Luttes sociales

20 décembre chômé et payé : le PCR aux côtés de la CGTR

Fête réunionnaise de la liberté sous le signe de la lutte

Manuel Marchal / 21 décembre 2018

De nombreux travailleurs sont obligés d’occuper leur poste le jour commémorant l’abolition de l’esclavage à La Réunion. En effet, contrairement au 1er mai, le 20 décembre n’est pas payé et férié car les travailleurs qui sont requis ne bénéficient pas d’une journée payée double. La section PCR de Saint-Pierre s’est associée hier à la CGTR pour dresser un barrage devant l’entrée d’une des plus importantes zones commerciales de La Réunion, où sont implantées trois grands magasins du Groupe Hayot : Carrefour, Mr Bricolage et Décathlon.

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Mobilisation hier à l’entrée d’une des plus grandes zones commerciales de La Réunion ouverte le jour de la commémoration de l’abolition de l’esclavage.

Le 20 décembre est une date essentielle, constituante de l’histoire du peuple réunionnais. Elle marque en effet le jour où la dignité d’être humain a été reconnue à la majorité des Réunionnais. Pendant des décennies, la célébration du 20 décembre était combattue par le pouvoir. Mais la détermination des communistes et des forces de progrès du pays allait amener le PS à s’engager à faire du 20 décembre un jour férié si jamais il arrivait au pouvoir. Ce fut fait en 1981. La revendication des communistes, c’était un jour férié chômé et payé, comme le 1er mai. Cela suppose donc que si des travailleurs sont à leur poste ce jour-là, ils doivent être payés double.

L’article d’Eugène Rousse publié dans Témoignages des 17, 18 et 19 décembre dernier a rappelé l’hostilité des conservateurs de l’époque à la commémoration du 20 décembre. Ainsi, sous l’impulsion de parlementaires réunionnais, le sénateur Louis Virapoullé et le député FN Jean Fontaine, l’objectif était de noyer la commémoration de l’abolition de l’esclavage dans une date fourre-tout qui aurait alors été systématiquement située un dimanche, afin de préserver les intérêts du patronat.

Barrage à Saint-Pierre

L’Assemblée nationale a finalement fixé au 20 décembre la commémoration de l’abolition de l’esclavage. Mais le jour férié réunionnais n’est pas l’égal du 1er mai, car il n’est pas chômé et payé.

Comme le 20 décembre se situe à quelques jours de Noël, les grandes enseignes commerciales détenues par des capitaux extérieurs à La Réunion ont toujours refusé de fermer, car c’est une période au cours de laquelle elles réalisent d’importants profits.

Faire respecter le 20 décembre est un combat de longue date de la CGTR et du PCR. Fidèles à ce combat, la CGTR Région Sud et la CGTR Commerce ont organisé hier une mobilisation à Saint-Pierre, avec le soutien de la Section communiste de Saint-Pierre. Les travailleurs étaient couverts par un préavis de grève de la CGTR Commerce.

Les militants ont organisé un barrage à l’entrée de la ZAC Canabady. À la place des champs de canne s’y dressent en effet des temples de la société de consommation, détenus par le Groupe Hayot. Cette opération a permis aux syndicalistes de rappeler la nécessité de la lutte, ainsi que le lancement d’une pétition demandant au préfet de faire respecter le droit des Réunionnais à ne pas travailler le 20 décembre.

Action de gilets jaunes à Saint-Leu

Il est à noter que hier matin également, un groupe de gilets jaunes a organisé un barrage filtrant à l’entrée de la zone commerciale du Portail à Saint-Leu. Là aussi, il s’agissait de sensibiliser l’opinion sur l’importance du 20 décembre, et la nécessité de faire respecter le droit de ceux qui ne désirent pas travailler le jour de la commémoration de l’abolition de l’esclavage dans leur pays.

Ceci a donc permis de souligner qu’au sein du mouvement social déclenché par les gilets jaunes, certains sont donc acquis à cette idée progressiste fondamentalement liée à la reconnaissance de l’existence d’un peuple réunionnais : pour un 20 décembre férié, chômé et payé.

M.M.