Logement

Vers une aggravation de la crise du logement social ?

Poursuite de la grève à la SIDR, annonce d’un déficit de 15 millions d’euros à la SOGEDIS et vote de la loi ELAN

Manuel Marchal / 13 juin 2018

La grève continue à la SIDR. Pendant ce temps, la SOGEDIS annonce un déficit de 15 millions d’euros. Cela se passe au moment où le gouvernement a fait passer sur le plan national de 8.800 à 40.000 le nombre de logements sociaux que les bailleurs sociaux pourront mettre en vente chaque année, soit 1 % du patrimoine. Les propriétaires de HLM sont donc encouragés à vendre à des acquéreurs qui pourront être des sociétés immobilières privées. Aussi, la baisse des effectifs à la SIDR suscite des inquiétudes légitimes.

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A La Réunion, plus de 40 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Plus de 70 ans après l’abolition du statut colonial, la crise du logement n’a toujours pas été résolue. Dans son dernier rapport sur le sujet, la Fondation Abbé Pierre indiquait qu’en 2017, 80.000 Réunionnais étaient dans une situation de mal-logement. Notre île souffre d’une pénurie de logements adaptées aux capacités contributives de leurs occupants. Plus de 20.000 demandes de logement social ne sont pas satisfaites. C’est pourquoi ce secteur est scruté attentivement.

1% du parc social à vendre par an

Le gouvernement a fait voter une loi qui amène des changements. La loi dite ELAN ne se contente pas de faire passer de 100 % à 10 % la proportion de logements neufs accessibles aux personnes porteuses de handicap. Elle fait passer de 8.800 à 40.000 le nombre de logements sociaux que les sociétés de HLM pourront vendre chaque année sur le territoire de la République.

Le 25 avril dernier, Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre, avait souligné la politique d’austérité menée par le gouvernement dans ce domaine. Les subventions versées aux bailleurs sociaux seront en baisse de 800 millions d’euros en 2018 et 2019, et de 1,5 milliard d’euros en 2020. Dans le même temps, le gouvernement encourage les organismes HLM à vendre 1 % du parc social chaque année. C’est donc un changement du mode de financement des bailleurs sociaux qui se profile, passant par la vente d’une partie de leur patrimoine chaque année pour faire face à la baisse des subventions.

Nouveau mode de financement ?

C’est dans ce contexte qu’ont lieu deux événements dans ce secteur. C’est tout d’abord l’annonce d’un déficit de 15 millions d’euros de la SOGEDIS. Dans un communiqué diffusé hier, André Thien Ah Koon, maire du Tampon, a appelé ses collègues du Sud ainsi que les autres collectivités à se mobiliser pour sauver une société qui gère 3.400 logements.

C’est ensuite la grève à la SIDR. L’inquiétude s’y est amplifiée avec le vote d’une loi soutenue par Ericka Bareigts qui a permis à une filiale de la Caisse des dépôts et consignation de devenir l’actionnaire de référence du plus important bailleur social de La Réunion. Les travailleurs dénoncent la baisse continue des effectifs alors que la charge de travail augmente. Au moment du débat parlementaire, plusieurs élus avaient fait part de leur crainte que le transfert de la direction politique de la SIDR à la filiale d’une banque ne provoque une course au profit. Cette crainte peut se trouver confortée par la loi ELAN. Le texte encourage en effet les bailleurs sociaux à vendre du patrimoine. S’ils vendent, alors ils ont besoin de moins de personnel car le patrimoine à gérer diminue. Dans ce contexte, la baisse des effectifs à la SIDR suscite des inquiétudes légitimes. Les effets ne concernent pas seulement les travailleurs de la société de HLM, mais aussi toutes les familles qui ont droit à un logement social mais qui ne peuvent voir aboutir favorablement leur demande pour le moment.

M.M.