Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
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Le logement social à La Réunion en panne - 1 -
27 juin 2005

Les constats faits sur le terrain, les propos tenus par des promoteurs qui affirment construire de moins en moins de logements sociaux, les indicateurs enfin indiquent bien que nous sommes dans une véritable situation de crise dans la politique de l’habitat social. Une crise comme La Réunion n’en a jamais connue et dont les conséquences au quotidien se font lourdement sentir pour les personnes privées du droit au logement.
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La situation de La Réunion est marquée par son contexte social extrêmement difficile. Les données que l’on met souvent en avant concernent le nombre de érémistes, celui des personnes couvertes par la CMU (un Réunionnais sur deux) ou encore le nombre d’illettrés. On met aussi l’accent sur le fort taux de chômage de l’île. Il y aurait bien sur le terrain au moins deux mondes à La Réunion : celle d’en bas qui vivote et celle d’en haut qui vit bien.
Une situation qui se retrouve dans le domaine du logement où un seul constat s’impose : la construction de logements sociaux est en panne. Un constat que l’on peut lire sur le terrain où les logements surpeuplés sont légion ou encore dans les propos tenus souvent en privé par des promoteurs qui n’hésitent pas à reconnaître que faire du logement social est de plus en plus difficile. Un constat qui se lit aussi à travers de nombreux paramètres.
Forte chute de la production
D’abord on ne peut que constater une forte chute de la production. On est passé de 9.446 logements locatifs sociaux livrés (soit environ 1.900 par an) pour la période 1990-94 à 12. 271 logements locatifs sociaux livrés (soit environ 2.500 par an) pour la période 1995-99 à 7.515 logements locatifs sociaux livrés, soit 1 500 par an, à quoi on ajoute 1.500 LES et PTZ (Prêt à taux zéro) pour l’accession à la propriété, ce qui fait un total de 3.000 soit 50% de l’objectif pour la période 2000-04.
Pour 2005, on peut raisonnablement estimer que la chute va s’accentuer : on ne construira que 1.000 logements locatifs seulement et 1.000 LES et PTZ. Soit le tiers de l’objectif.
Nombre élevé des demandeurs de logement
Autre signe inquiétant : le nombre élevé des demandeurs de logement.
À la fin 2004, 25.000 ménages avaient déposé un dossier de demande de logement social auprès d’un ou plusieurs bailleurs.
Et cela ne représente pas la totalité des ménages ayant un besoin réel de logements : devant l’accumulation des difficultés, certains renoncent à déposer des demandes de logements ; d’une part, on recense 24.000 logements classés insalubres, tandis que la suroccupation des logements, d’autre part, est un phénomène de plus en plus fréquent.
Tension accrue sur le locatif social
On constate aussi une tension accrue sur le marché du logement locatif social : le taux de rotation est passé de près de 11% en 2001 à moins de 9% en 2004.
Ce phénomène est observé alors que dans le secteur social, le prix du loyer (charges et dépendances comprises) a augmenté. Il est passé de 2,64 euros au mètre carré en 1988 à 3,78 en 1994 et à 4,41 en 1997.
Prolifération de l’habitat spontané
Enfin, on constate une prolifération de l’habitat spontané souvent insalubre : environ 3.000 constructions sans permis par an.
Le défi à relever
Ces données doivent être analysées et resituées en fonction des objectifs de la construction de logements à La Réunion. Celles-ci s’inscrivent dans la perspective du million d’habitants que La Réunion atteindrait vers 2025, soit dans une vingtaine d’années.
Avec 250.000 habitants en plus, c’est 180.000 logements qu’il faudra construire, à l’exclusion de ceux qui seront à réhabiliter. Soit donc une moyenne de 9.000 logements neufs par an, dont 6.000 logements sociaux. 180.000 logements c’est un peu plus que le parc total de logements de l’île en 1990 : 176.581, dont 7.462 “habitats de fortune”, c’est-à-dire de bidonvilles.
Il faudrait construire en 25 ans le même nombre de logements que l’île a accumulés sur plus de trois siècles. Voilà le défi qu’il faut relever !
(à suivre)
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