Logement

Plus de 80.000 Réunionnais « en situation de mal-logement »

Rapport 2017 de la Fondation Abbé Pierre : confirmation d’un système en plein échec

Manuel Marchal / 26 avril 2018

Mathieu Hoarau, directeur régional et Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre ont présenté hier à la presse le rapport 2017 sur le mal-logement à la Boutique solidarité de Saint-Denis. Selon ce document, un Réunionnais sur dix sont en situation de mal-logement, cela fait plus de 80.000 personnes. Et les mesures prises par les pouvoirs publics n’annoncent pas d’amélioration.

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Photo Toniox.

La Fondation Abbé Pierre présente officiellement aujourd’hui au Cinépalmes à Sainte-Marie son rapport 2017 sur le mal-logement. Ce document a été distribué hier à la presse et commenté par Mathieu Hoarau, directeur régional de la Fondation Abbé Pierre, et Christophe Robert, délégué général. Après la présentation des données pour la France, il a été question du volet réunionnais du rapport.

Mathieu Hoarau explique qu’un Réunionnais sur dix sont en situation de mal-logement. Les victimes du mal-logement sont plus nombreuses.
Dans le détail, il y a autour de 12.000 personnes en hébergement contraint, entre 2.700 SDF à La Réunion, dont 300 personnes à la rue.
Les dispositifs d’urgence sont saturés, 40.000 appels au 115 en 2017, et 60 % des demandes n’aboutissent pas à une proposition d’hébergement.

La Fondation Abbé Pierre note également 60 % des familles à La Réunion sont éligibles au logement très social. 28.000 demandes ont été faites l’an dernier pour 8.000 attributions. La construction diminue, avec 2.300 nouveaux logements l’an passé. À ce volume trop faible s’ajoute une autre difficulté, car les logements proposé ont des niveaux de loyer trop élevé. La moitié des Réunionais gagne moins de 1.000 euros par mois, et un tiers dépendent du RSA. 340.000 personnes sont sous le seuil de pauvreté. Il est donc difficile d’accéder au logement et de s’y maintenir.

17.000 logements indignes

Sur ce dernier point, la Fondation Abbé Pierre relève 1.468 assignations au tribunal pour impayé de loyer l’an dernier, et plus de 100 expulsions avec le concours de la force publique, ce qui constitue un record.

Le rapport dénombre également 28.000 logements vacants à La Réunion. L’utilisation d’une partie de ce potentiel pourrait réduire la tension.
Le mal-logement se décline également par 17.000 logements indignes à La Réunion. 20 % des familles sont en situation de surpeuplement. 35 % de ces personnes sont dans le parc social. Les impacts sociaux sont notamment les problèmes de santé, et une scolarité plus difficile des enfants.

Si 60 % de la population est éligible à un logement très social, il n’y a que 22,5 % de logements sociaux à La Réunion, avec des communes qui ne respectent pas SRU imposant un seuil de 20 % de logements sociaux. Ceci a pour effet une concentration des populations les plus précaires.

Priorité aux LLS et LLTS

La Fondation Abbé Pierre plaide pour l’extension à La Réunion du « Plan logement d’abord » du gouvernement, qui prévoit un objectif chiffré en hausse pour la construction de logements très sociaux. Cela suppose un réexamen de la candidature de notre île pour intégrer ce projet, car La Réunion a été recalée du fait d’un dossier pas assez solide.

La présentation du rapport met l’accent sur un problème essentiel : des loyers trop élevé y compris dans le parc social. Pour la Fondation, il est nécessaire de consacrer prioritairement les moyens des bailleurs sociaux dans la construction de LLS et LLTS. Car ce sont les logements qui correspondent le plus aux capacités contributives des Réunionnais.

M.M.