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Dialogue social bloqué avec la direction d’une filiale de Toyota Tsusho
4 décembre 2013, par

C’était hier le 16e jour de grève à Citroën. La veille, des négociations avec la direction ont échoué. Ce blocage montre que le patronat n’hésite plus à miser sur l’usure pour tenter de faire plier les travailleurs. Cette méthode est facilitée par la délocalisation des responsabilités, car les véritables patrons de Citroën à La Réunion sont les Japonais de Toyota Tsusho.
Le 28 janvier 2011, la Compagnie française d’Afrique occidentale (CFAO) a racheté Foucque Automobile aux prises à de graves difficultés. Depuis cette date, la société qui importe Citroën à La Réunion n’est plus dirigée par des Réunionnais. Comme son nom l’indique, CFAO a été fondée par des capitalistes français qui ont profité de l’expansion coloniale de la France pour s’enrichir en Afrique de l’Ouest. C’est un groupe de distribution de produits manufacturés, et il a des filiales principalement dans les anciennes colonies françaises : Afrique de l’Ouest, Madagascar, et collectivités d’Outre-mer.
Le rachat de Foucque Automobile par CFAO marquait une victoire symbolique du capitalisme français, qui arrivait à mettre la main sur un groupe réunionnais important. Via CMM, CFAO détenait désormais l’exclusivité de la distribution de Citroën, Ford, Toyota et Volvo.
Mais à peine 18 mois après cette prise de contrôle, la CFAO était la cible d’une OPA de Toyota Tsusho, un fonds d’investissement japonais. En quelques mois, les Français allaient plier face à la puissance des capitalistes japonais. En décembre 2012, Toyota Tsusho détenait 97% du capital, et 95% des droits de vote.
En moins de 2 ans, l’importateur Citroën est donc devenu la propriété d’un des plus importants fonds d’investissement japonais, présent dans 165 pays.
À La Réunion, quand le patron est Réunionnais, les conditions du dialogue social sont déjà difficiles, mais que dire quand la société n’est plus que la filiale d’un groupe japonais.
Cela faisait hier 16 jours que les travailleurs de Citroën étaient en grève. Ils sont soutenus par la CGT-CMR et dénoncent la répression visant plusieurs d’entre eux. Un salarié a été mis à pied, et lors d’une réunion de médiation lundi, les grévistes ont appris qu’un autre a été sanctionné.
Hier, la tension est montée devant la concession Toyota de la Technopole à Saint-Denis. C’est en effet là que les travailleurs de Citroën ont dressé un piquet de grève, en face des bureaux de la direction de CFAO-Réunion.
Pour se faire entendre, les grévistes ont mis en place un barrage filtrant, et brûlé plusieurs pneus. Après l’échec de la médiation de la veille à la Direction du travail, la situation était toujours bloquée.
Ce pourrissement du conflit n’est pas sans rappeler les longues grèves de la STAR à Sainte-Marie, de Carrefour à Sainte-Suzanne, de la SERMAT au Port, ou d’Automobile Réunion. Toutes ces entreprises ont comme point commun d’appartenir à des groupes extérieurs. Ce qui signifie que les directions réunionnaises de ces entreprises doivent rendre compte à l’étranger avant de prendre des décisions importantes.
Peu à peu, les Réunionnais perdent le pouvoir de décider au sein des entreprises qui font des profits à La Réunion. C’est la conséquence de la faillite des capitalistes réunionnais qui n’ont pas su maintenir à La Réunion le centre des décisions de l’économie réunionnaise. C’est aussi la logique de l’intégration contre les initiatives visant à faire émerger une économie réunionnaise dirigée par des groupes ayant leur centre d’intérêt à La Réunion.
M.M.
Avec les groupes extérieurs à La Réunion
Les dernières grandes grèves à La Réunion ont concerné des sociétés réunionnaises appartenant à des groupes extérieurs, sauf pour la CILAM, filiale de l’URCOOPA. À plusieurs reprises, la justice a été utilisée par les patrons pour tenter de casser la grève. Mis à part Citroën, les revendications portaient sur des augmentations de salaire d’au maximum 50 euros, soit l’équivalent de la prime COSPAR, ou la moitié du RSTA supprimé par le gouvernement.
| Nom de la société à La Réunion | Véritable patron | Durée de la grève |
|---|---|---|
| STAR | Sita France, filiale de Suez environnement (France) | 11 jours |
| Carrefour Sainte-Suzanne | Groupe Bernard Hayot (Martinique) | 17 jours |
| SERMAT | GIE ayant pour actionnaire des filiales de Bolloré, Groupe Georges Michel et SOMACOM. SERMAT est un sous-traitant d’une filiale de Kalmar (Finlande) | 19 jours |
| CILAM | Filiale de l’URCOOPA (La Réunion) | 11 jours |
| SHLMR | Groupe Solendi (France) et Caisse d’Epargne (France) | 10 jours |
| Automobile Réunion (Renault) | Groupe Bernard Hayot (Martinique) | 13 jours |
| Citroën Réunion | CFAO, filiale de Toyota Tshusho (Japon) | 17 jours (en cours) |
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