Des bidonvilles à La Réunion au 21ème siècle

Un manque crucial de logements pour les plus démunis

12 juillet 2004

Le Conseil départemental de l’habitat réuni vendredi dernier a souligné le manque préoccupant de logements sociaux à La Réunion (voir “Témoignages” de samedi). Et le Plan de cohésion sociale annoncé par le ministre Jean-Louis Borloo ne prévoit pas les mesures attendues par les Réunionnais sur ce point : « Moins de logements sociaux en 2004 », titrait “Le Quotidien” de samedi. Inquiétant quand on voit la misère qui règne dans les nombreux bidonvilles de La Réunion. Visite dans un immeuble insalubre à Sainte-Clotilde.

"Au 21ème siècle, ce n’est pas possible de vivre dans de telles conditions. Ça me rappelle quand j’étais petit", nous a déclaré un Dionysien qui a souhaité nous faire visiter un immeuble de Sainte-Clotilde dans un état lamentable. Au vu de ce qu’il nous a montré, aujourd’hui il existe encore des Réunionnais, mais également des immigrants malgaches, mahorais et comoriens qui vivent au quotidien dans des conditions inhumaines.
L’immeuble en question jouxte le Quick de Sainte-Clotilde. On y trouve des appartements de deux pièces : une salle d’eau avec WC de 2 mètres carrés et une “pièce de vie” qui ne fait même pas 14 mètres carrés. Une fois qu’on y a posé quelques meubles, il n’y plus d’espace.
En prenant les escaliers pour aller rencontrer les habitants, nous avons constaté la non-conformité des lieux aux règles élémentaires de sécurité et de santé : des installations électriques totalement prohibées, un seul accès de secours, murs troués, le toit d’un locataire servant de déchetterie, les boîtes aux lettres posées sur des pierres de construction, aucune aération...
L’insalubrité des locaux est flagrante et d’innombrables dangers menacent la vie des locataires (ils peuvent à tout moment être électrocutés).
Les studios sont pourtant loués à 335 euros (soit 2.200 francs). Remboursés - il est vrai - jusqu’à hauteur de 214,99 euros (soit 1.410 francs) par la CAF, envoyés directement au marchand de sommeil, propriétaire de ce bâtiment. "Mi koné pa konbien’n foi moin la parti voir la CAF pou ésèy èsplik azot. Mé ousa mi sava Monsieur, moin lé oblizé rèss la minm si i done pa moin ot shoz pou dor dedan ?", nous a confié une locataire.

Un problème politique

À cause d’un manque crucial de logements décents et peu chers, le demandeur est obligé d’accepter des conditions de vie décrites plus haut. Et en y mettant le prix, s’il vous plaît.
La locataire disait ne pas comprendre qu’il faille dépenser 120 euros, ce qui n’est pas rien sur un RMI. Dans ces studios vivent souvent des couples, parfois avec un ou plusieurs enfants. On y fait la cuisine, la vaisselle, on dort... on y fait tout. Il faut payer 335 euros pour une cuisine dans la chambre.
Jessica Langlade, qui vit dans ces conditions, en a plus qu’assez. Elle n’arrête pourtant pas d’effectuer des démarches pour offrir un autre cadre de vie à sa fille de 3 ans avec qui elle vit seule. Cela fait maintenant 4 ans que la jeune mère de 22 ans vit dans cet espace exigu. Elle espère aujourd’hui que l’assistante sociale du Conseil général, qui l’aide dans ses démarches, pourra faire en sorte que sa fille et elle puissent vivre dans un logement décent.
Marie-Paule Latchimy, qui fêtera ses 55 ans en octobre, est la doyenne de l’immeuble. Faute de mieux, elle s’est résignée à vivre dans ces conditions insoutenables avec son compagnon. Tous deux RMIstes, ils ne cherchent même plus à savoir quand ils vivront dans une maison confortable.
Le problème est politique. Et il risque de durer encore longtemps si le gouvernement ne prend pas en compte les propositions réunionnaises pour le logement.

Bbj


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Témoignages - 82e année


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