Luttes sociales

1er mai 2020 : déclaration de la CGTR

Confinement et Fête des travailleurs

Témoignages.re / 30 avril 2020

Voici le texte de l’adresse aux travailleurs publiée par la CGTR sous la signature de son secrétaire général, Ivan Hoareau, à l’occasion de ce 1er mai 2020.

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Pour la première fois, nous n’aurons pas le plaisir de la retrouvaille fraternelle du 1er Mai. Le rapport désastreux de l’homme envers la nature est passé par là. La recherche du profit à tout prix a un prix. Et il se chiffre, en l’espèce, en milliers de vie humaine, les travailleurs et surtout les défavorisés payant le plus lourd tribut.

Révélateur d’une crise plus profonde du système capitaliste actuel, la crise du covid 19 frappe durement le monde entier.

Après 4 semaines de confinement social, il ressort que les nouveaux malades ont, en majorité, contracté le virus directement au travail ou à domicile, contaminé par un membre de la famille qui travaille à l’extérieur.

Les salariés, les femmes notamment, sont donc en 1ère ligne : perte de salaires, d’emploi, augmentation de la précarité pendant que le risque de contamination ajoute de l’angoisse à l’angoisse.

En dépit du principe de précaution et de la sécurité des salariés très insuffisamment respectée, Medef et gouvernement poussent à la reprise du travail d’un maximum de secteurs et métiers, que ceux-ci soient essentiels ou pas au fonctionnement normal de la société.
Ainsi, pour avoir voulu contraindre un employeur du secteur de l’aide à domicile au respect des mesures de prévention, un inspecteur du travail a été suspendu en attente d’une procédure disciplinaire ! Tout cela est édifiant quant au tropisme de l’économie, de son primat sur la Santé. Et par ailleurs, il nous remonte que les contrôles inopinés seraient contraire à un bon dialogue social !

La crise sanitaire met en lumière les profondes inégalités sociales : pas de logement, logement sur-occupé rendant inopérant le confinement. La situation réunionnaise est particulièrement préoccupante.

Au regard des incertitudes quant à la nature de ce virus, de son évolution et donc du devenir de cette épidémie, quant à la capacité de réaction de l’Etat, et compte tenu du risque d’autres vagues de contagion, la CGTR estime que les métiers ou secteurs non essentiels à la vie de la nation doivent immédiatement être fermés.

Dans un avis daté du 8 avril, le conseil scientifique Covid-19 écrivait que globalement dans les territoires ultramarins l’épidémie de coronavirus va s’y « aggraver dans les semaines qui viennent », évoquant un « décalage d’environ trois à quatre semaines » entre la métropole et l’outre-mer. Il relevait la forte présence sur place de comorbidités comme l’hypertension, le diabète et le surpoids.

La Santé doit primer sur l’Economique : le tribunal de Nanterre tout récemment a obligé la plateforme Amazon à se limiter à la livraison de produits essentiels.

Le déconfinement doit se faire avec un maximum de précautions (gestes barrières, distanciation sociale, dépistages massifs et systématiques, port généralisé du masque…) et l’assurance que les EPI notamment soient suffisants.

La communication du gouvernement cache mal son impéritie.
La rentrée scolaire au 11 mai alors que ce secteur a été le premier à être confiné révèle l’incohérence de celui-ci. Et du coup, le poids du lobby économique. Cette cacophonie indescriptible ajoute de la confusion à la confusion, de l’angoisse à l’angoisse.

Le patronat et le gouvernement travaillent, eux, à « leur jour d’après » où les droits des travailleurs se réduiraient encore plus et où leurs expressions de compassion se révèleraient « peinture corona ».

A l’instar des lois sur la Sécurité ayant servi à prendre des mesures sécuritaires, la loi d’état d’urgence sanitaire est à la base d’une remise en cause du droit du travail : hold-up sur les jours de congé et de RTT, remise en cause des 35 heures pour travailler encore plus.
Loin de la reconnaissance dûe à nos héros (personnel de la Santé et travailleurs de première ligne), le gouvernement reste flou et distribue l’aumône.

Au nom de l’unité nationale, le salariat est convié à sa propre régression.

La CGT revendique :
- la fin de l’austérité,
- la mise en place d’une cellule de crise (guichet unique) pour les salariés, les demandeurs d’emploi et les exclus (moratoire sans intérêts sur les dettes et loyers, différé de remboursements de prêt, interdiction des coupures d’électricité ou limitations d’accès, interruptions d’internet et de téléphone…),
- la fermeture impérative provisoire des entreprises non vitales,
- la protection nécessaire des salariés avant toute reprise de l’activité,
- le maintien du salaire de tous les salariés impactés (CP, arrêt maladie, garde d’enfants,…),
- la prolongation des droits à l’assurance-chômage au-delà du confinement,
- la réévaluation de l’utilité sociale des métiers et professions et conséquemment des salaires et l’amélioration des conditions de travail
- le respect du droit du travail et des droits des travailleurs ainsi que le retrait des dispositions régressives de la réforme de l’assurance chômage et de la contre réforme des retraites,
- l’interdiction de verser des dividendes (l’an dernier les seules entreprises du CAC 40 en ont distribué pour un montant record de 50 milliards).
- la reconnaissance du Covid19 comme maladie professionnelle pour tous les salariés ayant contracté le virus sur leurs lieux de travail ou lors de l’exercice de leurs professions,

Le « jour d’après » se construira, avec les forces vives de la société dans un débat démocratique soucieux de justice sociale et de réduction des inégalités (le « jour d’après » devra accorder une attention particulière aux personnes défavorisées et à nos « vieux » durement éprouvés par la crise), du respect de la représentativité des syndicats notamment, par une remise en cause radicale du système capitaliste. Il ne se privera pas de la possibilité de planifier et de travailler le temps long pour échapper au courtermisme (profit immédiat) et ainsi répondre aux besoins sociaux.

Il se fera en intégrant la dimension environnementale et écologique qui doit cesser d’être un supplément d’âme ou prétexte à spéculer.

Le contrôle par la Nation (y compris nationalisation) de secteurs essentiels devra être un objectif primordial (indépendances agricole et industrielle, consolidation des services publics, relance de l’hôpital public et du système de Santé, relocalisation d’activités vitales à la Nation,…).

Des investissements massifs dans les services de soins et de santé publique, fragilisés par les politiques d’austérité, seront nécessaires et poseront inévitablement la question d’une autre répartition des richesses.

La CGTR félicite tous les salariés et notamment ceux particulièrement exposés qui, au péril de leur santé voire de leur vie, œuvrent à la solidarité et à la vie.

La CGTR a une pensée profonde pour tous les défavorisés, dont l’absurde condition de vie est mise à nu de façon la plus crue, broyés par un système profondément inégalitaire où l’économique dicte sa loi envers et contre tout et ce, quoique qu’il en coûte ».

Le 1er mai est un symbole, celui de la lutte et de la fraternité des salariés. À l’unisson, les travailleurs du monde entier, ce jour là, vivent leur solidarité face à la volonté patronale de toujours réduire leurs droits et leur dignité.

Bon 1er mai et salutations fraternelles.

Le secrétaire général de la CGTR.
Ivan Hoareau