une Confédération nationale du Logement (CNL) qui est représentée chez les plus gros bailleurs. Aussi les locataires et les demandeurs de logement peuvent se rapprocher de cette instance pour faire entendre la voix des sans logement et des mal logés. »


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Témoignages - 82e année


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